Fragments divers et souvenirs lambda

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le Sam 28 Fév - 19:37
(j'ai pas trouvé comment faire les lignes vertes utiles êê Et puis vive le carnage, c'est esquisse de toute manière.)(Et je reprends votre idée de mettre les souvenirs de la mosaïque parce que je suis une copieuse c'est une bonne idée **)

Janis

#Gros Lard (et autres):

Ca commence par des souvenirs d'enfance. Avant que sa mère tombe malade. A l'école. Un enfant passe beaucoup de temps à l'école, à partir du moment où il commence à s'y rendre, et tout le monde le sait. On trouve parfois des durées approximatives sur des activités que nous faisons comme dormir, manger ou aller aux toilettes , dans les magazines, les restaurants ou sur internet. Combien de temps un enfant qui meurt à sept ans a-t-il passé  l'école, s'il fut scolarisé à trois ans ? C'était l'une des questions qui revenaient souvent dans la tête de la maîtresse de maternelle des petites sections de l'école élémentaire de Braconnot, Nancy.
Cette année là, une certaine année aux alentours de 1985, sûrement plus mais dans ces eaux-là, aux milieux d'autres questions ou lamentations dénuées d'intérêt (« Où diable prennent-ils leur hachis parmentier pour que son goût soit aussi atrocement dégueulasse ? »), une autre jaillie, né de son balayage distrait sur la cour de récréation, qu'elle était censée surveiller (ce qu'elle faisait, mais distraitement. De toute manière, elle n'était pas la seule à observer les enfants, même si son collègue semblait absorbé par un immense mal de tête -il serait d'ailleurs probablement sympathique de lui dire qu'elle avait toujours des Dolipranes dans son sac, mais rien que la perspective d'un effort avec sa mâchoire la dérangeait en cet instant) et... Pourquoi parle-t-on de cette institutrice au juste déjà ? La question qu'elle allait formuler intérieurement semble pouvoir facilement être anticipée, au sujet de l'enfant numéro 17 dans sa liste d'appel, Janis elle ne savait plus trop quoi, soit «Comment diable une gosse de son âge peut-elle provoquer (ou violencer, soit mettre en violence dans le vocabulaire d'une honorable institutrice comme celle-ci) autant de conflits en une récréation ? Je préfère nettement aller chercher un Doliprane plutôt que d'intervenir et d'avoir encore à rugir sans conviction ni résultat. J'espère bien qu'Antoine ira à ma place. », et n'a pas grand intérêt dans la bride de souvenirs narrée ici. En plus, on sait déjà que "la gosse de son âge" en question était turbulente, alors inutile de décrire cela.

Non, non, passons plutôt à des événements qui devront se produire quelques années plus tard, que ce soit à l'école ou ailleurs (le paragraphe précédent n'avait en effet pas d'autre intérêt que de trouver de l'inspiration). Réfléchissons... Parler d'abord du père aimant mais gauche et rude serait-il plus judicieux que de faire allusion à une mère trop souvent absente, travaillant avec irrégularité et passion toute la journée ou toute la nuit, rentrant toujours avec pour seule envie d'embrasser sa fille et son époux et de partir dormir aussitôt ?
Ce serait trop simple. Souvenirs de vacances, de famille, de promenades solitaires, d'activités sportives de combat, non, non, revenons au souvenirs d'école, puisque nous en sommes là. Oui, nous en sommes bien là, puisque nous avons évoqué sa première institutrice ! Alors autant poursuivre, mais vers des horizons, qui à défaut de revêtir d'un grand intérêt, en sont au moins importants dans la vie de cette fillette aux cheveux encore mi longs. Une rencontre, un personnage fort irritant qui la suivra à peu près jusqu'à son décès, plus ou moins présents selon les périodes. Gros Lard. Autrement intitulée Maxime, mais cette appellation fut maintes fois oubliée. Remplacée de temps à autres par Martin (à la place de Gros Lard évidemment, pas de ''Maxime'').


