[VOTES] Concours n°6 ■ Miroir, quel est ton plus sombre reflet ?

avatar
Messages : 580
Date d'inscription : 24/06/2012
Voir le profil de l'utilisateur
le Mar 27 Oct - 19:33

Votes


Chers dessinateurs !

Sachez tout d'abord que Folie est très satisfaite. D'une part, parce que le miroir qu'elle a - malencontreusement, n'est-ce pas ? - égaré dans ce monde a été retrouvé et exploré par vingt dessinateurs, mais surtout parce qu'elle a tout simplement dévoré ces petits bouts d'horreur avec du popcorn devant sa télévision. Merci à tous pour vos envois, et bon courage à tous les lecteurs !

Après tout ça, vous serez donc conviés à voter à la suite pour le « gagnant » de cette partie 1. Entre guillemets, parce qu'il s'agit uniquement d'une animation et que dans le coeur de Folie, vous êtes tous des biscuits gagnants, n'est-ce pas ? Cette fois, le critère qui vous guidera sera l'intérêt. C'est-à-dire le texte où on en apprend le plus sur un personnage qu'on ne connait pas forcément bien, qui nous le fait peut-être voir sous un nouveau jour, apprécier encore plus, dont le cauchemar vous apporte le plus de choses ! Naturellement, les mentions sont là pour combler tous les autres critères, y compris la pure subjectivité qu'on a tous envie de déchaîner.
Cette fois, étant donné le nombre de participation, petit changement dans la manière de voter : vous allez pouvoir donner un 1er nom et un second. Le premier comptera pour deux "points" et le second - qui est facultatif - pour un seul, de sorte à avoir des écarts un peu plus importants ! Comme toujours, n'oubliez pas de justifier et d'utiliser la balise "hide" pour ne pas influencer les autres.

En cas de question, utilisez plutôt ce sujet. Bon vote à tous !




Les textes



Alev


Son regard se retrouva face au miroir.  Alev s'en approcha, et sans s'en rendre compte, se sentit entrer dedans, et chuter dans une spirale infinie ...

L'endroit était sombre, pas très accueillant. Etait-ce son subconscient ? Elle avança lentement, et petit à petit, l'égyptienne sentit son cœur battre à tout rompre. Que se passait-il donc ? Que lui réservait cet endroit ? Elle fut frappée d'un frisson lorsqu'elle sentit une chose étrange effleurer son épaule. Elle s'en écarta en titubant, puis sentit une chose gluante couler le long de son bras. Elle essaya de s'en débarrasser avec la paume de sa main, mais la salit à la place de l'essuyer. Oh non ! Non ! Comment allait-elle écrire sans tâcher son carnet, maintenant ?! Et où était-il d'ailleurs ? C'était bien la seule et unique chose qui n'avait strictement aucun rapport avec l'Esquisse... Elle sentit comme un nœud d'angoisse au niveau de son estomac, comme si quelqu'un, ou du moins quelque chose, voulait faire des nœuds avec ses entrailles, écraser ses poumons et son cœur. Elle avança à pas longs, presque à tâtons, cherchant du regard une source de lumière quelconque, quelque chose pour se guider dans cette obscurité presque totale.

-Tout va bien... Murmura-t-elle pour se rassurer. Tu vas retrouver les autres, et...

Le cri qu'elle poussa coupa tout le reste de sa phrase.
Mais qu'est-ce que c'était que ça ? Son visage était recouvert d'une nouvelle chose – visqueuse cette fois – et elle usa à nouveau de ses mains pour essayer d'enlever cette... Sorte de toile d'araignée collante et horripilante. Cependant, celle-ci continua de se répandre le long de sa peau, se glissant sous ses vêtements, de la tête aux pieds. Et plus elle se débattait vainement pour essayer de s'ôter toute cette toile du visage, des mains, des bras, des jambes, et plus elle s'épaississait, plus elle faisait corps avec sa chair, s'agglutinant à elle d'une façon qui la fit se distordre en tout sens. Elle se sentit suffoquer, et dans cette panique, enleva sa veste et déchira le manche de son pull, toute tremblante jusqu'aux pupilles de ses yeux. Dans une tentative désespérée, elle gratta cette peau qui lui était maintenant impropre, qui la démangeait au point de la rendre hors d'elle. Alev finit par tomber à genoux, les lèvres tremblantes, les joues qui au début étaient mouillées étaient désormais asséchées par ses larmes... Et elle avait l'impression que sa peau saignait profondément. Quand est-ce que retrouvera-t-elle donc la lumière ?

Elle se remit debout en titubant, et marcha à pas vacillants, chancelante, avant d'utiliser ses dernières forces pour courir. Courir. Courir. Elle ne devait pas abandonner. La fin était sûrement plus proche qu'elle ne le pensait. Il suffisait de persévérer, et de continuer tout droit. Son corps devenait de plus en plus chaud, son cœur était comme pressé entre des mains malveillantes, comme si elle n'était rien d'autre qu'une poupée de chiffon. Elle devait sortir de là. Par tous les moyens. Un pas de travers, et elle chuta lourdement. Ses forces perdues, elle ne put rien faire d'autre que lever la tête. Apercevant une atrocité abominable.
L'être était recouvert d'épaisses couches de poussières, et des pores de sa peau sortait cette matière gluante qui embaumait les lieux d'une odeur oppressante, qui la fit éternuer, puis successivement toussoter. Avançant un bras devant elle, Alev rampa, suffocant sous le poids de la terreur et de l'angoisse, tentant d'échapper à son inexorable destin.
L'araignée de poussière se saisit d'elle à l'aide de sa toile, ouvrant sa gueule béante.


Le repas était servi.


Play


Le Rouge dévore tout.
Il coule. Partout.
Sur l’asphalte, qui se teinte peu à peu. De plus en plus. Vite. Trop, vite. Ils vont se noyer. Sur ses mèches noires entortillées. Il a trop chaud. Et sur ses cheveux, oh ses cheveux. Il ne distingue plus quel est le bon rouge. Le rouge vivant. Le rouge chaleureux. Le rouge qu’il aime. Il étouffe. Où commencent ses cheveux et où se termine le rouge qui coule, coule... Son bras se tend. Retombe. Ses doigts hâlés ne font que griffer le béton. Il ne peut plus bouger. Ils meurent.
Et le Rouge. Le Rouge.
Le Rouge vole.
Dans les flammes qui s’enroulent. Qui lèchent la carcasse de métal, telles un charognard. Dans le feu qui crépite. Qui explose des centaines de fois dans la nuit. Il n’entend rien. Il entend trop de choses. Pourquoi sa joue est-elle par terre ? Pourquoi est-il par terre ? Pourquoi... sont-ils là ? Ses yeux roulent. Et il la voit. La troisième silhouette. La silhouette trop petite. La silhouette qui ne devrait pas être là. La silhouette qui ne bouge plus. Il n’arrive plus à respirer.
Le Rouge plonge sur lui.
Sur ses paupières, lourdes comme du plomb. Sur ses lèvres, douloureuses comme des lames de rasoir. Et sur son cœur, qui bat trop vite, trop fort. Qui bat. Il est vivant. Il bouge. Il respire.
Il est vivant.
Le Rouge ne l’emporte pas.
Il est vivant.
Vivant.
Vi...
Le hurlement gronde à l’intérieur, renverse tout sur son passage, et se meurt sur ses lèvres qui ne peuvent que siffler leur douleur.
Il est vivant et il ne devrait pas.
Parce que les deux autres formes étendues sur l’asphalte ne bougent plus.
Du tout.
Que l’une d’elles a des cheveux bien trop rouges et familiers, et que l’autre est juste bien trop petite.
Le Rouge le noie et l’étouffe.

Et il hurle.

Parce que Play se souvient.

Mark



      Mark promena son regard sur les étagères poussiéreuses. Elles étaient toutes remplies de livres. Ces livres étaient sa seule compagnie depuis de longues, très longues années. Depuis qu'il était revenu de l'Esquisse. Lieu maudit entre tous. Depuis qu'il était revenu. Sans son frère.
      Mark s'assit dans son fauteuil avec difficulté. La vieillesse n'était vraiment pas quelque chose d'agréable, surtout lorsqu'on était seul, seul avec autant de souvenirs désagréables et dérangeants.
      L'Esquisse était restée un traumatisme, même soixante ans après.
      Le pire, au fond, ce n'était pas d'être seul. Ce n'était même pas de n'avoir jamais su ce qu'il était arrivé à Ervin.
      Le pire, au fond, c'était ce doute qui le rongeait en permanence depuis tout ce temps. Cette impression. Ce semblant de souvenir. Le pire, c'était ce qu'il avait cru voir, et qui le hantait depuis toujours.
      Lorsque, au moment de passer la porte, il avait hésité. Lorsque, à ce moment, il avait regardé par-dessus son épaule. Lorsque, au moment où il franchissait le pas, il avait vu ... cru voir, du coin de l'oeil, Ervin qui tendait la main vers lui.
      La porte s'était refermée derrière lui.

