Embrouillimani et compagnie

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le Ven 1 Juin - 9:56


J’ai trouvé mon chemin jusqu’au Labyrinthe, pas de problème. Mon parcours n’a peut être pas été le plus court chemin mais il n’y a pas d’urgence. Je ne suis pas repassé par la ville et j’ai emporté avec moi un de ces gros fruits, de la taille d’une pastèque, du champ d’éolienne que j’ai réussi à l’attacher après plusieurs tentatives avec des lianes. Je ne suis pas sûr qu’il finisse pas à un moment donné étalé sur le sol, on verra. Je trouverai bien quelque chose dans le labyrinthe.

Par contre, personne ne m’a suivi. Ma verve n’a pas été suffisante ou ils se sont trop ramollis. Je parierais surtout sur la seconde. Bref, puisque j’y suis je pourrais y entrer, en trouvant l’accès pour y pénétrer. Mais y aller seul serait triste. Ça va manquer de jeunes à bousculer. Puis, j’ai le temps, je ne désespère pas de faire une bonne pêche à l’extérieure de cette énigme, structure, embrouillamini ?  J’aime bien ce mot. Pour passer le temps, au lieu de rester les bras ballant à faire le tour de l’embrouillamini, je fais ma petite expérience en jetant des cailloux vers les murs/haies. Le résultat varie, pas systématiquement, et de façon aléatoire. Il se fait avaler, recracher, avec bruit ou sans bruit. Pour varier encore plus, je décide de tenter le coup avec d’autres trucs, comme des bouts de brindilles. Je m’accroupis, sans écouter mon dos râler, pour trouver ce que je cherche.

Et, impossible de se relever. Mes genoux ont décidé de faire le concert avec mon dos. Pas d’autre solution que de se laisser tomber pour s’asseoir et essayer de délier tout ça. Ma maigre récolte se retrouve éparpillée au sol, évidemment.

« Ahlala les jeunes, jamais là quand on a besoin d’eux ! »

Oui, il n’y a personne – devant moi en tout cas – et alors ?! On peut râler quand on veut, c’est bon pour la santé. Puis, les absents ont toujours tords, inutile de discuter ce fait bien établi. On me l’a déjà bien assez dit. Bref, puisque aucune âme charitable ne daigne apparaître devant moi, j’entreprends la grande aventure de me relever tant bien que mal. Ce qui n’est pas forcément très gracieux. Mais je suis seul après tout, non ?

« T’es bien enquiquinant toi aussi ! »

Non mais c’est vrai. Je suis jeune encore, je le sais. Mon corps l’a juste oublié et fait des siennes. C’est pénible. Bref, du quatre patte je devrais pouvoir retourner à deux. Et continuer ni vu ni connu.
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le Sam 2 Juin - 14:39
Je repense à toute cette histoire d’écart entre ma théorie et son application en pratique. Ce serait bien que j’aie une idée globale, une sorte de coefficient d’approximation appliqué à mon arctangente pour obtenir une valeur plus proche de la réalité, un coefficient lui-même dépendant de la distance et du nombre moyen d’obstacles à la bonne propagation des mouvements incohérents qui ont pu être rencontrés depuis le centre d’hégire. Avec un peu de chance, je pourrais même découvrir que ce coefficient serait à peu près constant en raison d’un principe ergodique engendré par une trop grande densité de mouvements incohérents isolés. Quelque chose comme une efficacité, plus ou moins régulière. Ceci dit, la croissance et la décroissance du potentiel d’hostilité en fonction de la distance sont exponentielles, je vois mal un facteur linéaire pouvoir la moyenner. Non, je ne vais pas pouvoir couper à l’inclusion d’une variable d’état supplémentaire. Enfin, de toute façon, je n’ai toujours pas résolu le problème de la mesure de l’incohérence. Il me faudrait une idée, n’y a-t-il personne ici avec qui je pourrais aller stimuler mon imagination ?

Au bord du Labyrinthe, un vieil homme se tient à quatre pattes. Curieux choix. Il vaut mieux se tenir sur deux membres, c’est toujours plus joli avec un nombre premier. En tout cas, ce sera l’idéal pour converser ! Un point de vue aussi différent du mien ne peut qu’être prolifique dans l’avancement de mes réflexions ! Et puis les vieilles personnes sont des sources intarissables de vécus à partager, peut-être aura-t-il découvert dans les terres les plus lointaines de l’Esquisse quelque lieu à l’incohérence profondément marquée. Ou simplement aura-t-il déjà visité le Labyrinthe et pourra me faire part de ce qu’il y a vu et trouvé.