Le jour où l'individu pointa son nez, ce fut au beau milieu de l'année de CE2. Oui, on est encore pas bien haut sur l'échelle complète des études, mais enfin, cet individu décida d'apparaître à ce moment.
Un nouveau disait le professeur, avec un grand sourire. Un merdeux de plus, songeait Janis et quelques autres camarades. Elle avait jeté un bref regard sur l'énième dessin droguée de son "amie", une demoiselle peu bavarde qui, dès lors qu'elle ouvrait la bouche, donnait envie à son unique amie de la tuer sur le champ pour recouvrer sa paix, car c'était avec elle toujours les mêmes sujets qui s'allongeaient vraiment: la musique, les bulles. Les bulles de savons, les ronds, les cercles, de toutes sortes, de toutes les couleurs, partout, les effets qu'ils avaient, et puis la musique. Rien d'autre à dire sur ce point-là, elle en parlait déjà bien trop souvent au goût de Janis. Hormis cela, elles se tenaient compagnie, souvent en silence en regardant la cour d'enfants gesticulants; et parfois la brune mi-longs délaissait la blonde courts pour engager ou aggraver des disputes et "défendre" des camarades (défendre est bien relatif, car des fois le terme pouvait être revisité qu'en à l'état et au traitement de certains "défendus" post combat), et revenait sous l'oeil consterné mais un poil fier de la blonde.

Nous parlions d'un nouveau. Un nouveau vite oublié par un bon nombre de la classe de bambins plutôt désintéressés de la nouvelle, pour la plupart. Janis faisait partie du nombre. Pas la blonde, mais on se fiche un peu de son avis ici, et elle a déjà été pas mal décrite sans que ça n'est grand intérêt. Héloïse, voilà seulement son appellation.
Gros lard arriva en une journée très froide, une de ces journées impitoyables où chacun est heureux d'entrer en classe (surtout pour la chaleur et l'absence de tempête). Gros lard entra en même temps que les autres, dévisagé d'un regard curieux par la plupart, encore (et cette fois, c'était Janis qui n'était pas des autres, et non pas la blonde).
Janis alla à sa table comme à l'ordinaire, sortit ses affaires, et, après avoir pris vaguement connaissance de la stature du nouveau (épaisse, grande, large coup, menton ingrat, pommettes saillantes et cheveux noirâtres et irréguliers), elle se mit à griffonner dans son cahier, profondément indifférence au discours d'accueil habituel pour les nouveaux.

Et ce fut tout. Ce jour-là, ce fut tout. Rien à signaler. Pas d'événements potables. Un élève comme les autres. Qui ne comptait pas se faire marcher sur les mains. Ou les pieds, qu'importe. C'était plutôt le contraire en fait. Il voulait qu'on le craigne, mais avoir des amis en même temps. Des amis qui le respectent de préférence. Sans avoir trop peur de lui. Il protégeait son entourage farouchement, et ne voulait en aucun cas jouer un rôle passif, en arrière plan (de fait, il portait un mépris palpable sur Janis et sa... Fille de compagnie? Haha.). Lui, il voulait être devant. Il battait tous les enfants, tous, jusqu'aux grands CM2, sans exception (ou plutôt si, une fille taillée dans du roc fana de sumo et un garçon très sportif et très rapide qui se défendait incroyablement bien, sans toutefois porter des coups bien durs. Et deux ou trois autres. Inexistants.), sans aucune exception selon lui, et les coinçaient tous dans des recoins hors de vue des professeurs censés les surveiller dès que l'un d'entres eux lui faisait un affront, quel qu'il soit.
Attendez... Janis ne devait pas jouer les justicières, avec son mental d'enfant à la noix illuminé par l'héroïsme et les bagarres grandioses?
Gros lard aurait eu du mal à l'avouer, mais lorsqu'elle le voyait faire ses conneries et qu'elle s'approchait, il fuyait, connaissant sa réputation de cogneuse (de plus en plus efficaces et irréfléchie, au passage, la folie des grandeurs, tout cela...). Or Gros Lard courrait vite, malgré son poids et son envergure. Plus vite que Janis? A vrai dire, cette dernière filait plutôt bien, mais son souffle ne suivait pas. Sitôt élancée, sa respiration se détraquait, se tordait, s'asphyxiait, jusqu'à la laisser haletante et ridicule, soutenue par un mur, un arbre ou un banc, tandis que l'autre s’esclaffait sans vergogne à son grand désespoir.  Aucune endurance. Du tout. Et pas de vitesse affolante. Du tout. Aucune chance. Non plus, en effet.
Enfin, on peut toujours se dire que ça lui évitait quelques convocations, hématomes et œils au beurre noir, non? Quelle générosité, ce Gros Lard.
Et la blonde qui riait sous cape. Elle lui en ficherait, de sa compagnie à celle-là.