      (PRECISION : cette histoire de "portes" et de rentrer dans le monde réel ne sont que des choses telles que Mark les imagine. Ce ne sont que le fruit de son imagination, et ça ne veut en aucun cas dire que sortir de l'Esquisse se passerait comme ça (ni que c'est possible êwê). Donc inutile de vous faire tout un film ♥)

Marshall



Tu es là, allongée sur le flanc, dos à mon regard. Autour de nous, il y a cette immensité blanche qui diffuse des ténèbres en mon cœur. Non, non, je ne veux pas être là. Je ne peux pas voir de plafond, ni de murs. Un sol ? Je ne peux en être sûr. Je regarde mieux ton petit corps recroquevillé, encore loin de moi.

Mon souffle s'arrête. Mes yeux s'arrondissent. Je sens mon ventre se détendre à toute vitesse, mon cœur remonter dans ma gorge. Je sais qui tu es. Je reconnais ce dos que j'ai maintes fois nettoyé à l'éponge. Je reconnais cette pose que tu prends quand tu es triste, en colère, quand tu tentes de ne pas le montrer. Mon souffle s'accélère. Un frisson me cisaille. Mon Dieu, faites que tu sois endormie, juste endormie. Que je puisses distinguer ton visage diaphane sous ta crinière noire. Que je puisses voir tes yeux glacés, les mêmes que les miens, avec cette lueur vivace que je n'ai jamais eue.

Je hurle ton nom, mais il se perd dans cette étendue inconnue. Je ne peux pas m'entendre. Nouveau coup glacé dans le bas de mon dos. Je cours vers toi, mais mes pas se perdent eux aussi. Je tombe. C'est étrange. Aucune douleur, non. Juste ces coups de lames gelées et les larmes qui me montent aux yeux. Me relever... Mes jambes sont trop lourdes. Je hurle au désespoir, à nouveau, sans pouvoir rien entendre. Attends-moi, attends-moi... Aucun son ne sort de ma bouche, encore. Plus rien ne m'obéit. Tout file, comme tout ce que j'ai été. Toujours à me laisser porter par les événements. Ce n'est pas que je n'ai jamais rien maîtrisé ; mais plutôt que je n'ai jamais cherché à maîtriser quoi que ce soit.

Et maintenant me voilà, rampant comme un misérable. Mes larmes salées assèchent mes joues. Mais je ne te laisserai pas tomber. Non. Je veux m'assurer que tu es toujours là. Je veux m'assurer, pour une fois, que je suis un bon père.

Je me traîne jusqu'à tes côtés. Tout en moi est lourd si lourd mais je dois savoir. Je passe un bras sous ton corps frêle pour te retourner vers moi.

Tes paupières sont fermées sur l'océan glacé de tes yeux. Plus jamais je ne pourrai m'y aventurer.
Tes lèvres sont closes. Plus jamais je ne pourrai entendre tes mots, si durs soient-ils.
Tes cheveux noirs et bouclés effleurent ta mine pâle. Un cadre d'arabesques pour tes traits de fantôme.
...
Mais, qui es-tu ?


Imogen



Les arguments fusaient, les propositions pleuvaient, la situation avançait. Il était pleinement satisfait d'entrevoir un peu d'espoir, celui de voir le danger reculer peu à peu. Il n'était pas dupe et savait que ce monde aurait toujours le dessus. Mais voir autant de coopération le rassurait quant au futur.

Il argumentait, il proposait, il était utile. Il était écouté, respecté et on débattait facilement avec lui sur ses idées. Les filles étaient en une sécurité relative, mais toujours plus importante qu'autrefois. La situation se débloquait, il ne s'était jamais sentis aussi vivant.

Jusqu'à ce qu'on ne l'entende plus. Il parlait, oh oui, il parlait, mais plus personne ne l'écoutait. Alors il voulait prendre le bras de l'un de ses collègues, mais rien ne se passa. Son bras ne lui obéissait plus, ses jambes ne le transportait plus. Son corps d'emprunt ne lui répondait plus. Il n'était plus qu'une âme prisonnière d'un corps dénué de toute vie. Il n'avait pas fait attention à ce vide qui le menaçait depuis les débuts.

Il n'argumentait plus, il ne proposait plus, il était inutile.
Il observait seulement la situation redevenir instable par un coup de tête de ce monde.

Eelis



L'oiseau est dans sa cage.

Dehors, le firmament s'étend dans toutes ses splendeurs. Oh, jamais vous ne l'aurez vu si coloré ; brillant du rose au bleu et des nuages les plus simples aux arabesques les plus délurées. Nuit et jour se succèdent indifféremment sur le paysage infini qu'il surmonte, tant les lumières de la grande ville rayonnent.

Mais elles ne parviennent pas jusque là.

Dehors, le vent souffle pour entraîner avec lui chansons et voix humaines. Rien n'est plus bruyant que ce paysage dantesque, rien n'est plus vivant que ce folklore de gens et de conversations qui circulent en flux continu. Chaque seconde, ce monde change, et avec lui tout une kyrielle de visages gonflés d'expressions. Par ici, les enfants rient - par là, des adultes évoquent une soirée. Dans un angle, voici un homme aux oreilles de chat qui joue du violon sur un balcon, et dont la musique fait s'arrêter un instant les piétons.

D'ici, on n'entend rien. On ne perçoit que l'informe mouvement de la masse. Des silhouettes grisées qui se suivent.

Le cauchemar d'Eelis n'est ni le paysage ni la cage ; vivre dans la bonne humeur dans un monde qui peut se montrer cruel, tout en ayant la conscience qu'il est prisonnier, ne l'a-t-il pas déjà fait ?

L'épouvante commence lorsque les barreaux se resserrent de plus en plus étroitement et qu'il ne reste plus que la froideur du métal pour fuir le silence de la pièce. Lorsque la serrure disparaît pour ne laisser qu'une boîte noire dénuée d'imagination. Lorsque le souvenir du paysage et du temps passé à s'y projeter fuient par tous les pores de cette boîte de Pandore. Lorsqu'on tourne en rond sans même un repère pour notifier de l'écoulement des jours. Lorsqu'on finit par s'arrêter, attendre, chuter, s'éteindre d'ennui.

Quand bien même il n'est qu'une ombre, Eelis craint plus que tout de perdre la vision de la scène.


Albin



Cela faisait déjà quelques minutes qu'Albin se sentait bizarre. Il venait d'arpenter pendant de longues minutes les couloirs de la Base dans le but improbable de trouver du café. Evidemment impossible. Il rêvait de café. La nuit, la journée ... Il allait finir par être en manque, lui qui en buvait au minimum deux tasses par jour auparavant.
Avec un soupir, il rentra dans une salle d'eau pour se servir un verre d'eau. il mourait de soif, et tant pis si ça n'était pas du café.
Il tendit distraitement la main pour ouvrir le robinet, et fit très surpris de ne rien rencontrer. Il refit son geste, avec plus d'attention cette fois, et sursauta. Est-ce que sa main venait juste de passer à travers ?

Il recommença, avec un résultat identique. Son coeur se mit à battre plus fort. A force d'efforts, il réussit à tourner le robinet. Mais l'eau froide qui se déversa le transperça sans aucune difficulté.
Il ne comprenait pas. Il y a peu de temps encore, il avait poussé des portes et s'était même cogné dans un mur ! Il était encore parfaitement matériel, il y a quelques minutes encore !
Alors pourquoi ... ?

Dans un sursaut de lucidité, Albin songea à aller voir les cyantifiques. L'un d'entre eux pourrait forcément l'aider ! Il se précipita hors de la salle, passant à travers le mur. Il courut de toutes ses forces. Il se sentait déjà s'enfoncer dans le sol, petit à petit. Il devait se dépêcher, avant de se retrouver complètement sous terre ! Il devait ...

Il se stoppa brutalement. Le sol lui arrivait aux genoux.
Devant lui se trouvait un autre Albin, qui plaisantait et s'amusait avec une bande de gamins joyeux.
C'était impossible. C'était impossible. C'était impossible.
Personne ne semblait lui prêter attention. Albin regarda ses mains. Elles étaient transparentes. Non. Elles étaient presque invisibles. Le sol lui arrivait au torse. Albin sentit des larmes de désespoir lui monter aux yeux. Il ne sentait rien. Il se pinça. Il ne sentait rien ! Le sol lui arrivait au cou. Il appela au secours. Personne ne se retourna.
Si.
L'autre Albin se retourna.
Et dans les dernières secondes qui s'écoulèrent avant qu'il ne soit totalement absorbé dans le sol, Albin vit clairement son double sourire. Jusqu'aux oreilles.

