[Souvenir] Une lettre perdue.

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a tracé,
le Sam 7 Mar - 18:51
Mon cher grand-père,
Il s’est écoulé deux ans depuis ma dernière lettre. Je ne demandais point de réponse à celle-là, chose que tu as gentiment faite malgré ma froideur. Je m’excuse sincèrement si tu pensais de moi un enfant énervé contre son grand-père. Ce fut certainement le cas, mais il est des choses qui changent, mon moral compris. La réflexion, comme toute chose, est améliorée avec le temps, et c’est ainsi qu’un enfant apprend à changer d’avis.

Certes n’avais-je que cinq ans, peut-être, quand je t’ai écrit ma première lettre, ma dernière remonte à mes treize ans. Les années qui ont coupé ces deux périodes ont été dures à endurer pour un innocent petit être, bien que ce ne soit pas une raison valable pour que je me sois directement mis contre toi. Mais tu dois connaître la souffrance d’un jeune enfant quand il voit ses deux parents se déchirer à cause d’une relation étroite entre les feux familles. Tu détestais autant ma grand-mère maternelle qu’elle te détestait, et ainsi de suite. Or, tu as été le seul à m’accepter, moi, liaison des deux rivaux, et j’ai fait l’erreur de l’oublier.

Dans le temps où tout paraissait encore calme, entre mes cinq et mes sept ans, je t’écrivais une lettre par semaine, te racontant mes journées d’école et répondant à tes maintes découvertes à l’étranger. Je me revois aussi me plaindre car mon père était absent même s’il était à la maison. Je me revois t’écrire les paroles qui changeaient souvent, que ma mère chantait quand je rentrais à la maison. Alors que quelques années plutôt, tu me regardais d’un regard noir, je me souviens parfaitement, malgré mon jeune âge, du regard doux que tu avais posé sur moi le jour de mes cinq ans ; lorsque, d’un pas élancé, tu m’avais pris dans tes bras pour me soulever et me dire « Mon petit-fils, je réalise à quel point tu grandis. ».

Hélas, le temps passant, les deux familles se rejetaient davantage et, ayant influence sur mes parents, avaient tout autant influence sur moi. Etant donné la distance qui nous séparait, moi et mon père, je me fus automatiquement rangé du côté de ma mère ; soit, en suivant sa misérable mère qui me montait la tête ainsi que toute la famille qui, ensemble, se dressaient pour le divorce.

Tout cela  a pris fin à mes treize ans. Le piteux état de ma mère malade avait calmé les tensions. Et mieux encore : lors de son enterrement, tous s’étaient regroupés, comme s’il n’y avait plus deux familles, mais une.

Je me suis rendu compte par là que j’ai été trop naïf, trop perdu et trop dépendant. Je me suis rendu compte que je m’étais peu à peu éloigné de tout ; et si je l’étais déjà, je l’avais deux fois plus été, comme avec mon père.
J’ai pris le temps de réfléchir profondément sur les mots que je t’avais envoyé pour la dernière fois :
Grand-père, peut-être qu’au fond, tu fais semblant pour ne pas te sentir coupable. Grand-père, peut-être qu’au fond, tu fais ça pour ne pas que ma mère t’en veule. Grand-père, peut-être qu’au fond, tu ne m’aimais simplement pas.

J'ai aujourd'hui seize ans. Jamais je n’aurais cru autant pensé à toi, à nos moments passés ensembles, quand tu m’as appris à fabriquer des cerfs-volants, quand tu m’as emmené au karaoké, quand tu m’as câliné en me murmurant à l’oreille « Pleurs, Endless, pleurs. Tu verras qu’après une grosse pluie, ton champ sera plus que radieux. », et même quand tu t’étais cassé une jambe et que tu en riais. Je regrette qu’il soit maintenant trop tard ; qu’il se soit passé trop de temps pour te demander le pardon. Je regrette ce sentiment de culpabilité qui m’a foudroyé à l’instant où j’ai vu ton portrait, joliment encadré et entouré de plusieurs bouquets de fleurs, sur ta tombe.

Ton petit-fils,
Endless.
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