Bon, le meilleur moyen de me rendre compte, c’est encore d’aller le voir. Je n’ai pas mis ma blouse, par anticipation de l’éventualité d’aller visiter l’endroit, donc j’échapperai au moins à l’a priori chargé de méfiance. D’autant qu’en l’approchant, je réalise qu’il a l’air bougon. Sans doute ne s’est-il pas retrouvé dans cette position par choix. De ce fait, je ne serai pas désinvolte au point de lui demander son aide dans ces conditions. À la place, je vais lui proposer la mienne.

« Je peux vous aider ? »

Je lui lance cela tout sourire, mais le cadre s’y prête trop. En fait, les lieux sont paisibles et plutôt jolis, si l’on exclut le vieil homme en train de se tordre. Le sol a son herbe, avec quelques brins jaunes ou blancs de-ci de-là, il y a des cailloux en bois sculpté au pied de la haie qui ne manquent pas de charme – la plupart ont onze stries – et la haie elle-même présente des branches agencées sur des sortes de panicules régulières, qui leur donnent une jolie élégance mathématique. C’est plutôt un bel endroit, que ce Labyrinthe. Et plutôt une belle journée qui semble s’annoncer.


Dernière édition par Kaoren le Lun 23 Juil - 13:12, édité 1 fois




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le Dim 8 Juil - 16:47


Forcément, forcément ! Elle doit avoir attendu que je sois à moitié debout pour proposer son aide. Une fausse proposition pour sembler sympathique. Une vraie technique de je-m'en-foutiste ! Alors, non, hors de question de lui donner satisfaction. Je me redresse tout seul. Peut-être un poil trop vite, la pastèque m'attire dangereusement vers le sol. Mais je suis plus fort, un bref moulinet et me voilà opérationnel. Je vois enfin la personne qui est apparue juste après que j'ai constaté l'absence récurrente des jeunes quant on avait besoin d'eux. Un sourire orne ses lèvres, il y en a au moins une qui s'est amusée du spectacle.

"C'est bon, vous êtes prêtes à partir pour l'aventure ?!"

Il ne faudrait pas qu'on croit que c'est moi qu'on attendait ! Ce serait un comble. Une troupe aurait été plus appropriée pour notre futur épopée mais la demoiselle devrait faire l'affaire. Si tant est qu'elle agisse plus qu'elle ne parle. Jusqu'à présent, on ne peut pas dire qu'elle soit à la hauteur. C'est terrible d'être ainsi atteint par la maladie de la flemmardise.

"Je pense que n'importe où fera l'affaire pour entrer. Il suffit d'y aller avec entrain !"

J'avance gaiement ignorant les quelques craquements qui se font entendre. Ce ne doit être que les brindilles qui sont responsables de ma chute. Pas la peine de ralentir, autant profiter de cette légère pente qui mène au mur le plus proche. Il est temps de voir ce qui se passe si on touche la haie. Question encore plus importante : peut on pénétrer l’embrouillamini par là. Première étape : un bras, le droit. Je le fais passer entre les branches et je ne sens que des feuilles et du bois venir frotter contre. Même le bras tendu, ma main ne rencontre pas un espace dégagé. Mais ça ne veut rien dire et certainement pas qu'il faut abandonner en si bon chemin.

"Hey, miss cheveux de paille, c'est maintenant qu'il faut aider ! Démêlez moi ces branches que je puisse passer. Je vous les tiendrais ensuite."

Je suis obligé de me tordre le cou pour la regarder, hors de question de céder du terrain.
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le Mar 10 Juil - 1:07
Mais que fait-il… ? Ses actes et ses propos semblent n’avoir aucun sens, mais je me méfie, certains de mes collègues m’ont même habituée à pire. Peut-être fait-il partie de ces génies incompris de l’Esquisse, peut-être fait-il partie de ses fous. En tout cas, malgré l’offense qu’il a faite à mes cheveux en les comparant à de la paille plutôt qu’à de l’or, j’ai sans doute intérêt à rentrer dans son jeu. Il a l’air assez doué dans le domaine de l’improvisation, ou du moins assez capable de tirer rapidement des certitudes à partir de peu de choses, cela pourrait le rendre d’une aide précieuse pour stimuler mon imagination. Et puis il faut bien rentrer dans ce labyrinthe.