Juliette



Juliette observait distraitement l’objet posé devant elle. Un Objet peut-être – dualité homophonique qu’il serait difficile d’expliquer à l’oral, mais tout un Dessinateur comprend l’abomination derrière la majuscule – mais pour l’instant, cela s’apparentait surtout à un miroir. Un grand miroir en pied qui ne montrait qu’un mammifère au poil rose.  Mammifère qu’elle était, du reste. En attendant, elle avait l’air bête ; ce genre de regard mi-vide mi-profond qu’ont  d’ordinaire les peluches.  C’était cela, elle ressemblait à une bestiole en toc.
L’envie lui prit de toucher la surface froide qui la séparait de sa doublure,  sans doute pour être sûre que ce ne soit pas un canular, mais bien elle. Sa patte palmée rencontra celle de sa jumelle et…


Elle était à la Fête foraine, et elle tenait une peluche grotesque  gagnée par sa mère en son honneur. Un  vacarme désagréable sévissait autour d’elle. La vue même de ces machines gargantuesques qui clignotaient en tous sens et se convulsionnaient lui grillait le cerveau, sans parler des relents pêle-mêle d’alcool,  de confiseries, d’huile de friture et de ketchup. Heureusement, vu la tête de sa mère, la gêne était héréditaire.

« Il y a beaucoup trop de bruit ici ! »

- Non maman, c’est bon. Elle est parfaite cette maison… »
La petite fille avait sortie ça sans convictions, sous le regard courroucé de son père. En même temps, cela faisait déjà la cinquième habitation qu’ils visitaient, et sa mère trouvait constamment des excuses. Certes, le premier appartement n’avait que deux  petites pièces de 10m² en guise de chambres,  et le second était au cinquième étage, ce qui les fatiguerait. Oui, cette petite maison était voisine du chantier  du nouveau centre commercial, et les deux précédentes les auraient  obligés à prendre le bus tout le temps …  Mais son père perdait patience.

« On a pas tout notre temps, tu sais… »

Juliette bouda un instant, comme la petite fille incomprise qu’elle était. Comment ça, elle ne pouvait pas jouer au ballon avec sa mère, juste parce qu’ils avaient rendez-vous dans une heure au gala de charité donné par un ami commun ? Qu’importait que ses parents soient sur leur 31,  elle ne venait pas. Elle essayait donc de grappiller quelques minutes de plus avec eux, en connivence avec sa génitrice, qui traînait en longueur pour tout et n’importe quoi.

« Et alors ? Je ne veux pas y aller…  Et Juliette non plus.
- Juliette ? Maintenant tu te préoccupes  de l’ex-femme de David ? Je croyais que c’était une pimbêche. » souligna son mari avec cynisme.


« Mais non, maman parlait de moi ! » voulut crier Juliette, mais les mots restèrent dans sa gorge.  Elle essaya en désespoir de cause de s’accrocher à son père, mais la scène s’éloigna brusquement d’elle en se figeant, allant rejoindre d’autres petits instants de la vie de Juliette, qui défilaient à toute vitesse devant ses yeux puis se figeaient et faisaient mine de s’envoler.

Juliette flottait dans un vide opaque, seulement éclairé par les souvenirs interrompus qui flottaient autour d’elle. Elle tournait la tête en tous sens, se remémorant chaque seconde de ces clichés mais ne comprenant pas. Une douce musique de cirque résonnait faiblement et semblait se répercuter sur les moments figés, qui se mettaient alors à tourner doucement en rythme autour de la jeune fille qui sentait un malaise se répandre en elle sans qu’elle sache pourquoi.
Puis la musique s’amplifia, rebondissant sur les instantanés de sa mémoire, qui se rapprochaient d’elle en ternissant, toujours animés par l’hypnotique musique. Et alors seulement, avec horreur, Juliette comprit ce qui la glaçait tant dans chacune de ces images devenues sépia : à aucun moment, pas une seule fois, elle n’apparaissait. Ses parents se disputaient seuls, choisissaient une maison seuls, souriaient seuls au photographe : elle n’existait pas.
L’unique trace d’elle était ironiquement une peluche rose que sa mère avait gagnée au tir à la carabine et qu’elle avait prénommée Juliette.


Ervin



  Viens-tu du ciel profond, ou sors-tu de l'abîme,
   Ô Beauté ? ton regard, infernal et divin,
   Vers confusément le bienfait et le crime,
   Et l'on peut pour cela te comparer au vin.


  Ervin ferma son livre et releva la tête. Iris lui sourit. Il esquissa un timide sourire en réponse.

  Tu ferais tout pour moi ?

  Ervin ne répondit pas. Il voulut rouvrir son livre.
  Iris posa sa main sur son bras pour l'en empêcher. Elle ne souriait plus.

  Tu as dit que tu ferais tout pour moi.

  Ervin déglutit.

  « Peut-être. »

  Iris sourit à nouveau. Elle lui mit un couteau en main.

  Et tu ferais ça pour moi ?

  Ervin regarda le couteau avec appréhension. Il savait ce qui allait se passer. Il n'avait pas envie. Mais avait-il vraiment le choix ?

  Iris se leva et l'invita à la suivre. Elle ouvrit une porte.
  Ervin poussa un gémissement.

  Attaché dans le fond de la pièce se trouvait son frère. Dans ses yeux ocre, une supplication muette.
  Non. Pitié. Non.

  Ervin savait ce qui allait se passer, mais il ne s'attendait pas à ça.

  Il regarda Iris.

  Tu as dit que tu ferais tout pour moi.

  Elle ne souriait plus.

  Ervin se frotta les yeux. Secoua la tête. Et finalement, entra dans la pièce.


  Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
   Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
   Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
   Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.


Ambros



Te voilà, toi.

Tu es face à moi, qui suis le reflet de tout ce qui t'effraie. Qui te fait miroiter l'absolu, l'insaisissable, pour mieux te le dérober lors d'une abominable scène. Qui déchaîne les ténèbres, l'oubli, l'indifférence, la dispute, la haine et même la folie, tout ça pour mieux te voir tomber à terre et larmoyer. Tout ça pour que le réveil - puisqu'il s'agit bien d'un cauchemar - soit brutal, suant, et que le retour à la réalité soit une gigantesque nausée. Tout ça pour que tu n'oublies jamais. Tout ça pour que je sois l'abîme, le précipice, la falaise de laquelle tu chuteras.

Alors, toi qui passes après tant de songes plus horribles les uns que les autres, que vais-je te montrer ? La mort de ceux à qui tu tiens ? Tu l'as déjà vue, je veux quelque chose de plus passionnant. Allons, pourquoi pas de vieux souvenirs à remettre sur la table, agrémentés de quelques fantaisies et de toutes les exagérations imaginables ? Je ne suis même pas certain que tu en aies quoi que ce soit à faire, à présent. Et si nous mettions en scène ta propre mort ? Futilité, puisque mort, tu l'es déjà plus qu'aux trois quarts. Alors...

Je sais.

Regarde, je suis devenu un monstre des plus hideux. Je fais peur, j'ai le visage déformé, déchiré comme peut l'être la peau d'un fruit pourri. Quant je pose mes yeux sur toi, ceux-ci sont affreusement vides, plus creux qu'un vieux vase sans décoration, tellement que tu voudrais éteindre la lumière pour les chasser. Je marche lentement jusqu'à toi avec une démarche courbée, irrégulière, tanguant d'un côté à l'autre. Je te tends une main, mais laquelle ? De moi s'étirent les pires atrocités que tu puisses imaginer, à s'en demander si je suis monstre, chimère ou humain. Un être parfaitement dysmorphique, tant à l'extérieur… qu'à l'intérieur.  Sans que cela ait vraiment de raison, tu recules jusqu'à heurter un mur. Où est la porte ? Oh, disparue, ça alors. Et tandis que je te parle, tu glisses contre cette surface insécable, ce pour créer la plus grande distance entre nous. Peu importe, puisque je te rattrape en un seul pas, puisqu'il n'y a pas le moindre angle mort dans lequel tu ne pourras pas m'entendre. Puisque je vais faire de mes mots des flèches qui te feront tomber.

Je te rappellerai à quel point tu n'es rien, à quel point tu es seul, et pourquoi cela ne changera jamais. Je t'expliquerai pourquoi, même si tu es déjà presque mort, cela ne fera rien. Toutes les fissures dans lesquelles je pourrai glisser de l'acide, je les comblerai volontiers, et pour ça je mettra de l'acharnement. À la fin, lorsqu'il ne restera plus rien, je me pencherai, je rendrai la lumière plus vive encore, puis je te rappellerai qui tu es.