On en arrive au CM2, avec ces histoires. plus de maturité, de nouveaux amis (guillemets?). Pas mal de nouveaux, une bande de garçons, vraiment copains. Acceptant la présence de trois spécimens à leurs côtés. Une certaine... Blonde, dont le prénom avait du mal à s'imprimer, Yann ou un truc du genre, avec is quelque part, une fille aussi, aux cheveux court sombres, et un petit ayant sauté sa petite section qui sursautait à chaque fois qu'on le parlait ou qu'on le touchait. Ils avaient bien essayé de lui donner des bourrades le matin, mais la première fois il s'était écrasé, sans résistance, à terre, hésitant presque à mettre les mains pour se rattraper, puis se protégeant de ses dernières comme s'il y allait y avoir une suite déplorable et irrémédiable. Il avait tremblé tout le reste de la journée. Pas la peine, la bourrade, à ce stade. Même les filles la recevaient avec un sourire hoqueté, pourtant (le hoquet s'entendait plus quand c'était Joseph qui la flanquait, complètement malade celui-ci).
On s'attarde sur des détails vraiment futiles, c'est fou. Passons tout de suite à LA BAGARRE plutôt. Bonne idée, ça évitera des lignes et des lignes inutiles et jamais lues (une magie étrangement plus efficace sur les longs pavés inintéressants qui traînent en longueur, comme lui).

C'était un... Jeudi, peut-être un mardi. Non, un jeudi. Voilà.
Un jeudi, donc. ... Mais on verra ça plus tard.

 


Dernière édition par Janis le Dim 1 Mar - 18:22, édité 2 fois
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le Sam 28 Fév - 20:28
Cyclo

#Mosaïque:

Il savait qu'il y en aurait de nouveau le lendemain.
En fait, cela paraissait tellement évident que la pensée même en devenait stupide. Il contempla l'écrivain. Et la feuille.
Les mots que celui-ci venaient d'y coucher étaient bien trop nombreux. Il souhaita de toute sa force mentale qu'une fois terminé, son roman ne soit pas publié. C'était un peu pour son bien aussi, après tout. Si son manuscrit avait le malheur d'être démultiplié en ne serait une dizaine d'exemplaires, nul doute que certaines pauvres gens gaspillerait à la fois leur argent et leur temps. 

Le même écrivain, tout en absorbant sa dose quotidienne de café, respirant les vapeurs chaudes du liquide d'une expression désabusé croisa le regard dégoûté de son ami, un garçon blond d'une quinzaine d'année qu'il avait rencontré quelques semaines plus tôt. "Ami" était un grand mot. Il n'était pas sûr de la nature de leur relation, au fond.
L'homme ne comprenait pas. C'était une incompréhension si vaste qu'elle en devenait dérangeante.

Pourquoi, Walter? Pourquoi viens-tu ici alors que tu hais les livres et tout ce qui s'en rapproche? Je pourrais croire que tu mens, que tu as honte d'une passion, vu tous les romans que tu ingurgite à la chaîne, mais je vois ce dédain que tu accordes à ce que tu considères comme des aberrations. Des ordures. 
Pourquoi restes-tu près de moi toute la journée, me regardant vider mon encre noire sur le papier? Une encre que tu détestes, autant que tu me détestes, moi. Tu ne prends même pas la peine de camoufler tes sentiments, tu me les affiches hostilement, pour je contemple ta haine dans toute son ampleur. 
Pourquoi... Pourquoi suis-tu ce festival, bon sang? Pourquoi es-tu sympathique avec moi, comme ta voix peut-elle être si joviale alors que ton attitude traduit exactement le contraire?

Walter, de son nom terrien, rendit un sourire à celui que lui tendit l'écrivain. Il se replongea dans sa lecture, avec cette atroce répulsion caractéristique qui lui donnait juste envie de vomir.
Vraiment, mais quelle horreur. Quelle horreur de se souvenir.
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le Sam 28 Fév - 20:34
Souann

#Mosaïïque:
(ce souvenir était trop nul wow)Il ne la laisserait pas. 
C'était au moins ce qu'elle voulait croire, depuis des mois. Il ne l'avait pas vraiment laissé. Et il ne la laisserait pas. 
Elina le répétait sans cesse en pleurant dans les bras de Souann. Et celle-ci n'avait jusque là rien trouvé à dire. Elle ne pouvait que balbutier quelques paroles de soutien en se maudissant de ne pas savoir trouver les bons mots. Des mots qui pourraient être utiles. Qui pourraient faire avancer les choses.

C'était un imbécile, Elina. Elle n'arrivait à sortir ne serait-ce que ces quelques mots pour l'apaiser. Supporterait-elle qu'elle mette son affirmation au passé? Etait-ce vraiment la chose à dire? Elle l'entendait sangloter derrière la mince cloison qui séparait leurs chambres toutes les nuits. Priait chaque seconde pour que sa cadette se trouve rapidement un nouveau petit ami. Tout en se détestant de penser ainsi. 
Il ne valait pas mieux que tous les autres. Non, il ne fallait surtout pas sortir une chose pareil. Jamais.
Ne t'en fais pas. Un jour, tu en trouveras un qui t'aime vraiment. Trop de sous-entendus qu'elle ne pensait pas.

Elle aurait tant voulu la soutenir vraiment. Elle aurait tant aimé que ça se passe différemment. Que... Qu'elle ait un peu de tripes et de courage, au moins une fois. De cervelle.

Demain. Demain je serais une grande soeur exemplaire. Demain je remplacerais l'absence de maman. Demain, peut-être que...

Mais les jours passèrent sans qu'il n'y ait de changement, jusqu'au matin qui marquait la fin et le renouvellement du cercle vicieux dans lequel Elina était entrée. Ce matin où elle revenait souriante. Où elle prononçait encore ces mots. 
J'ai un petit ami.

Ce manège allait durer pendant quelques années encore, connaissant à peine quelques changements. 
Jusqu'au moment où Elina entra dans une autre phase, un autre âge, une autre manière de tourner ses pensées.
Jusqu'au moment où elle grandit.

___

Rien ne serait plus comme avant.

Plus jamais ils ne la laisseraient faire la cuisine. Oh non. Ja-mais. Ils se demandaient tous depuis toujours comment ses plats pouvaient être si immondes, mais maintenant que Leevi savait cuisiner les lasagnes, les pâtes et un tas d'autres choses s'il avait la recette, grand-mère ne cuisinerait plus. Ils s'étaient accordés, tous ensemble, qu'ils trouveraient toujours un moyen, coûte que coûte. S'il fallait qu'ils s'unissent dans ce combat, ils le feraient. Si elle demandait la raison de leur volonté si obstinée de cuisiner, ils s'entendraient, trouveraient. Et même si elle leur demandait de laisser faire les deux petites, Souann et Elina, et de leur dicter la recette, avec patience, ils s'y colleraient.

Ils enterraient aujourd'hui la cause de leur crainte des vacances, et dès à présent, leurs souvenirs atroces de gâteaux au chocolat gélatineux, salés et à l'arrière goût avarié, ceux des pâtes molles, gluantes et affreusement collantes, ou encore ceux des plats indéfinissables, infâmes bouillasses amères, censées porter le nom de tomates farcies, soupe au poisson, nuggets ou quelques autres dénominations usurpées et traumatisantes.

Emus, les deux garçons étaient en ce moment sereins dans le véhicule qui les menaient vers l'ancien enfer, autrefois sources de violents caprices et d'heures entières à bouder et à se lamenter en tremblant. De temps à autre, ils jetaient des regards presque attendris à l'arrière, où les deux chiffes molles  inertes étalés sur leur siège qui leur servaient de soeurs dormaient paisiblement.
Il faisait bon de se dire que plus jamais ils ne goûteraient à la cuisine de leur mamie, même si c'était faux, hélas. 

Mais c'était néanmoins apaisant.

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