Je m’approche d’abord tranquillement, puis d’un pas plus pressé en constatant la brutalité avec laquelle ses bras essaient de tordre des branches dont les rangs successifs de panicules ont pour nombre d’éléments des entiers consécutifs de la suite de Fibonacci. Il risque d’endommager cette fragile structure que j’admirais il y a quelques secondes à peine !

« Je vais faire ce que je peux, réponds-je, mais de grâce, ne forcez pas cette haie aussi brutalement ! »

Je n’aurais peut-être pas dû utiliser ce dernier mot, mais dans la panique, c’est le premier qui m’est venu. Je me dépêche d’arriver au niveau du vieil homme, et lentement, sans doute trop lentement pour lui, j’essaie de le dégager de la haie en tirant délicatement sur ses branches les plus solides.

Ce faisant, il me vient toutefois une réflexion. Une réflexion au sujet de ma théorie, bien entendu. Si, de la même façon que j’empoigne les branches les plus solides de cette haie, qui se trouvent au plus près de ses racines, je pouvais aller mesurer une incohérence de plus forte inertie et moins oscillante au plus près du centre d’hégire, est-ce-que l’incertitude absolue de ma prise de mesures ne pourrait pas en devenir assez faible pour ne pas avoir à user d’astuces comme la quadrature de zones à forte variation de ma courbe d’arctangente hyperbolique pour en diminuer l’incertitude relative ? Il me faudrait bien sûr déterminer la position du centre d’hégire, mais cela pourrait donc se faire par une autre quadrature dans laquelle j’étudierais l’évolution de l’écart-type de mes mesures pour trouver la zone où il est le plus faible. Cela risque toutefois d’être très long, et je dois encore trouver un moyen de mesurer l’incohérence. Retour à la réalité, en somme.

Oh, à propos, j’espère que le vieil homme ne m’a pas répondu ni rien demandé, j’avais totalement la tête ailleurs.




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le Jeu 19 Juil - 0:18


Que fait-elle ? Mais que fait-elle ?! On y sera encore demain à ce rythme ! On est pas là pour détricoter délicatement une fresque ou que sais-je ! Désespérant. Sans répondre à son accusation sans fondement, je tente de la faire réagir avec une pique. Rien de bien méchant, je lui fais même un clin d’œil.

" Vous vous y prenez ainsi le matin pour démêler vos cheveux ?"

Pas de réponse, mais je ne me décourage pas. Instaurer un peu de nerf dans cette brindille ne sera pas fait en une réplique. Ou même en dix-mille ! Rien ne vaut l'action pour ça, la vraie. Le tout, c'est de l'y mener. Ce n'est malheureusement pas toujours possible mais il est trop tôt pour s'avouer vaincu. Et je n'ai qu'une partenaire sous la main. Disons qu'à défaut d'autre chose, elle a le mérite d'être là.

"Le labyrinthe ne vous tiendra pas rigueur d'un peu plus d'énergie. Il accueille des aventuriers ! Tirez sur cette branche, parbleu ! "

Rien à faire, je pourrais aussi bien hurler au vent ! Avec juste ma main gauche de libre, je ne peux guère tirer sur ces ronces solidement coincées J'ai essayé. Croyez pas que je ne faisais que lui parler ! Il est temps de recourir à des moyens plus extrêmes. Hardiment, je détache une brindille de la haie. Puis je viens chatouiller le nez de la miss. Là, elle ne pourra plus m'ignorer ! Rapidement, j'espère. Tenir les bras croisés ainsi, ce n'est pas aisé. Tout fringuant que l'on soit.

"Un peu de nerf ! C'est pas en caressant les branches que nous allons entrer."
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le Lun 23 Juil - 13:13
Quel sauvage ! Son cerveau a dû traîner longtemps dans une zone de forte incohérence, pour trouver le moyen de réprimander son prochain à chaque broutille malgré le caractère enchanteur de ce qui l’entoure. Il faut s’adapter, je présume. Mais s’adapter à un vieil homme aigri et agité quand on est une jeune fille polie et calme, c’est difficile à concevoir. Autant demander à la cohérence de s’adapter à l’incohérence plutôt que de la repousser constamment. Est-ce-que j’ai envie de faire ami-ami avec cet homme en particulier, finalement ? Il est excentrique, âgé et plein de vigueur, donc sans doute fort de nombreuses expériences en ce monde, mais s’il est aussi chiant…

Bah, qu’importe. Il faut savoir souffrir pour écrire une thèse, et risquer de – je déteste déjà ce que je vais penser – détruire un bel agencement mathématique ici ou là pour une cause plus grande.

J’attrape plus fermement la haie, comme le demande ce type d’une manière sarcastique et pourtant durement franche, et je m’efforce de tirer avec plus de véhémence. Aussi longtemps que je n’entends rien craquer, je me rassure en m’imaginant que cette haie est assez solide pour supporter les caprices du vieux poivrot. Si, au contraire, elle vient à craquer… il est possible que je craque moi aussi. Nous sommes, le buisson et moi, deux êtres fragiles et tâchant de résister ensemble contre la brutalité d’un homme. Après tout, entre tas de molécules supra-complexes évoluant dans les aléas de la cohérence d’un monde, on se comprend le plus souvent.

Les troncs de la haie tirés aussi loin que le permettent mes faibles forces et ma volonté vacillante, j’appelle enfin l’ordonnateur de cette torture :

« Voilà, pressez-vous. »




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le Ven 3 Aoû - 9:13


Enfin ! Je peux me glisser prestement de l’autre côté. Contrairement à mon acolyte du jour, je sais faire. Même si l’envie est très grande d’explorer au lieu de maintenir le chemin pour cheveux de paille, j’attends son passage avant de m’y lancer. De toute façon, une aventure seule ne vaut pas une partagée.

« Allez, allez ! »

Le chemin se referme derrière nous. Ou pas, je ne sais pas. J’ai le regard perdu dans cette immense fontaine de feuilles bariolées. Il n’y a pas de bassin et pas d’eau. C’est juste le mouvement des végétaux virevoltant du haut de la bouche de la statue vers le bas qui fait ressembler le tout à une fontaine. Et le bruissement. Par contre, il n’y a pas de « flaque » au sol, si tôt arrivées en bas les feuilles s’envolent, comme des papillons.

Il faut que j’en attrape une.

J’en oublie tout : brin de paille, le labyrinthe, le chemin d’entrée ou de sortie. Rien n’a d’importance à côté de cette partie de pêche !

« Saperlipopette ! »

La pastèque tangue dans mon dos alors que l’objet de ma convoitise me glisse entre les doigts. Et le pied alors ? Je soulève ma chaussure, rien dessous. Deux essais, ce n’est rien du tout ! Je continue, m’esclaffant comme un gamin.

« Allez, faut tenter ta chance aussi ! »

Entrer dans la danse, c'est le top. Même la statue immobile semble participer alors que je tourne autour d'elle. Une espèce de poisson argenté à la gueule grande ouverte.
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le Ven 10 Aoû - 16:15
En regardant cet homme, je me demande si la source de toute l’incohérence qui règne dans ce monde n’est pas plus près de moi que je ne l’imagine. Enfin, qui suis-je pour juger le comportement d’un autre ? C’est fou ce que la raison peut vous pousser à penser qu’elle a raison. J’espère qu’elle ne m’a pas fait le coup pendant l’établissement de ma théorie, ce serait dommage. Mais d’un autre côté, ma théorie est cohérente, donc pourquoi m’inquiéter de la voir niée par les faits ? À moins que ma raison m’ait poussée à penser que ma théorie soit cohérente sans qu’elle le soit. Je pourrais essayer d’en parler à mon compagnon de circonstances. Lui qui est si familier avec les réactions incohérentes, peut-être saura-t-il déceler celle que je cherche dans ma suite filée de causes et de conséquences. Ceci dit, il n’a pas l’air très enclin à parler de sujets sérieux, et il est aussi probable qu’il m’envoie simplement promener si je viens à prononcer une seule syllabe du mot « logarithme ».

En fait, je devrais regretter d’avoir suivi cet énergumène, mais en contrepartie, mon cerveau n’a pas cessé de fourmiller depuis que je suis avec lui. C’est peut-être un bon signe. Il faut savoir supporter les collègues les plus désagréables, et si j’ai pu endurer les remarques condescendantes d’une poignée de cyantifiques puristes du caractère indicible de l’incohérence, un vieillard excentrique et un peu – beaucoup – rabat-joie sur les bords ne devrait pas venir à bout de mes nerfs.

Je refuse d’un signe de tête son invitation à le rejoindre dans son délire, consistant manifestement à poursuivre des feuilles volantes qui gagnent autant à être contemplées dans leur petite répartition chaotique, un phénomène d’entropie attestant de la survie d’un principe ergodique à l’agonie dans ce monde. C’est vrai, ce serait tout aussi charmant de voir une colonne de feuilles, et tout aussi logique dans ces circonstances. D’ailleurs, cela me fait penser que je n’ai pas vu de feuilles s’envoler depuis l’extérieur du dédale. Il faudra que j’aille jeter un œil dans la zone qui surplombe la haie, il semble y être resté la trace d’une zone d’incohérence assez forte, passée ou toujours présente.

Toujours en observant les lieux, je constate que des deux directions où nous pouvons nous rendre, l’une débouche visuellement sur une impasse décorée d’un bas-relief taillé dans les feuilles et représentant une sorte de lampe de chevet, et la seconde vers une croisée entre deux chemins flanqués quant à eux de murs de… difficile à dire à cette distance, peut-être du coton ou de la neige. La direction à prendre à l’instant pour progresser est évidente, mais il restera une décision à prendre sitôt ce croisement rejoint. D’aucuns disent que le Labyrinthe recèle nombre d’indices permettant d’en trouver le centre, alors espérons qu’il s’en trouvera un là-bas.

« Venez donc par là, lancé-je au vieil homme, il doit y avoir un tas d’autres choses à y voir. »

C’est difficile d’établir un meilleur argument dans cette situation et face à ce personnage, mais je dois être trop excitée par l’idée de rencontrer d’autres phénomènes – et surtout d’autres personnes – dans cet endroit pour trouver la patience de regarder un vieillard gigoter exagérément pendant le temps qu’il lui plaira.




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le Sam 18 Aoû - 23:16


Bien sûr, cheveux de paille a raison. Mais partir alors que je n’ai pas pu mettre la main sur une feuille. En même temps, dire non à de l’exploration. Grave dilemme que voilà ! Partir ou rester là où je suis sûr qu’il y a de quoi faire pour au moins encore vingt minutes ! Un petit compromis peut-être ? Je n’ai pas envie que ma campagne d’aventure, aussi peu marrante qu’elle puisse être, parte si tôt. Pas avant qu’un sourire est déridé son visage trop sérieux ! La vie sa se savoure non d’un petit pois ! Et je compte bien lui montrer l’exemple moi qui est compris ce fait essentiel grâce à mon arrivée ici.

« Juste une minute de plus, j’y suis presque regarde ! »

Outch, on n’a rien vu. Moi, en tout cas je ne regardais clairement pas au bonne endroit. En plus, j’ai dû faire un faux mouvement. Rien à faire, c’est moi qui décide quand je fais des pauses ! Et ça ne veut pas dire que j’avais tord, hein. Parce que je serais resté, j’aurai eu gain de cause. Si je recroise sa route, un seul geste me suffira pour réussir.  Bref, il est temps de bouger !

« Assez lambiné, en route miss ! »

Là, le choix se fait plus facilement, c’est parti pour l’espèce de coton-nuage. Pas de mouvement par là-bas mais si on peut toucher un nuage… C’est évident, pas la peine d’user mots ou de phrases alambiquées pour l’expliquer. Suivre l’instinct c’est tout ce qui compte. D’ailleurs c’est marrant, pourquoi il est blanc et pas de la même couleur que le ciel au dessus de nos têtes ? Question futile et d’un intérêt limité, je m’empresse de la faire s’envoler vers d’autres lieux. Des choses plus intéressantes et immédiates la remplace immédiatement comme : est-ce que ça se mange ? Ou peut-on le décrocher pour le mettre dans le ciel ? Ou peut-on voler dessus ?

Comme c’est décidé, je vais mettre le bras sous celui de la demoiselle pour qu’elle ne s’égare pas ou reste statufiée comme avant. Il ne manquerait plus que ça ! Et pour que les choses soient claires, rien de mieux qu’un bon conseil ! Dis avec le sourire et la bonne humeur bien sûr.

« Maintenant, il faut mettre la main à la patte, regarder avec les yeux ça ne suffit pas ! »
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le Mer 29 Aoû - 15:46
En fait, il est vraiment chiant. J’ai beau m’efforcer d’accepter les délires de tout un chacun, ne serait-ce que parce que je suis mal placée pour confiner quiconque entre les parois d’une boîte, mais cet homme-là trouve le moyen de m’exaspérer malgré tout. Peut-être est-ce simplement l’insistance avec laquelle il m’invite à aimer les choses à sa façon. C’est vrai, je ne lui demande pas d’ouvrir un livre de cristallographie appliquée à l’Esquisse, moi. Au pire, je lui imposerais juste d’en manipuler les pages avec précaution s’il se mettait à jouer avec, de la même façon que j’ai essayé de freiner son impulsion dévastatrice quand il s’est mis à tordre la haie. De la même façon, il pourrait légitimement m’imposer de… je ne sais pas, en fait, il n’a lui-même pas l’air de s’imposer beaucoup de choses. Je pense même qu’il m’en interdit plus qu’à lui-même, d’ailleurs. Vieux con.

En y repensant, j’ai beau avoir perdu un certain nombre de souvenirs par rapport à mon ancienne vie, je réalise que je n’ai pas beaucoup changé. La seule chose qui arrive encore à me mettre hors de moi est l’idée qu’on m’impose une vision. Si ça se trouve, c’est même la raison pour laquelle j’ai aussi rapidement refusé qu’on ne puisse pas comprendre l’Esquisse. Il faudrait que j’évoque cette possibilité dans mon prochain article, ça ajouterait une touche romanesque.

En attendant, je suis toujours bloquée avec ce type. Il continue de m’inviter à le suivre, plutôt que de s’embêter à réaliser que c’est exactement ce que je lui ai demandé, et enchaîne avec un conseil de grand-père. Le fait qu’il m’attrape le bras ne devrait même pas me gêner, ça devrait être aimable sinon mignon, mais là, ça ne m’emballe pas. C’est sans doute parce que ça vient de lui et qu’il me donne peu de raisons de l’apprécier. J’écarte mon bras hors de portée du sien, un peu nerveusement, et j’adresse un regard se voulant sérieux comme la mort à sa jovialité. Je n’ai aucune idée de si je tiendrai la traversée du Labyrinthe avec lui, mais d’ici la fin de cette aventure, il pourra se vanter d’être ironiquement l’un des rares à m’avoir ôté l’envie de sourire.

« Continuons, plutôt… Vous trouverez un tas d’autres pattes où mettre votre main, dans ce monde. »

Il faudrait que j’arrive à repenser à ma théorie, ne serait-ce que pour me calmer. Que l’on tombe sur quelque chose qui me fera penser à quelque anecdote laquelle pourra me servir de base de réflexion pour envisager une autre approche de quelque problème. Et pour ça, il faudrait qu’on avance.




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le Mer 29 Aoû - 16:52
Et voilà la première intervention de Folie pour avancer dans le labyrinthe ! J'adore faire des Objets avec des tics de langages, oui.

« Hopla ! Où que vous partez comme ça ? »

Jaillissant dans votre dos, un Objet visiblement contrarié se précipite vers vous, avant de sautiller pour attirer votre attention, du haut de ses 50cm.

« La neige ? Ah que vous êtes fous, vous les aventuriers ! C'est que c'est le territoire des Yétis, ici-là-bas ! Même qu'ils bouffent les gens comme vous, et qu'ils se curent le nez avec vos ossements. 'Reusement que je suis là, je vais pouvoir vous éclairer. »

Un jet de lumière bref scintille sur l'objet, qui n'est autre qu'une lampe de chevet dont le câble oscille derrière elle comme la queue d'un chat.

« Juste là à côté par ici, j'ai construit mon passage secret, qu'est pas très lumineux sur la paperasse, mais qui vous fera éviter ces maudits poilus, pour sûr, et même qu'il vous mènera plus vite au centre. Pi y'a que je vous trouve très jolie, mam'zelle, alors j'veux pas que vous finissiez en rôti. »

Sans bouger, la lampe de chevet paysanne attend votre réponse. Allez-vous suivre le sens commun, et marcher vers la neige, ou traverser cette impasse qui vous mènera - peut-être - vers des lendemains plus lumineux ?
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