Pour enfin t'avouer qui je suis.
Pour enfin révéler que depuis le début, je n'ai jamais été qu'un miroir. Pourquoi chercher loin, quand ton propre reflet est une vision d'horreur ?

I.A. 2.0



Désordonnés, disloqués, plongés dans la macabre noirceur de cette salle close à l’étendue infinie, là sont étendus leurs cadavres, silencieux. Leur apparence brouillée sous sa vision humide, elle ne voit d’eux que des masses inertes, mais pour autant, elle les reconnait, et ne peut nier ; le fluide brûlant qui recouvre ses genoux enfoncés au sein de cette mare noirâtre ôte tout espoir. Il est trop tard.

La pulsation de son corps faible devient assourdissante, sa respiration haletante, ses tempes, elle les sent bouillir, et sa mâchoire lui semble se fissurer, s’éclater. Elle ne tient plus, laisse tomber ses mains fébriles au sein du fluide qu’elle mêle aux dégorgements de son estomac.

La pulsation ne cesse son œuvre, et une ombre cagoulée approche, un masque à gaz dissimulant son visage. Impassible, l’apparition se penche, empoigne les cheveux d’un des cadavres, le traînant lentement, dans des clapotements incessants, devant l’impuissante. Le crâne du macchabé soulevé sous la poigne inconnue, le regard vide croise celui de la pauvre fille ; elle ne peut s’en défaire.

La pulsation se tait, se transforme en un cri muet que ses lèvres inertes ne peuvent émettre. Sous ses yeux, les visages  éteints des cadavres apparaissent, défilent, et s’écrasent dans la mélasse sombre lorsque les doigts de l’ombre relâchent leur emprise sur la chevelure trempée de sang. Un film morbide défile dans son esprit, les morts se suivent, les supplices s’enchaînent.

Elle pousse son cri, enfin, laisse s’échapper le flot de larmes, le corps toujours figé.

La pulsation revient, assourdissante, et l’ombre saisit avec violence sa mâchoire, la serre avec une force qui pourrait la fissurer, l’éclater. Elle le voit. Derrière le masque à gaz, le regard projette le film, et les iris, écrans d’images morbides, font ressortir le rouge lugubre des exécutions.

La pulsation s’amplifie, un faible rire sardonique s’élève ; le regard impassible de l’ombre s’imprègne d’une mesquinerie sadique. La mâchoire cède sous la pression, n’impliquant aucune réaction. Images insoutenables et visages putrides défilent face à elle qui reste immobile, le regard perdu au sein du spectre.


Souillée, disloquée, plongée dans la macabre noirceur de cette salle close à l’étendue infinie, là est étendue la possédée, silencieuse. Son apparence brouillée sous sa vision embrumée, elle ne voit d’elle qu’une ombre, mais pour autant, elle se reconnait, et ne peut nier ; le fluide brûlant qui recouvre ses joues dans lesquelles s’enfoncent ses doigts ensanglantés ôte tout espoir.

Il est trop tard.

Striky



      Michaël ouvrit les yeux. Les referma. Tâtonna dans le noir à côté de son lit pour trouver l'interrupteur.
      Le trouva.
      Avant qu'il puisse l'actionner, il sentit soudainement un poids sur sa poitrine. Il voulut ouvrir la bouche. Prononcer une parole n'importe laquelle. Mais aucun son ne sortit de sa gorge.
      Deux yeux luisants s'ouvrirent dans l'obscurité, au-dessus de lui. Des yeux bleus.
      Il actionna l'interrupteur.
      ...
      Personne. Il recommença à respirer. Plus de poids sur sa poitrine. Il avait dû rêver. Oui, rêver. Ou cauchemarder ...
      La lumière s'éteignit. Michaël sursauta, essaya d'actionner l'interrupteur. Sans effet. Les yeux bleus le regardaient d'un air moqueur.

      « A͊͑l̲̏͑̎ͬͯͦ̿o̙̝͎̰̺͚͌̃ͤ̆r̡̬̙̲̭̜ͣs̳͇,͔̬̝͔̠̭̍ͣ ͎ͥ̿̐̅ͯ͆̇ç̧͈̈́ͤ͊â͉ͬ̀̂͌ͤ̎ ͭ͒̂̋ͫ̔҉f̰̼̬̭̺̃ͣ͂̐͞ḁ̺̳̥̙̙̥͌ͭ͢i̘̦͚̤͓͒́̈͋̾t̼̘̺̙̖͌͐͝ ͓̫̦̠̈́̿ͪ̓̈́̚̕q͕̙͉̫͇̭̜ü͒̅͆ͪ̅̀ơ̲̹̫͓̣̏ͮ̔ͫi̩̪̘̓ ̷̟̖͇̍̾d̨̘̭̬̦̖͔̦̓ͣêͬͮ̚ ̺̱̻̥̅̄s͍̲͖̯̰͔̐e͈̅̌̓̀̐ͭͨ ͉̜̱̩͔̦ŝ̨͎̺̭̳̮͙̃ͮͯ͊e̵ͪ̋̅͗̆ͭņ͖̤̞͚̜͐ͪ̈͆ͣͦt͙̊ͨ́ī̲͇̬͈̫̦̓̃ͦ͐ͦ̚̕r̢̲̫͍̭͍̞̔͆ͧͯͅ ̬̺͗̌͢ì̡̥̜͇̽̈́̓́͊̾m̴ͦͬ̑ͬͪ͗̇p̪͊̓ű̦̖̬̟͗̍͒͝i͓̬͖̻̯͚̕s͞s̢̬̭͎̺̙͓̦̉ͣ̒̃ǎ̟ͬ͆̏̀n̶̹t̷̺̫̤͍ ͓̦͓̗̥̜̈͊ͮ?̧͇͂̄ »

      Le jeune homme retint son souffle. La lumière se ralluma d'elle-même.
      Assis en tailleur sur sa poitrine, une expression de mépris sur le visage, se tenait ... l̯̹̙̼̺̜̈́ͮ̎̏u̮ͩͯi͍̜̞̠̩̩̍ͯͣ̿̈͞-̦̭͚̪ͭ͛m̬̄̒̾̓̊͂̎ề̦m̡͕̟̪͇̪̪̈́̆ͭ̉ͤͫe̮̦̲̱̖̣͛̂ͮ̋͆ͅ.

      Michaël écarquilla les yeux. Voulut bouger. Faire quelque chose. N'importe quoi. N'importe quoi !

      « Ö̠͖̜́̑͌͋ͩͅh̵͚̭̩̥͛̓ͬ͒,̘̱͉͖̕ͅ ̩̮̰̦̽͌͋̐̎ͮ̅p̾̃͏͕̳a͈̜͂͐͌r̺͍͚̯̹̳̱͊d͕̫̰̪̠̓̎o̥̯͕̻̠n̸͕̹̽̓.̪ͩ̍̑̇͢ ͛̑̈͗͆́T̼̫̹͇͎̘̭̊ͩ̒̍ͦͥ̉ű̜̱̱̭͊̚ ̮̐͋͊̽l̥͙͇̃͌̽ͭ̂ͮ̌e̲͖̗͖̖̗̺ͫͭͤ̚ ̰̰̻̠̠͕͔ş͚͖͎̜͒̊́̓̃ͅȁ͕̖̦͇̖͋̒̔̀̿̀͟í̜͈͋͑̀ͅs̲̪͓̱͊͊̊͠ ̤̼̥̻͎͇̏͗̌̿̑̄ͅd̜͎̼̑̊ͩͅé̸͍͙͔̞͕̯j̺̞̠͉̞ͅà̝.͚͙͈͚̦̬ ̼̉ͣN͎̗̰̯͔̖̩͠'̈́͂̎ͦ͆̿͢e̳ͦ͆̂͆͠s̗̜̫͓͐̓ͮ̀͒̈͂͠t̓̓̎͋ͨ̇̚͟-̦̹̈̓́ͯc̼̺͆͜e̝͇͇͚̙͖̜̎͗̀ ̡̳̳ͩ͑͆͛́͛p̞̩̠̭̺̮̣̔ͭ̄aͭ̓ͬͧͧs̟̲̱͉͕̙ͮ̿͑̀̍̎͐͟ͅ ̮͉͙̲̹̺̽?̴̤̣̺̟̲̮̓̽ »

      Il fit un ample mouvement de bras pour désigner le reste de la pièce. Michaël retint un cri d'horreur.
      Il se trouvait dans sa chambre. Dans la Base. Et au fond ...

      Annabelle, comme un ange aux ailes coupées, était allongée au sol. Autour d'elle ...
      Autour d'elle ...

      Michaël détourna le regard. S̫̳̜̰̙̝̀͝t̤ͬ̚ṙ̷͈i̟ͩͧ̔̐k͋͋ͨ̚̚ỷ͊̚҉̪̻̖̟̺͍ͅle força à regarder.

      Autour d'elle, une mare de sang.

      Michaël hurla.

Liam



Ha ! Ne sont-ils pas mignons ? Si inexpérimentés, si crédules, si innocents, si... frais. Rien ne vaut une nouvelle génération, tu ne crois pas ? Toute une nouvelle portée, qui arpente les ruines de la précédente, s’interrogeant sur leur sort, se préoccupant. C’est si touchant. Si fragile. Si plein d’espoir. Hmmm. Cela m’envoie de délicieux frissons dans la colonne vertébrale. Oh, pardon. Ta colonne. Ce que tu peux être possessif. Je pensais pourtant te faire plaisir. J’ai dû fouiller longtemps pour le retrouver celui-là, tu sais ? Il était un peu abîmé, haha. Oh, ne me regarde pas comme ça. C’est presque obscène, tu sais ?

Comment ? Je suis la seule chose obscène ici ?
Oh, tu me blesses.
Vraiment. Vraiment beaucoup.

Je ne suis pas qu’une chose. Je suis Tout.

Tu devrais le savoir, depuis le temps. Je suis chacune de tes respirations, chaque grain de poussière venant chatouiller ton petit museau... ne m’interrompt pas. Ce que tu peux être susceptible ! C’est le terme museau qui t’ébouriffe les poils ? C’était pourtant une période adorable. Se réfugier derrière l’instinct animal était si facile. Il suffisait juste de laisser ta petite humanité de côté, et tous tes problèmes s’envolaient.

Où en étais-je ?

Ha. Oui. L’innocence. La fraîcheur. Tu vois leurs yeux, comme ils brillent ? Je ne connais pas de musique plus douce. Sauf peut-être quand je les brise entre mes doigts. Oh, pardon. Pas ceux-là. Ça, c’était juste pour discuter. Ce sont tes doigts, bien sûr. Et ils n’ont probablement jamais brisé grand-chose. Étonnant, vraiment. Oh-oh, tu me regardes encore. Dois-je me changer ? Préférerais-tu cet... ami ? Oh, au temps pour moi. Tu le portes déjà. Ce que je peux être tête en l’air. Et si on les regardait un peu ? Les nou-veaux.

Je les aime bien. Si doux, si tendres. Si... entiers. Ce sont un peu mes préférés, tu sais ? Même s’il y a aussi... ceux-là. Ceux qui croisent plusieurs générations, qui contemplent l’innocence avec pour seule compagne la mort. Si. Délicieux. Je les laisse faire juste pour ça, tu sais ? Le désespoir. Comme dit-on, déjà ? Le désespoir, c’est comme la chtouille, si tu l’as, file-la à tes amis ? Non, ce n’est pas ça ? Ha. Tellement de concepts. C’est difficile de tout assimiler, tu sais.

Tu as de nouveau ce regard.
Oh, n’est-ce pas mignon.
Tu croyais que tu étais encore en vie par... ta seule volonté.

Oh. Oooooh.
Ceci, mon très cher, est exactement la raison pour laquelle je te garde. Tu es si... toi. Oh, mon dieu. Tu ne l’avais jamais compris, pas vrai ? Pourquoi tu es encore là. Pourquoi tu marches toujours sur ce monde que tu hais. Pourquoi tu continues de te relever, encore et encore.

Pourquoi tu ne t’es pas brisé.

Ce n’est pas de la chance.
Ce n’est pas de la volonté.

C’est mon bon vouloir.

Tout ça. Absolument tout. Uniquement ma volonté.

Ces jours. Ces semaines. Ces mois.
Ces années.
Ces siècles.

Ha, ça, tu le savais, pas vrai ? Le temps. Toi, tu le perçois. Et tu sais.
Tu sais que tu as vécu bien plus qu’aucun humain ne le pourrait.
Et tu es toujours ici.

Tu sais pourquoi.
C’est moi.
Encore et toujours.

Et maintenant, mon petit Williams, nous allons Follement nous amuser.
Nous avons toute l’éternité pour ça, après tout.
Je ne te laisserais jamais te briser.
Je ne te laisserais jamais partir.

Jamais.

Allons jouer encore une fois, tu veux ?
Les nouveaux dessinateurs attendent.  ♥



Kahaüz



Devant lui, il y avait tout un tas de gens, délicieusement drapés de rouge. Ils avançaient vers lui, les bras tendus, s'accrochant à son bras, à sa jambe ou à son cou dès qu'il était à leur portée. Alors il les repoussait, tous, un à un, rajoutant un peu plus de rouge, jusqu'à ne plus pouvoir voir autre chose que cette couleur.

Derrière lui, un petit être fragile qui n'osait le toucher. Cet être était sous sa protection, il se l'était promit, parce que c'est lui qui l'a entraîné là dedans… Et puis, une voix.

« Tu ne m'aimes plus ? »

Il se figea. A son cou, elle était pendue. Elle souriait d'un sourire dont seule elle avait le secret. Apaisant, chaleureux, lui signifiant qu'il est aimé, qu'il ne lui fait pas peur, qu'il lui est précieux. Et puis, le rouge la rattrapa, horreur, peur, angoisse. Par réflexe, il la repoussait de toutes ses forces.

« Ka...haüz... »

Il serra les dents, c'était plus fort que lui. Et à nouveau, le bal des corps rejetés prit place. Tous tombaient un à un, les uns sur les autres. Sans cesse, ils ne lui donnèrent aucun repos, il devait toujours se défendre, toujours subir cette couleur, ne jamais vaciller, ne fait aucune exception…

« Mon...sieur… Ka...haüz... »

Devant lui, le petit être qu'il se devait de protéger, drapé de rouge, tendant une main vers lui, enseveli sous d'autres personnes. Le rouge effaça tout, leur corps, leur voix, leur attentes… Et lui, se retrouvait seul face à cette couleur. Sans pouvoir faire quoi que ce soit, il se voyait lui, exterminant le moindre intrus, la moindre personne carmin.

Et il était terrifié de ressentir autant d'excitation.


Diablo



— S’il te plaît.

Son corps se plie en deux, ses mains cherchent une réponse, son front se pose en douceur contre les cheveux noirs.

— S’il te plaît, s’il te plaît, s’il te plaît.

C’est comme une litanie, que ses lèvres ne peuvent que murmurer avec douleur, depuis trop longtemps déjà. Le temps n’a plus d’importance. Plus rien n’a d’importance. Tout est figé. Tout s’agite. Peu importe.

Peu importe les explosions.
Peu importe les combats.
Peu importe les cris.
Peu importe la douleur.

Peu importe.

Seul l’être dans ses bras compte. Seul ce corps qu’il serre contre lui, de ses bras trop frêles et trop faibles. Seulement lui. Uniquement lui. Toujours lui.

— Ne meurs pas.

Et ses prières. Toujours les mêmes. Encore et encore. Murmurées jusqu’à en perdre la voix. Encore et encore. Répétées jusqu’à ce qu’elles deviennent réalités. Encore. Et encore.

— S’il te plaît.

Peu importe les blessures.
Peu importe le sang.
Peu importe les morts.

Seule importe cette tête qui repose sur ses genoux pliés. Ce visage. Ces cheveux. Cette personne.
Kahaüz.
Kahaüz ne respire presque plus.

Les doigts abîmés de Diablo se perdent sur les joues sales, les cheveux emmêlés, les vêtements roussis. Il n’est pas beau à voir.
Ils ne sont pas beaux à voir.

Personne ne l’est. L’horreur est partout. Et elle n’est pas terminée.
Tout autour, la Bataille fait encore rage.

Peu importe.

— Ne meurs pas. Kahaüz. S’il te plaît. Ne meurs pas.

Il se penche encore plus, se courbe douloureusement. Son nez couvert de poussière frôle celui couvert de sang. Ou est-ce l’inverse ? Ils ne sont vraiment pas beaux à voir. Personne n’a été épargné. Personne.

Peu importe.

Les larmes coulent toujours. Les tremblements ne cessent pas. Comme les mots de Diablo. Encore. Et encore.

Ses bras se referment encore un peu plus sur le corps plus grand. Ses lèvres continuent d’implorer. Son petit corps se balance légèrement avec les mots, berce celui reposant dans ses bras.

— S’il te plaît.

Peu. Importe.

Diablo ne peut juste pas s’arrêter.
Parce qu’il est là, son pire cauchemar.
Peu importe l’abandon. Peu importe le sang et la mort. Peu importe sa propre vie.

Il n’y a qu’une seule chose qui importe.
Kahaüz.
Toujours. Et encore.
Kahaüz ne doit pas mourir.

Diablo ferme les yeux.

— S’il te plaît.

Et il reprend ses prières.
Encore, et encore.
Toujours.

Parce que le temps n’existe plus.
Et que Kahaüz ne cesse de mourir entre ses bras.

Dans un éternel cauchemar sans fin.

Al



C'était sans aucun doute le monde réel. Avec son ciel noir couvert de nuages, ses quelques étoiles qui parvenaient à apparaître. Ses flocons blancs qui chutaient dans les rues ordinaires. Ses décorations de fête de fin d'année à perte de vue. Sa beauté.

« Je suis rentré.. ? » s'interrogea-t-il tout haut, tandis qu'il cherchait des inscriptions qu'il aurait pu identifier.

Tout autour de lui émettait lumière, chaleur, nostalgie, bienveillance. Alors même que le froid s'intensifiait autour de lui, Al brûlait de quelque chose qu'il pouvait difficilement qualifier. La lave d'un doux volcan qui lui emplissait les artères et provoquait une euphorie pure, telle qu'il n'aurait jamais espéré en connaître quelques secondes auparavant. Il voulait étendre les bras, courir encore plus vite, traverser le monde entier à pieds pour retourner chez sa famille. Frapper à la porte en pleurs avant de se faire sermonner à vie. Il avait disparu pendant plus de dix jours, n'est-ce pas ? Il allait peut-être devoir rattraper des cours, voire même des examens et…

Il s'arrêta net.
Ce n'était pas tant que l'architecture lui était familière ou qu'il exultait simplement d'être de retour à la réalité, après tout.

Il était réellement rentré. Juste devant chez lui.

Aussitôt, il se précipita dans le petit jardin qui le séparait encore de la porte, puis frappa vivement celle-ci. Quelques secondes plus tard, une silhouette féminine aux longs cheveux noirs lui avait ouvert. C'était elle, c'était Amy. Il reconnaissait ses yeux verts, seul point qu'ils avaient jamais eu en commun, C'était…

« Excusez-moi. »

Non, regarde, Al, ce n'est pas elle. Ses yeux sont verts, mais Amy n'avait pas ce visage creusé, pas ces mains de vieille femme, pas ces filaments gris dans sa chevelure.

« Je me suis trompé d'adresse. »

Et surtout, est-ce qu'elle te regarderait avec tant de haine ? Un membre de ta famille t'a-t-il un jour dévisagé avec tant de mépris ?

Il recula de quelques pas, ébranlé d'avoir ainsi confondu. L'ivresse du retour l'avait-elle perdu au point de le faire prendre une demeure au hasard pour la sienne ? Il se retourna, avant qu'une violente force ne le tire par le col.

« Comment ça, "je me suis trompé d'adresse" ? Et tu crois pouvoir te barrer comme ça ? Pour ta gouverne, tu as peut-être choisi de disparaître sans prévenir personne, mais nous, on t'a cherché pendant tout ce temps. »

Cette fois-ci, un coup de poing s'écrasa sur sa mâchoire et le fit tituber, tandis que d'autres silhouettes accourraient rejoindre son interlocutrice.
« Amy, qu'est-ce qui se passe ? Encore un ivrogne ?
- Amy ? Tu veux dire que c'est toi ?
- OUI, c'est moi, idiot. Tu croyais peut-être que je n'avais pas changé, depuis le temps ?
- Depuis le temps ? Mais ça fait seulement...
- 33 ans. »

Il se redressa et regarda ses mains avec épouvante. Comment avait-il fait pour ne pas le remarquer ?

Tandis qu'Amy s'était retournée vers une vieille dame qu'Al devina être sa propre mère, celui-ci réalisa. Il n'y avait pas que ses mains. Ses bras, ses jambes, tout lui semblait plus lourd. La correction de ses lunettes avait-elle toujours été si mauvaise ? Et lui... que s'était-il passé, durant trente années de sa vie ? Pourquoi avait-il soudainement... vieilli ? Pourquoi n'était-il pas revenu en 2012 ?

« Qu'est-ce que tu faisais, pendant qu'on t'appelait ? Pourquoi t'es pas revenu, alors qu'on te cherchait partout ? Et maintenant, t'es venu nous demander du fric ou de t'héberger, c'est ça ? »


Pour la première fois de sa vie, Al vit la porte de son domicile se refermer sur lui.

« Mais tu sais... maintenant, c'est trop tard. »


Cydna



Un corps semblable au sien la toisait d'un regard condescendant, arrogant. Une voix semblable à la sienne lui fit comprendre qu'elle sera toujours à ses côtés. Des doigts froids lui tenait le menton pour qu'elle ne détourne pas les yeux. Ce corps était debout, face à elle qui s'était effondrée sur le sol.

« Inutile ». Voilà le point de départ. Voilà le mot qu'elle a toujours redouté entendre de sa bouche à lui. Et pourtant, il le prononça, clairement, avec une expression soulignant son dégoût envers la blonde. Ainsi jetée comme une arme dépassée, un rire s'était fait entendre. Un rire ironique, un rire triomphant.

« Je t'avais prévenue » lui disait-il. « Je te l'avais dit ». Elle serait remplacée par les collègues qu'il s'est fait à la suite de l’intervention des Cyantifiques. « Mais ne t'inquiète pas » souriait-il, « moi, je ne t'abandonnerais pas. » Alors le rire était apparu, ainsi devant elle. Elle-même. « Je te débarrasserais de ces gens qui ne cherchent qu'à se servir de toi » promettait-elle amusée, « Ainsi, tu pourras vivre tranquillement. »

Cet autre corps s’empara de la trompette qu'elle ne tenait plus, puis tranquillement, il alla dans le couloir, rattrapant le propriétaire de ce maudit mot. Il l'interpella puis le menaça de son arme. « Non ! » Hurlait-elle, mais le corps continuait sa mouvance, prêt à actionner le mécanisme. Alors elle se précipita sur cet être menacé pour le pousser de la trajectoire du feu, mais elle passa à travers. Et les flammes le fit hurler, tandis que ce corps riait d'une façon dont elle n'aurait jamais pu penser pouvoir faire. Un rire de satisfaction, un rire d'excitation, un rire promettant que ce n'était que le début…

« Allons, ne me regarde pas comme ça, Cydna. », la prenait-il en pitié, « je ne fais que ce que tu aurais toujours dû faire. » Il s'avança, en quête de sa prochaine victime. « Suivant~♫ »

Pythagore



Une silhouette familière se découpait à l'horizon, un double de lui-même aux couleurs inversées. Le cœur de Pythagore fit un bond. Cette personne, il ne la connaissait que trop bien. C'était celle qu'il cherchait depuis tout ce temps, le but de son périple dans l'Esquisse. Il n'osait pas y croire tant il avait attendu, espéré, rêvé ce moment. Il s'approcha à grand enjambées, de peur que la fine silhouette ne s'évapore dans le brouillard.

- Thalès ? interrogea-t-il timidement, arrivé à quelques mètres de l'ombre de son frère.

Le jeune homme fut parcouru d'un frisson et pivota lentement dans sa direction, blême. Plus de doutes possibles, c'était bien son jumeau. Il était en vie. Il allait bien. Cependant, quelque chose clochait. Dans les yeux dorés qui le scrutaient, il crut apercevoir un regard anxieux, presque craintif. Thalès se retourna sans un mot et commença à s'éloigner.

- Eh ! C'est tout l'effet que te font nos retrouvailles ? plaisanta Pythagore. Si j'avais su, je ne me serais pas donné tant de peine à te retrouver !

Son frère ne l'écoutait pas et augmentait progressivement la cadence de ses pas pour le distancer. Le doute envahit Pythagore. Les choses ne se déroulaient pas du tout comme il l'aurait imaginé, le comportement de son frère n'était pas normal. Pourquoi l'ignorait-il ainsi ?

- THALÈS ! s'écria-t-il.

C'était toute la peine accumulée depuis son départ, la douleur sourde qui le hantait qui venait soudainement d'être relâchée en un hurlement.

- Arrête de... me suivre... murmura le jeune homme d'un ton glacial.

C'était ses premiers mots depuis qu'il l'avait aperçu, et chacun d'entre eux était comme un coup de poignard. Pythagore était perdu, dépassé. Il n'arrivait pas à réaliser que cette phrase hachée et détachée venaient de son frère jumeau.

- Que j'arrête de te suivre ! répéta-t-il d'un rire nerveux. Je ne compte pas t'abandonner deux minutes après t'avoir retrouvé !

Il posa sa main sur l'épaule de son frère d'un geste mal assuré. Était-ce vraiment lui, cette personne à la fois si proche et si distante ?

- Ne… m'approche pas... reprit Thalès, la voix tremblante.
- Thalès, qu'est-ce qu'il se passe ? C'est moi, ton frère, Pythagore ! gémit le rouquin. Je ne te reconnais plus !

Alors, enfin, Thalès plongea son regard dans le sien.

- Parce que tu penses m'avoir réellement connu un jour, Pythagore ? lâcha-t-il. Tu crois me comprendre mais tu ne sais rien ! Tu m'idéalises, tu me reconnais comme un modèle, un exemple mais certainement pas comme un frère. Tu étais comme tous les autres, ne voyant en moi que ce que tu voulais voir. Quand l'Esquisse est arrivée tu étais encore là avec moi, présent pour m'observer sombrer peu à peu dans la folie... Et tu n'as pas fait un geste. Tu as détourné les yeux, joué les aveugles. Tu crois que ça fait quoi de se trouver seul au bord du gouffre, Pythagore ?
- J-je... Je ne pensais pas que...

Qu'il souffrait ?
Qu'il se sentait seul ?
Que lui, Pythagore, était si misérable ?


- II est trop tard maintenant, j'ai déjà chuté depuis longtemps.
- Thalès... Attends...
- Oublie-moi... Ça vaudra mieux pour nous deux.

Et il disparut au loin, l'abandonnant une fois de plus.

Alors s'était fini ? Il devait l'oublier ?
Il fallait qu'il vive sa vie sans Thalès, c'était déjà ce qu'il faisait depuis un bon moment après tout... Il fallait juste qu'il tourne la page. L'Esquisse l'aiderait. Ce monde lui avait déjà tout pris.

Tout.

Alors à quoi bon ?

Des perles vermeilles vinrent teinter la terre de la plaine déjà trop colorée.

Je prends un peu d'avance, Thalès.
Retrouvons-nous au fond du gouffre.


Thalès



Thalès est arrivé dans une Esquisse sombre. Tout autour de lui se trouvent bâtiments aux airs dégoulinant,  arbres renversés, amas d'objets indéfinissables, mais surtout une odeur de brûlé qui a tôt fait de lui détruire les voies respiratoires. Un monde suffoquant, trop-plein, sali par des traînées délavées. Mise en abîme de sa propre désillusion, n'est-ce pas ? Le feu n'y est que destructeur, l'eau tueuse, le vent arracheur et la terre en tout point fendue !

Où qu'il aille, il lui semble faire du surplace, tant chaque chose se ressemble. Se trouve-t-il donc là, son cauchemar ? N'y a-t-il rien de pire que de rester prisonnier de l'insensé, sans cesse épié par de vagues formes dont il perçoit - sans jamais discerner - le mouvement ? Non, naturellement, puisque l'ombre brille d'autant plus qu'elle est révélée par la lumière. Puisqu'il ne s'agit que d'un décor, qui aurait tout aussi bien pu être le noir, le vide, tant il lui importait peu. Puisque ce n'est qu'un incipit.

Debout au plein milieu de sa route, quelqu'un l'attend. Un double aux cheveux roux, lui aussi suffoquant, irrité, au léger air de maladie naissant sur son visage encore rosé. Pythagore n'est-il pas semblable à la dernière fois ? Ne s'agit-il pas là de retrouvailles ? Allons, serrez-vous dans les bras ! Marchez l'un vers l'autre main tendue, pour que les deux frères aux reflets symétriques se retrouvent enfin.

Marchez, marchez, sans laisser les failles qui transpercent le sol vous emporter.
Avancez, tant que vous le pouvez, sans regarder cet oiseau à l'aile sombre qui sourit.

Mais la symétrie ne devient-elle pas de plus en plus flagrante ? Pythagore a les cheveux blancs maintenant. Et sa peau, si l'on y regarde bien, quelle blancheur ! Il est si pâle, ce frère dont on connaît la joie de vivre et la persévérance. Il s'écroule, il se ralentit en même temps que son vis à vis.

Vous n'êtes plus qu'à deux pas et soudainement, les deux s'attrapent la gorge face au vent empoisonné qui se répand. L'un tente d'articuler, l'autre a perdu sa voix. Face à face entre deux mimes méconnaissables. Ce monde vous a eu un par un, et maintenant il vous a réuni ; quelle autre plaisanterie est encore à venir ?

La main de Thalès se tend, comme pour toucher du bout des doigts la silhouette de ce qu'il a enfin retrouvé. C'est son achèvement, un moment attendu, malgré le temps qui a fini par les dévorer chacun leur tour. Puisqu'ils tournent en rond sous un ciel vomitif, quoi de mieux qu'un contact pour briser le cycle, enrayer les choses ? Et maintenant qu'ils sont identiques sans espoir de s'approprier le décor, il s'agit de la dernière solution.

Mais c'est un mirage, Thalès, un effroyable mirage. Au-delà de la voix perdue dans les gorges de cet enfer, après ce qui semble être l'étape finale de la chute, il y a encore quelque chose. Cette fois-ci, c'est le diable qui t'offre sa main, son étreinte destructrice aux griffes rouge sang.

Et c'est du sang, après tout, qui coule sous vos pieds en longs filets liquides. Rien à voir avec les traînées du décor, celui-ci est chaud, éclairé, luisant comme la vie d'un être cher. Celle qui s'étale et bouche les fissures, celle dont l'oiseau noir vient se repaître avec délectation.

Dès lors, tu as détruit la symétrie.
Le cauchemar est réalisé ; après les airs moroses, l'illusion qui surgit, le rêve qui se réalise, le mirage qui se brise…  le miroir est brisé pour l'éternité.

Ziza



Ding, dong.
C'est l'heure d'aller en classe.
Mais pourquoi Alizée est-elle encore seule derrière ?

- T'as un nouveau cartable Zizi ? L'ancien ne te plaisait plus ? On l'avait bien décoré pourtant !
- C'est quoi dessus ? Des fleurs ? Tu t'es crue en maternelle ?
- Arrêtez, vous êtes méchants... C'est un sac qui correspond bien à son âge mental !


Ricanements. Moqueries.
C'est une routine qui s'installe.
Emi arrive et Alizée souffle le temps d'un instant.

- Ne les écoute pas Ziza, il est super joli ton sac ! Je suis sûre qu'ils sont juste jaloux.
- Fait gaffe Zézette, le fait qu'Emi trouve quelque chose beau n'est pas forcément un compliment...


Debout, assis.
C'est la danse des chaises qui grincent et raclent le plancher.
Mais pourquoi celle de Ziza continue-t-elle de grincer ?

- Rends-moi ma trousse !
- La passe, la passe !
- Attends, j'écris un truc dessus avant...
- Je l'ai !
- Je te prends ton stylo Zizi, il ne convient pas à un bébé comme toi !
- Mais... C'est...
- Tu n'as pas le droit de faire ça !
- On ne t'a pas demandé ton avis, Emi !


Relâchement, bavardages.
C'est l'heure de manger.
Mais pourquoi ces deux petites filles vont-elles s'isoler dans un coin ?

- Venez, on va faire chier Zizi !
- Quelqu'un a encore du pain pour les munitions ?
- Visez les cheveux !
- ARRÊTEZ !
- Attention, Emi se la joue rebelle !
- Viens par là, on va t'apprendre la politesse !
- Laissez-là tranquille...Arrêtez... STOP !
- Ta gueule Zézette !
- N-non... V-vous... Ne pouvez pas...


Ding, dong.
Et c'est reparti.
Mais pourquoi Alizée se retrouve-t-elle toute seule ?

- Bah alors, elle est passé où ta copine ?
- Elle en a eu marre de toi ?
- Ne t'inquiète pas, ça sera bientôt ton tour !


Sonnerie, brouhaha.
C'est le moment de sortir.
Mais pourquoi ces enfants emmènent-ils Alizée vers les toilettes ?


avatar
Invité
Invité
le Ven 30 Oct - 23:29
Bon, allez... Je me dévoue pour commencer...

avatar
Qu'est-ce qui est jaune et qui traverse les murs ?
Personnages : Al, Sydonia
Messages : 2537
Date d'inscription : 10/06/2012
Voir le profil de l'utilisateur
le Sam 31 Oct - 0:35


avatar
Invité
Invité
le Dim 1 Nov - 15:48
Tout d'abord, je souhaite féliciter tout le monde. Les textes étaient tous magnifiques, chacun à sa façon, j'ai eu ... beaucoup de feels ... /va pleurer dans un coin/
/s'essuie les yeux/ Bref, je reviendrai sur chaque texte quand je voterai pour le mentions. En attendant, place au vote !



Voilà, ce fut long, ce fut laborieux, mais c'est fait.
Et maintenant.
Les mentions /crie intérieurement/
avatar
Allez râlez pas, racontez-moi plutôt vos complexes !
Personnages : Alev
Messages : 198
Date d'inscription : 22/01/2015
Voir le profil de l'utilisateur
le Dim 1 Nov - 21:19

Oulah, tous ces textes ! Vraiment beau, et prenants ! *-*
J'ai beaucoup hésité, il faut avouer, mais il faut bien se lancer !
De toute façon, j'essaierai d'en récompenser le plus à coup de mentions !



Merci encore à tous, ce fut un plaisir de tous vous lire ! :3


Alev cherche vos complexes en #b590db.
Canvas désire vous tuer en #8dbe6b.
Code:
<transformation perso="Alev" />

Code:
<transformation perso="Canvas" />


avatar
Invité
Invité
le Mer 4 Nov - 18:07
Hu. C'est peut-être un peu kamikaze, mais tant que ma connexion marche, je vais en profiter pour voter (au moins côté principal)(même si je tenterais les mentions plus tard). Bon, par contre, comme je fais ça pas mal à chaud, que j'ai un avis global de courgette et que malgré mes efforts, j'ai un retard certain sur les gens (même si j'ai lu des fiches et ce que je pouvais pour me remettre dedans, je le jure)... cela va être très très subjectif. Et je m'en excuse. Mais je suis juste un larbin je. Buuuuh. ;;;



PS. Play qui vote pour les cauchemars. C'est #swag.
avatar
Invité
Invité
le Jeu 5 Nov - 11:21
Hum je connais peu les autres Dessinateurs encore, mais je vais voter !

avatar
Messages : 1026
Date d'inscription : 18/06/2012
Voir le profil de l'utilisateur
le Ven 6 Nov - 21:02
Allez, c'est parti !



#B0CC99 ou #667f53

Fansong Striky x Anna par Striky herself **





avatar
Invité
Invité
le Dim 8 Nov - 22:26
Juste avant le gong final o/

avatar
Invité
Invité
le Lun 9 Nov - 2:59
Badaboom, voici mon vote. Vous avez ruiné ma soirée. Ca fait trois heures que je m'arrache les cheveux.  
avatar
Messages : 580
Date d'inscription : 24/06/2012
Voir le profil de l'utilisateur
le Lun 9 Nov - 21:23

Concours n°6 - Résultats



Il est temps de lever le rideau sur ce qui fut pour certains l'affaire d'un soir et pour d'autre le cauchemar de plusieurs jours. Malgré l'existence de la seconde place, il s'agissait toujours de deux noms sur - pour ceux qui n'avaient pas participé - une vingtaine à retenir et à ordonner, mais vous vous êtes acquittés de votre tâche avec brio..

Et laissant derrière votre passage, sur cette animation d'épouvante et d'horreur, la couronne sur une petite fille de douze ans amoureuse des étoiles de mer. Dans un monde où il est si facile de craindre l'enfermement, la mort, la perte, l'oubli, la disparition, vous avez élu l'évocation du passé, un sombre reflet si proche de la réalité que c'est justement ce qui le rend unique. Félicitations à Ziza qui remporte avec huit points !

Aux pieds de cette pauvre enfant, deux êtres aux cheveux blancs et aux regards intensément bleus que tout oppose. Qu'il s'agisse de Marshall, le médecin sur lequel on délirait depuis l'event 6 mais dont on a tout découvert lors de son texte, ou de cet affreux Play qui se retrouve pourtant si dévasté par le filet rouge qui coule entre ses doigts… Félicitations à eux, qui remportent donc avec six points chacun !


Détail des votes : Ziza (8) Play (6) Marshall (6) Liam (2) Juliette (2) Albin (1) I.A. (1)

Bien évidemment, il nous faudrait tous les mots du monde pour vous remercier tous un par un, qu'il s'agisse de nos chers participants qui ont régalé leurs lecteurs ou de tous les votants (souvent eux aussi des participants, mais pas que, bravo pour avoir voté à temps Bubulle !) qui ont permis de leur rendre honneur. Ceux qui le souhaitent peuvent donc recevoir une petite tartyflette avec leur nom dessus en souvenir de leur participation au concours, il suffit de me demander à la suite (et de me dire pour qui si vous avez participé plusieurs fois) ♥

Quant à nos gagnants, en plus de leurs petites décorations (d'ailleurs, si vous voulez changer le texte, j'étais pas très inspirée alors je vous en prie, signalez-moi quel titre classieux vous voulez !), ils ne repartiront pas tout à fait les mains vides...
Ziza, tu peux choisir une récompense parmi les suivantes :
   - Impliquer davantage ton personnage dans l'intrigue, si tu n'en as pas eu assez la dernière fois, par le biais du hasard et des possibilités plus ou moins exploitées.
   - Jouer Folie pendant une certaine période, par exemple deux semaines (ou plus si tu n'en as pas assez profité), et ainsi pouvoir faire partager ton talent pour les cauchemars au reste du monde au travers d'interventions RP ! Cela inclut potentiellement le twitter êê.
   - Recevoir une bannière à l'effigie de ton personnage qu'on pourra potentiellement afficher, même s'il risque d'y avoir un peu de délai de création.

Quant à Play et Marshall… Apprenez à cuisiner les gâteaux étoiles de mer, car Ziza aura également carte blanche pour décider de vos récompenses parce que vous étiez pas là pour décider des lots (Enfin, bien sûr, dans la limite du raisonnable, tout ça tout ça)

avatar
Invité
Invité
le Mar 10 Nov - 16:47
BRAVO BRAVO BRAV- /trébuche sur une peau de banane jaune et tombe

Plus sérieusement : Bravo à tous ! Ce concours était vraiment amusant, héhé (moi, sadique ? Non. C'est faux. Je proteste. Fortement.)
Finalement, je ne suis pas vraiment étonnée par les gagnants, c'était gros comme Moumousse /crève

Héhé, personnellement, je ne me plains pas, j'ai encore la deuxième partie pour me rattrapper Angel

Du coup, je me permets de demander une tartyflette de participation au nom d'Albin (le pauvre, il en avait encore jamais eue). Merci ♥️
avatar
Invité
Invité
le Mar 10 Nov - 20:48
HIIIIIIIIIIIIIII. Les récompenses sont sublimes !
Je suis fort heureuse d'en avoir une krkrkr.
(même si, hell, vous avez récompensé LA participation qui était vraiment obscure et situationnelle... et que pour le coup j'avais surtout tapoté pour le plaisir de le faire mais en me pensant pas. heu eh bien. j'étais du tout dans la course ? en tout cas je suis fort fort honorée voilà et je vous remercie de tout mon petit coeur).

PS. Et je bavoute encore une fois amicalement sur les gens parce que je me suis tellement régalée en vous lisant et en participant gnnn. Merci, vous gérez ♥️♥️

PS². Et que je suis nouille : TOUTES MES FÉLICITATIONS A ZIZA OF COURSE. ET MARSHALL. OMGG !!
avatar
Invité
Invité
le Mer 11 Nov - 15:17
… Je… DEVANT PLAY ET MARSHALL ? Vous aviez bu quoi avant de voter ? J'avoue que pour le coup j'étais surprise à chaque fois que je le voyais apparaître dans les votes... Le cauchemar des Ziza était très euh... expérimental ? Je ne pensais pas qu'il intéresserait les gens, même s'il faut avouer qu'il donne un peu de profondeur à Ziza (c'est pas très difficile vu le personne me direz-vous...).

En tout cas, merci pour tous ces votes et merci pour cette superbe tarty que j'affiche déjà fièrement sur tout le forum ! ♥♥
Bravo à Play, Marshall et à tous les participants, c'était vraiment agréable de vous lire tous.

Donc... Pour les récompenses... Euh... C'ÉTAIT HORRIBLEMENT DUR À CHOISIR, bande de viles stafiennes.

Pour Ziza, je prends le droit de jouer Folie (pour pouvoir poster des annonces sur les étoiles de mer sur Twitter et maltraiter les dessinateurs, ça a l'air drôle). De toute façon, ce personnage est déjà hautement utile à l'intrigue et n'a pas besoin d'être plus impliqué, voyons… /tousse/

Pour Play, j'ai demandé si on pouvait le nommer MJ pendant un temps limité mais bizarrement on m'a dit non. Du coup je vais proposer la même chose pour tout le monde (comme ça pas de jaloux), à savoir, au choix :
- un dessin/fansong de Castor (pour la fansong je pense que ça l'arrangerait que vous ayez une musique à proposer à la base, mais c'est à voir avec elle :°) (et je suppose que si vous voulez un dessin d'Eelis ça peut se faire aussi mais j'ai pas demandé donc je préfère ne pas m'avancer)
- un kit/autre élément graphique (tant que ce n'est pas un thème de forum complet haha).

Voilà voilà, j'espère que ça ira. \o/
Contenu sponsorisé
Voir le sujet précédentRevenir en hautVoir le sujet suivant
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum