Nous n'avons pas peur que la nuit vienne... (en cours)

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I make this world peace by peace
Personnages : Azaria
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Date d'inscription : 28/11/2018
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le Mer 28 Nov - 18:30

Azaria


   


   
APPELLATION


Azaria. Évocateur d'azur, douce aquarelle des cimes ; foudre bleue dans les cieux, cœur ondulant d'une flamme. Éclat sourd glissant le long des vagues, d'une échine insoumise l'autre,  d'un froufrou d'écume à une nouvelle froissure, broderies acatènes ondulants dans les vents, spumescences cavalières sur l'échine océane. Bleu feu, bleu fleur, en myosotis vainqueur. Azur cyanosé, exsangue à bout de fracas, tranchant comme un rasoir- bleu d'asphyxie, bleu de froidure. Bleu dérive. Onirique ou iodée. Bleu coulant emplie d'air. Implacable et douçâtre. Azaria, c'est du bleu. Du bleu crépon très doux, du bleu de papier de verre, aussi du bleu cobalt, en rock, solide. Tsunami implacable d'azur caressant, d'une longue, souple langueur, chaude et ductile, tendre cérulescence gainée d'un fourreau de crème. C'est sensuel, pourtant chaste, brûlant, et pourtant froid- c'est d'un bleu qui vous happe, vous illumine et vous projette ; vous étouffe tendrement, dans une étreinte moelleuse.  

On dit aussi le Rossignol. Pour le déferlement d'onctuosité propagé de sa gorge, chaude mélodie des mots, des chants. Il y a dans son phrasé une exquise ponctuation rythmique, dans la douceur de sa voix, une épaisseur charnelle, presque même une texture, un palpable enchantement ; c'est un long ruban de crème, une arabesque douce, giclée de feutrine  entrelacée de soie, arborescence tissée, liquide ; une ardente bousculade d'escarbilles cavalantes, braseros renversés sur un tapis de velours. Telle est la voix, le chant. Il y a des cocons de cendres qui éclatent sur sa langue, propageant leurs nuées d'étincelles au gré de ses syllabes- travaillées avec application, délicats ouvrages de salive et de musique, petites bulles de lumière défaites au sein de la brise. Il y a des filets de miel entretissés aux phrases qu'il délivre comme tout autant de cadeaux, filigranes somptueux sur le calque froissé de sa vocalité. Il y a des oiseaux qui nichent dans cette bouche là, qui roucoulent dans sa gorge, intrus des cheminées répandant leurs échos. Moineaux à l'agonie, flocons étranglés de cuivre, migrateurs éclopés. Volupté et chaleur, long écoulement des cimes.

Il y a des iceberg qui se tapissent pourtant au gré des vocalises, zébrures déchirant le long ruban de la voix. Écrous planqués dans le moelleux de la langue, poignards dans le velours, petites graines de rouillure ; la tessiture d'Azaria n'atteint des pointes angéliques de pureté, un céleste carillonnement de grelot grotesque de clarté, pour ne que mieux se fracasser en déchirants abîmes de raucité crissante. C'est parfois douloureux d'avoir à l'écouter, mais toujours captivant, quand il modèle un chant. Car il va d'une mélodie à l'autre, apprivoisant l'oreille de chamarres lexicales, domptant les partitions ; papier musique au bout de la langue, quelque violon dans le cœur. C'est ce qui fait du garçon un curieux animal- ça y ajoute, à sa délicate étrangeté de fanal. C'est un sublime façonneur  de musique. Un méticuleux articulateur de colombes frémissantes, maestro des syllabes, doux ingénieur du souffle. Tout oiseau chanteur, toute bestiole roucoulante, toute créature plumeuse, entité vibrionnante de chants, peut naître de sa gorge rauque, s'envoler de ses lèvres, créature fugitive, minutieusement confectionnée par lui, avec une intolérable tendresse, un pur amour de l'art. Filée comme une œuvre de verre, un ouvrage cristallin, délicat et intense, palpitant d'émotion. C'est cela qui lui vaut le surnom de Rossignol. C'est cela, Azaria. Un tendre confectionneur d'oiseaux. Un accoucheur de moineaux. Le vivant nichoir d'une nuée migratoire.
On dit aussi, par moquerie, par tendresse ou par admiration : Nazareth et Madone. Pour les paupières trop lourdes effrangés de cils denses, pour la douceur comateuse de sa gueule androgyne. Pour son frissonnant dévouement de martyr, ses sourires lumineux et blessés, pour sa détresse de biche. Sa douceur de sainte vierge, son iconique passivité. Pour la lumière qui infuse derrière sa peau de velours, et qu'il irradie dans un éternel ralentissement sépia. Intemporel Azaria, dégueulé d'une peinture ou d'une photographie. Il y a chez lui quelque chose de mystique, une langueur christique, un rayonnement si doux qu'il s'efface aisément d'un retrait, d'un silence ; un magnétisme sourd aux fluctuations imprévisibles, imperceptibles, qui vous entraînera dans l'orbite moirée du garçon-rossignol pour peu qu'il parvienne à la frontière de l'audible, qu'il sorte de son agitation servile, rêveuse et atone, pour prendre la parole. Et quoiqu'il en face, la sublimer par des gestes onctueux, par une une diction vibrante, propageant l'harmonie et la paix dans les âmes, même fugacement, par l'impérieux faisceau de sa sérénité. Implacable douceur, presque effrayante, et tyrannique. Mais toujours si chaleureuse, si sensible, si pleine de volupté, qu'on se laisse aisément étouffer, une lourde vague après l'autre.

Azaria est comme un encensoir balançant dans une pièce, répandant dans son sillage un brouillard opiacé. Certains susurrent pour cette raison d'autres surnoms encore, quand ils ont capté contre leur gré le charme accaparant et comateux qu'il a fait prisonnier de sa chair : Morphée, Sieur Coquelicot, Monsieur Pavot, Grand Loir. Les plus observateurs, suivant l'exemple inspiré d'on ne sait qui, se laissent parfois aller à le désigner par un néologisme évocateur, curieux et même un peu cruel, préférant Tristelin à tous les autres surnoms. Et ceux là, comme tous les autres, ont tout à fait raison.
   ÂGE
Il a toujours eu cette maigreur moelleuse et ce visage trop doux- toujours été un peu plus vieux au dedans qu'au dehors. Mais en se déployant de sa carcasse mômesque en une longue arabesque duveteuse, membres-velours sur les os de nougat, Azaria s'est vu gratifier d'un temps plus sirupeux que celui de la plupart des gens. Sur lui, les années passent comme des caresses, l'émoussent et le polissent sans jamais le vieillir, sans jamais l'aiguiser. Les courbes juvéniles se préservent de la flétrissure dans les recoins duveteux de son corps de grenier, s'accrochent à son squelette, se nichent d'un creux à l'autre comme des chatons aimants. Il déborde d'une tendresse palpable, foisonne de courbes alizéennes. Il semble avoir vingt ans, garçon d'ambre et d'aurore, mais il touche en vérité la trentaine déjà du bout de son nez, prêt à y basculer ; il ne faudrait qu'un an pour qu'il y mette les pieds.
   NATIONALITÉ
C'est indéniable : il y a quelque chose d'orientale qui frissonne des entrailles jusqu'aux orées veloutées d'Azaria, une goutte diluée de la pluie Arménienne qui ondoie dans son corps d'ambre et d'aurores corsées. Propagée dans ses veines, lisible à ses lisières, conférant un éclat singulier à sa carcasse moirée. Humectant son regard d'une longue ondée d'octobre. Pourtant, il se souvient de la France, et pas d'une once d'orient.
   GOÛTS
Il aime les gestes de la danse et le travail du chant. Il aime modeler la lumière de ses doigts, tracer aux feuilles des arabesques vives, abstraites, et des visages fugaces étiolés en traits minces. Il aime le papillonnement éphémère de la musique entre ses mains, dans son oreille ; l'accoucher presque douloureusement, avec fougue, avec intensité. Enchaîné au piano, bichromie onduleuse, suant les partitions qui caracolent sur son échine mouvante ; projeter les arabesques colorées de son souffle dans le corps mince et brillant d'une flûte traversière, ou ciseler sur un alto vibrant des sanglots et des chants. Azaria aime parler à travers le corps profilé des instruments. Corps creux et vibrants, tempétueux, animés et vivants ; dotés d'une âme en sommeil éparpillée, nécessitant ses mouvements et sa respiration pour retrouver leur sublime cohésion. Alors une harmonie, alors un saut des notes, un écoulement sonore, miel et coupures, caresses et coups de poignards. Chaque instrument est comme le morceau d'un squelette, et leur âme, un voile de gaze et de lucioles dans un os évidé. La musique est une bête géante, une créature immense surplombant le ciel même- un dieu de velours bleue malaxé d'étoiles, une vaste entité dont la chair est faîte d'onctuosité vibrante, aux arabesques lourdes, stellaires, arborescences nébulaires d'astres gourds en mouvements. Azaria est dévot de ce dieu. Il l'entend dans les modulations du vent, dans la pluie, le guette avec attention dans les paroles des gens. Il aime les écouter parler, apprendre les rythmiques qui s'emparent de leur bouche. Projections, expirations, claquements. C'est important pour lui : la voix des autres. Il les aime, graves ou carillonnantes, profondes et riches, caustiques et maniérées. Les plus expressives ont sa préférence ; les voix douces lui font fermer les yeux, et les voix d'hommes, quand elles sont basses, le plongent dans une transe sereine. Il se laisse étreindre, caressé par les voix, aime se sentir cajolé par les mots, peu importe leur sens, qu'ils lui soient adressés à lui ou à un autre. C'est une des raisons pour lesquelles, quand il n'enchaîne pas ses lèvres à des chansons, Azaria parle peu. Il est doué pour l'écoute, y est plus familier. Il inhale et observe le monde- le touche peu, de peur d'y créer un mouvement, une bousculade quelconque. Mieux vaut rester contemplatif. Mieux vaut ne pas ouvrir la bouche, quand ce n'est pas pour dire une chose intéressante. Mieux vaut servir en silence, un doux sourire épinglé sur les lèvres, se contenter d'être ce rayon de lumière révélant la dramatique beauté de la poussière. Une discrète pincée d'épice dans la fadeur du monde.

Azaria aime tout autre que lui. Avec tendresse, avec chaleur, une tolérance aveugle. Presque distraitement parfois, dans son infrangible bienveillance d'archange. Il est empli de bonté, de compassion, déborde d'empathie, et aime épuiser toutes les ressources de sa sensibilité pour rendre la vie plus agréable aux autres, dans une écœurante servilité dénuée de tout calcul. Il aime ne produire que de belles choses, et c'est pourquoi il s'exprime peu, ciselant chaque mot, chaque geste, jusqu'à s'ériger sans orgueil ni pudeur en métaphore éhonté du sublime. Incarnation même de la magnificence, appelant à l'outrage par sa seule existence.

Azaria laisse le temps au temps.

Azaria aime le thé, la menthe, le café noir saupoudré de cannelle, les kiwis, les galettes à l'orange, les meringues flambées, les quartiers de pommes caramélisés nappés de poivre doux, les champignons au vinaigre et la chair des poissons. Le citron, les agrumes, les brises clémentes et l'odeur de la mer, des sous-bois et de l'effort. Il aime les matières douces, liquides et caressantes, les vêtures colorées, le chatoiement des astres. Il aime les parfums pénétrants des jardins, les fragrances bariolées des cuisines, les arcs en ciels d'épices, les patates douces et le fromage de chèvre. Il aime lire les poètes et les faiseurs d'histoires. Il aime étudier les peintres et leurs œuvres. C'est un secret, mais il aime les hommes roux, la coloration exquisement délicate ou violente de leurs lèvres, le flamboyant hérissement de leur pilosité, leurs cils translucides, coulures d'ambre et de miel, lumière cristallisée en raies graciles, et  les captivantes nébuleuses amarrées à leur peau quand le soleil les a éclaboussés. Azaria est sensible à la beauté plastique autant qu'à celle des âmes. Il l'entrevoie partout, dans le moindre détail ; ne nourrie de désir qu'envers son propre sexe. N'en fait pas plus un mystère qu'il n'ira l'affirmer à la moindre occasion. Le révélera parfois, par ses mots, et toujours par ses attitudes, fussent-elles exemptes de flirt. C'est dans son regard, l'hésitation de ses mains, dans la prudence de sa gestuelle et le jeu cristallin de ses doigts quand ils s’égarent entre les mèches dégoulinantes d'auburn qui bondissent à ses joues.

Azaria aime l'ardeur qui brûle à d'autres foyers que sa poitrine dévastée de maladies. Il est sensible à leur charisme, à leur fougue, est vite magnétisé par le moindre éclat d’humanité palpitant face à lui. Il aime la chaleur qui se dégage des êtres plus flamboyants et confiants qu'il ne l'est, se plaît à graviter paisiblement au gré de leur orbite, tel une lune crémeuse capturée dans un puits de gravité, et puise de la force, de la joie, dans leurs accomplissements. Azaria aime sa propre abnégation, son écœurante servilité, pour tout ce qu'elles ont d'esthétique comme pour la paix qu'elles lui permettent d'atteindre. N'exister que pour servir autrui lui procure de la tranquillité. Il se plaît à servir de passerelles entre les êtres, à se faire le tisseur délicat de liens entremêlés, discrets. Azaria rapproche les gens, avec douceur et subtilité, crée des ponts entre des rives lointaines. Il est le diplomate, l’entremetteur, le pigeon voyageur.

Sieur Coquelicot aime vivre par procuration. Par pudeur ? Par prudence ? Dans toute sa bienveillance, il y a de l'abandon. Dans sa lâcheté polie, une fuite. Azaria n'aime rien tant que d'être une belle image, muette. Un beau mensonge. Rien qu'un sourire de cendres et qu'un regard très doux, séquestrés à jamais dans un halo doré. Rien d'autre qu'une madone arrachée d'un tableau.

Azaria semble parfois exister derrière un filtre sépia posé à même sa peau, flotter à l’abri d'un mélancolique rideau de lumière automnale. Est-il surprenant qu'il soit blessé par l'individualisme, l'intolérance, et craigne de s'exposer à l'attention publique ? Qu'il ait le vacarme en horreur, se sente vite aspiré et dilué par les espaces trop vastes ? Il ne tolère l’immense que fractionné dans l'art. Se méfie instinctivement  de toute autorité, mais s'y plie malgré tout- ne fait dissidence qu'à sa manière tranquille. Azaria a peur de ne pas être utile, peur d'être abandonné, peur de se déliter à la moindre bourrasque. Il a le sentiment qu'un seul vent suffirait à l'emporter dans les tréfonds du ciel pour l'y éparpiller. Malgré son apparente langueur, il a l'inactivité en horreur, déteste les heures sombres qui sarabandent la nuit, préfère être perpétuellement occupé et serviable, toujours entouré bien que fantomatique, plutôt que d'avoir  à se confronter à ses propres pensées.

Et plus que tout

Azaria déteste la violence, n'est pas en mesure de supporter l'outrage, à la chair, à l'esprit, quand il se fait dans la brutalité- il tolère mieux le sarcasme et les piques. Étranger à sa propre colère, il ne connaît  par contre que trop bien celle des autres. Il en capte les signes, et se replie alors. Augures d'orages rétractant sa lumière. Il l’abhorre et la craint, pour tout ce qu'elle comporte de coups, d'éclats. La vue du sang ne le fait pas flancher, mais celle d'un rictus ou d'un poing serré suffit à le faire pâlir. Ne lui demandez pas de secouer sa carcasse avec une rage guerrière : il n'y a pas dans son corps le soupçon d'un brasier. Rien que des cendres douces, désastre caressant, tendre poussière d'étoiles.
   ARRIVÉE DANS L'ESQUISSE
   (La durée pendant laquelle votre personnage a arpenté l'Esquisse jusque là, et très succinctement la façon dont il est arrivé au Laboratoire)
   


   

Caractéristiques




   ♦️ CONSTITUTION PHYSIQUE :
Très basse. Rien que de très normal pour un gamin de crépon dont la chair est perméable à toutes les maladies. Les glaires s'amassent à sa carcasse comme des cartons dans un grenier, les toux se nouent en grappes dans le faisceau feutré de sa gorge gracile, se glissent au sein de ses bronches, chantonnent dans ses poumons et chuintent entre ses lèvres, poisseuses, iodées. Fleurissent en gerbes pataudes à sa bouche, emplissent d'ambre et d'émeraude des océans de mouchoirs. Azaria est poreux, laisse éclore à ses viscères onctueuses un milliard de crispations fugaces, de longs réseaux de douleurs qui tremblent sur ses nerfs et y tintent comme tout autant de clochettes. L'ossature délicate se peuple de raideurs, s'enlumine de fractures, Azaria n'y peut rien, n'y veut rien, ne cherche plus à combattre toute la malice des vents. Que le moindre pollen fasse gonfler ses narines, que la moindre brise d'automne sème en lui les germes de maladies à venir. Qu'une caresse même puisse suffire à lui laisser des marques. Il abandonne sa peau au champ crépusculaire d'une roselière d'ecchymoses en bataille, bourbier versicolore d'hématomes fugitifs qui éclosent en parterres, fanent en aquarelles pâles, se renouvellent sans cesse en de nouveaux motifs. Il se laisse embrasser par les coins de table, les encoignures de porte, accepte les zébrures du parquet sur sa peau. Virevolte indolemment d'une blessure à une autre, accueille la maladie avec un doux sourire. Prend le thé avec les rhumes incessants et les bronchites chroniques. Et se demande, sans cesse, quelle toux l'emportera finalement dans la tombe

Mais se questionne sans y penser vraiment, sans y porter réellement d'attention- avec le flegme gracieux d'une branche de saule. Qu'importe l’œillade persistante de la mort ? Puisqu'envers les aurores liquéfiées à sa peau, envers les intérieurs moirées encrassés de glaires lourds, il peut encore danser, bondir, s'affranchir des cauchemars, des angoisses, et de la stratégie mesquine des mots. Anéantir la pesanteur d'un seul mouvement du bras, en ondulant d'une épaule jusqu'aux confins de ses doigts.

(fragilité osseuse et respiratoire ; hémophile C)
   ♦️ HABILETÉ :
Plutôt élevée. Ses mains sont fines, habiles, ses doigts longs et dansants, ses gestes sont précis, onctueux, appliqués et empreint d'une douceur qui irradie de tendresse, même envers les choses inanimées- quoique cela signifie désormais qu'elles ne sont plus dociles, dans ce monde incroyable. Des années de gestes artistiques ont modelé ses mains pour les rendre aussi fuselées et caressantes que des corps de dauphins.
   ♦️ FACULTÉS MENTALES :
Intermédiaire. Il y a dans ce crâne là d'intenses cogitations, un esprit plus aiguë qu'il n'y semble. Ne vous fiez pas à sa langueur, à ses doux yeux de chiot : Azaria analyse les êtres qui l'entourent avec une terrifiante acuité, comprend généralement sans mal les enjeux des différentes situations auxquelles il doit faire face. Il observe, en silence, et saisit l'important, d'abord par l'intuition puis en prenant le temps d'assembler lentement les éléments entre eux. Son intelligence est aussi vive que la sensibilité qui lui remue les tripes, mais elle ne s'exprime que trop peu par les mots. Azaria semble voué à la contemplation, à une sagesse muette, à une compréhension intuitive qu'il n'ose pas ou n'est pas en mesure de partager. Ses questions sont rarement anodines, ses manœuvres sont aussi délicates que manipulatrices- et il s'adapte à son environnement, à ceux qui y habitent.

Mais l'Esquisse est trop vaste, trop étrange et bien trop chaotique pour que ces qualités lui aient suffit à en percer les mystères. Et Azaria ne s'y est pas attelé autant qu'il l'aurait dû, car il s'est voué aux autres plus qu'à cet univers ; n'a pas cherché à le remettre en question autrement qu'en silence, trop occupé à se concentrer sur les choses qui sont restées les mêmes : les liens qui unissent une personne à une autre, les mécaniques sociales, la formation d'un groupe. Il s'adapte lentement sans émettre aucun commentaire à moins qu'on ne lui demande. N'exprime guère son avis, ne cherche que de petites réponses aux soucis quotidiens, sans se soucier de savoir comment mettre au tapis des Objets enragés. Il n'a pas l'orgeuil ou l'ambition d'être un explorateur ou de percer les grands secrets de l'Esquisse ; ne s'y emploiera que si on a l'idée malavisée de lui confier cette tâche. Azaria s'essaie à créer des liens entre ceux qui l'entourent. Il ne se voue pas à faire des connexions entre le monde et eux ; en révèle tout au plus la beauté saugrenue par quelques mots errants, sans trop oser pourtant encenser ce troublant esthétisme de gribouillis furieux. Ce serait risquer la colère des guerriers et des plus pragmatiques. Paraître dangereusement singulier à leurs yeux, pour s'être adapté trop facilement à l'absurde scabreux de cette Esquisse démente.

Car à la vérité, ici ou ailleurs, Azaria n'a toujours été qu'un simple enfant perdu. S'il pouvait seulement s'en souvenir, le monde qu'il a quitté lui semblerait à peine moins absurde que l'Esquisse elle même.
   (Rappel de l'échelle : Particulièrement bas / Très bas / Plutôt bas / Intermédiaire / Plutôt élevé / Très élevé / Particulièrement élevé. N'oubliez pas que les facultés mentales dépendent aussi de la connaissance de l'Esquisse, et que votre personnage vient généralement de débarquer.)


   ♦️ MÉDECINE : Adepte.
   ♦️ BRICOLAGE : Adepte.
   ♦️ MAÎTRISE DES ARMES BLANCHES : Inconnue.
   ♦️ MAÎTRISE DES ARTS MARTIAUX ET DU COMBAT À MAINS NUES : Inconnue.
   ♦️ MAÎTRISE DES ARMES À DISTANCE (arc, pistolet, lance-pierre..) Inconnue.
   ♦️ CUISINE : Expert.
   ♦️ SCIENCES APPLIQUÉES (chimie, biologie, géologie, etc) Inconnue.
   ♦️ CONDUITE DE VÉHICULES : Adepte.
   ♦️ COMPÉTENCES ARTISTIQUES : Expert. (peinture, dessin, danse, chant et musique)
   (Rappel de l'échelle : Inconnue, Adepte, Expert. Vous pouvez rajouter une ou deux compétence(s) que vous pensez pouvoir être utiles et où votre personnage est au moins Adepte).

   ♦️ PARTICULARITÉS :
 
Telle l'a voulu l'Esquisse, un Rossignol mutant, sa chair si perméable, tendre carcasse de boue, peuplée de bizarreries qui se font des légions. Le chant d'abord est noué à ses doigts et les a transpercé, os et chair sont troués ; entre chaque phalanges, il y a maintenant du vide, des échancrures pour l'air qui siffle dans ses mains. Il a vu ses doigts devenir de simples instruments, des flûtes par bouquets accrochées à ses paumes. Toujours mobiles et toujours souples, mais étrangement percés, musicaux désormais, sans qu'il n'y puisse rien. Seuls des gants peuvent faire taire ces doigts chanteurs où s'engouffre le vent.

Mais il ne peut rien faire pour la peau de crépon qui fait jour à son dos ; rien  envers non plus les partitions sauvages qui s'arrachent à sa chair en lignes et déliés, imprimées spontanément à travers sa poitrine, notes tatouées par magie, qu'un contact réveillent, fragments de symphonies libérant quelques sons. Sa peau chante. Sa peau change. Ici faîte de velours, ; ici papier mâché. Une fragile parois semblables à un bandage, mais qui n'est finalement rien que sa propre chair. Il n'est guère plus qu'une pinata bizarrement agencée, emplie de chants-murmures à défaut de douceurs. Esquisse lui même, d'un corps humain. Simple brouillon déstructuré.

Ses ecchymoses se font bourbiers. Tangiblement poisseuses, comme des flaques d'encre ou de peinture, elles ne sont plus de simples halos s'étendant sur sa peau, mais de vrais marécages transpirant par ses pores. On pourrait à vrai dire y tremper un pinceau, tant les couleurs elles mêmes fluctuent bien étrangement, s'exsudent en mares épaisses, collantes. Sa peau n'est pas achevée, elle vira à la palette. Elle semble avoir été peinte plus que sculptée de viande, composée d'aquarelle et de peinture à l'huile. Il y a dans les nuances qui font sa carnation d'imperceptibles mouvements, de lents tourbillonnements, comme si les couleurs affleurant aux lisières frémissantes de l'épiderme humain étaient soumises à un courant profond, comme si elles n'étaient finalement que liquides, glaires de pinceaux , rebuts d’artiste plongés au sein d'un verre, farandolant sereines sous un film limpide. Brouillard sous verre, aux arabesques lentes, conférant de secrètes profondeurs à la chair du Rossignol mutant.
Azaria s'est fait une ébauche chaotique. Par détails, par simples petits riens, il été altéré par l'Esquisse.

(doigts semblables à des flûtes, peau aux textures variées (crépon, velours, papier mâché), ecchymoses exsudant de l'encre/peinture, les couleurs se propagent étrangement sur lui (quand il rougit par exemple), comme de l’aquarelle + sa carnation est animée d'un imperceptible mouvement, comme si les couleurs tourbillonnaient lentement à fleur de son épiderme = comme quand on trouble l'eau d'un verre à force de plonger son pinceau dedans ; il a a des bouts de partitions qui apparaissent sur le corps et produisent de la musique quand on les touche)
   ♦️ NIVEAU DE DIFFICULTÉ SOUHAITÉ : Normal
 

   

Description



Psychologie


Dans le grand théâtre de l'univers, il est à la régie. Il est la petite main qui a peint les décors, il est la silhouette qui s'active à l'abris des ténèbres, il est celui qui fait coulisser les lumières sur la scène, celui qui a préparé le buffet, tapé votre oreiller et bordé vos enfants ; il est celui qui passe après la fête pour nettoyer la salle, un sourire plein de brouillard aux lèvres. Azaria est l'essentiel rouage qui soutient le fonctionnement de la grande mécanique sociale, une pièce discrète broyée par de plus grosses, mais sans laquelle tout serait bien plus lent, moins aisé, et peut-être même tout bonnement impossible. Azaria est voué corps et âme à servir. Il est l'objet pratique dont on aime à user, une créature douce, indulgente et bonne, si bonne, si emplie de bonté... Partout il promène son halo, sa chaleur, son indolente délicatesse d'archange. Il semble évoluer sur un autre plan de la réalité, dans un éternel ralentissement sépia qui fait l'offense aux yeux de découper chaque geste, chaque sourire, chaque œillade tendre, chaque abdication servile consentis avec grâce ; et là, dans sa langueur, dans sa violente aménité, se fait l'illustration éhontée du sublime. Désintéressé, généreux, indulgent, Sieur Coquelicot dodeline au gré des vents contraires, simple fleur éclose dans la fureur du monde. Il est de celles qu'on sème après les guerres, graines de pavots pour oublier la mort, pour asphyxier d'écarlate les anciens champs de bataille. Il a la beauté comateuse des Saintes Vierges, le paisible rayonnement des madones béates aux paupières lourdes, qui peuplent les peintures religieuses de leurs courbes onctueuses, de leur douce gueule lunaire frappée d'extase mystique. Il ne lui manque plus qu'un petit Jésus à border sur ses genoux afin de parachever le tableau, tant il exsude la compassion, la volupté et la bienveillance. Maternel jusqu'au bout des ongles, quand il papillonne d'une existence à l'autre pour y dégueuler sa tendresse, son insidieuse sérénité de façade. Sa douceur est aussi invasive qu'écoeurante ; c'est une douceur implacable, tyrannique, lénifiante, semblable à une maladie qui colonise vos nerfs, qui endort la douleur, les doutes, et vous invite à une complaisance infantile, presque morbide. Azaria est un ange de miséricorde qui vous incite à plonger dans un sommeil sans rêves, un simple murmure affectueux à l'orée de votre conscience, une caresse aimante qui ferme vos paupières. Azaria est celui qui vous veille par les nuits froides, en observant mélancoliquement le feu qui brûle dans l'âtre, songeant vaguement à le répandre aux draps, aux murs, avec un doux sourire. Son onctueuse indolence a quelque chose de sinistre.

Mais il est si paisible l'oiseau, si serviable. Il est si simple de le laisser entrer dans votre vie, de le laisser aller et venir d'un coin à l'autre jusqu'à l'effondrement, pour se charger en silence de toutes les tâches ingrates, volontaire et cordiale. Pauvre pigeon-  pas de ceux qui voyagent , apparemment crédule. Mais il n'en est rien, ne soyez pas tentés d'en faire un demeuré. Azaria a conscience que l'on profite de lui. Il forge par lui même toutes ses routines serviles. Voletant entre les mains d'autrui, il fait claquer ses ailes contre leurs doigts, bâtit son nids entre leurs paumes, prêt à être froissé, écrasé, ou caressé peut-être, couvé, célébré et aimé. Il se donne tout entier, se laisse utiliser, s'offre au premier venu pour absoudre sa faute. Sa vie n'est qu'une longue expérience de martyr, qu'une interminable abdication aux plaisirs égoïstes, des plus coupables aux plus vagues. Une renonciation à l'individualisme, un don constant de ses ressources ; émotionnelles, physiques, intellectuelles. Il s'essaie sans cesser à justifier sa présence en ce monde, s'excusant d'exister avec un doux sourire. Il ne sait qu'être esclave. Il ne sait que chanceler d'une servitude à l'autre. Jamais tout à fait présent et pourtant attentif, auréolé d'une mélancolie qui l'entoure tel un nuage toxique. On étouffe sous sa douceur, sa patience maternelle, on se trouve immanquablement fasciné par sa beauté fragile, son rayonnement sublime. Un magnétisme gourd et discret l'environne. Il n'en joue pas pourtant. Il s'efface pour rejoindre les coulisses du monde, vaquer à faire la pièce plus belle, sans pour autant y prendre part. Petit indispensable qu'on foule du pied et dont les mains accouchent la lumière de la scène.

Azaria est un songe d'aquarelle dilué par les orages. Le reflet d'une journée d'été enfuie depuis longtemps, qui glisse encore sous les paupières, image rémanente d'une époque plus faste. Quelque chose, un jour, lui a brisé l'échine, a déchiré son cœur et corrompu son âme.

Il a désormais son sourire-barrière, l'infranchissable mur de ses lèvres moirées, l'antichambre feutrée et cloisonnée de sa bouche. On pourrait n'y voir qu'une certaine lenteur d'esprit ou de la gentillesse, la marque d'un caractère réservé dont le sceau a mis un verrou sur sa voix. Mais il s'agit d'autre chose. Dans sa terrible bienveillance, son oppressante douceur, il y a de l'abandon, des rênes qui claquent en attendant une main à laquelle s'enrouler. Azaria traverse sa vie tel un bateau naufragé, tranquille sur le courant furieux de l'existence, attendant passivement qu'on le remette à flot, heureux d'être guidé, cherchant à être utile, quitte à n'être plus qu'une fonction, qu'un objet. Il en tire un plaisir frisant le masochisme, une douloureuse extase ; à jamais insatisfait, à jamais en souffrance, il répète les mêmes mécaniques absconses pour soulager une existence qui ne ressemble à ses yeux qu'à une longue agonie. Se maintenir occupé, se rendre utile, mériter une marque d'affection, de considération...  Azaria ne pense pas être digne d'amour. Alors il s'offre et se déshumanise. Il ne connaît pas d'autre moyen afin d'être estimé. Il cherche sans cesse à s'assurer qu'on ne l'oubliera pas sur le bord de la route- mais sans oser imposer sa présence, sans oser faire de bruit. Toujours le plus discret du monde dans ses invasions, toujours digne, toujours patient. Toujours craintif.

Azaria vit dans la peur d'être abandonné. Azaria vit dans la certitude qu'il vaut mieux mourir que d'être seul. Alors jamais il ne laisse voir sa douleur ni ses doutes, jamais il n'exprime autre chose que la sérénité, et même ses angoisses semblent être tempérées, quand avec un sourire voluptueux de douceur, il paraît balayer les soucis qui lui pourrissent le cœur. Sa chute est longue, et lente, son abîme est sans fin. Sa tragédie s'écrit au ralentis, tant et si bien qu'on l'éprouve sans pourtant la comprendre. Tout le malheur qui habite sa carcasse n'est qu'une impression vague palpant à peine vos nerfs ; un barbelé ignoble sous de grandes couches de crème. Sieur Coquelicot et bien plus secret qu'on le croirait d'abord. Aux yeux qui l'observent, il est tout au plus un jeune homme sujet  la mélancolie. Peu voient combien il orchestre sa vie à la manière d'un prélude à un suicide prochain.

Azaria est un naufragé. Un résigné dont le corps s'accroche encore par spasmes instinctifs aux débris qui l'empêchent de se noyer. Les yeux mis-clos, balloté par le courant, il s'échoue dans la vie d'autrui sans aucune volonté, croyant sans y croire à sa salvation, espérant sans espérance qu'il saura mériter d'exister dans leurs yeux, qu'il saura mériter leur amour, fut-il celui qu'on réserve à un chien. Il aide. Il donne. Il s'épuise pour les causes les plus minables, rayonnant d'empathie, de tendresse et de compréhension. Infiniment compatissant. Infiniment vulnérable.

Il s'écorche à tous les virages de son existence, trébuche à chaque pallier. La roselière de ses blessures s'étend et se renferme, visible puis spectrale, ravalée par la chair. C'est un garçon-cimetière au corps emplis de cris. Quand sa douceur flanche, le vide prend possession de ses yeux. Alors il se tait, agonise en silence, replié sur lui même.

Azaria ne songe qu'à la douleur du monde. La sienne et celle des autres. Azaria la recueille et la berce au creux de son giron, l’enfouit dans sa poitrine de moineau anémique. Il ne connaît que la caresse. Ne concède qu'au pardon. Ce n'est pas tant de la gentillesse qu'un besoin compulsif de prouver son utilité, de justifier son existence en la dédiant aux autres. Alors il accepte. Il excuse. Et dans un abandon nauséeux, il mise tout sur une bonté christique qui ne doit qu'à l'expérience traumatique de sa candeur bafouée.

On écoute Azaria, car on aime à l'entendre, à l'observer, à tendre l'oreille pour comprendre ses mots. On se laisse amadouer par sa tendresse de caneton, par ses manières délicates et sa langueur délétère. On glisse dans son monde feutré, bourdonnant d'asphyxie, on se prend à être captivé par son évanescence. Azaria est une caresse portée sur la conscience. Un long filet de miel brun dans l'amertume du monde. Il apaise et enchante, fascine quand il se hisse au-delà du silence. C'est un don étrange qu'il possède, s'imposant par la douceur et les murmures, audible quand il le souhaite, mais effacé le reste du temps. Un  absurde charisme a échu au Rossignol, lui conférant un pouvoir lénitif, une force de persuasion tout à fait sidérante. Il a ses heures de gloire quand ce pouvoir agit. Il irradie alors comme une sainte icône, avec sa gueule de madone, avec sa voix onctueuse.

Et puis il balle, et chuchote en se laissant drainer. Il se flétrit dans les anneaux de la maladie qui ne le quitte jamais, complice depuis l'enfance, sœur vicieuse attentive lui distribuant des claques. Il étouffe et se blesse. Fragilité osseuse, perméabilité à tous les mauvais germes, émissaire comateux de toutes les épidémies, chancelant au moindre vent... C'est à cœur joie que s'en donnent les virus dans le terreau de ses entrailles crémeuses. Ça s'ébat dans son corps, d'une crève et d'une allergie à l'autre. Il tousse, crache, frôle la mort et revient. Se relève et poursuit sa pantonyme atone, esclave de sa douleur, de son infrangible culpabilité. Enchaîné à son corps de damné, d'ange déchu, sans rien pouvoir y faire que d'épuiser ses forces.

Sur sa peau, la couleur nécrose en bourbiers d'ecchymoses. Hémophile en fleur, d'un hématome à l'autre. Semblant mettre un point d'honneur à collectionner les tares et les bleus comme autant de médailles épinglés à sa chair. Il a l'automne le plus suintant de pourriture noué à la carcasse, doucereux de langueur.

Et puis il y a la voix. Le chant, la danse. Et l'on comprend pourquoi ce garçon frémissant d'un silence à un autre, ascète de la parole, est pourtant connu en tant que Rossignol.

C'est un garçon qui chancelle au bord de ses chansons, des chants immenses aux frontières élastiques. C'est un éclopé dont les pleurs et les cris se muent en mélodies, un titubant aux yeux gourds dont l'âme malade fleurit au bord des lèvres en bouquets bilieux, dont les mots s'élancent en vrilles mélancoliques. Sa gorge est engouée, il est figé d'extase, tendu tout entier dans l'effort de cette expiration, cette floraison printanière du son fait harmonie. Son visage crispé se meut dans le flux ondoyant des harmoniques brisées qui naissent dans l’amphithéâtre carné de sa poitrine dévastée de toux, résonnent dans le jardin cramoisi de sa bouche. C'est un filet argentée qui danse à ses paupières, un faisceau ondulant tissé de clair de lune et de brasier sauvage.

Son gosier de velours vibre alors d'un chant clair, et soudain, il se fait lui même l'impression d'être un jardin humide qui s'ouvre sous la lune. Ses lèvres fleurissent, couronnées par la voix, qui s'élève, qui s'étend, qui bariole, et saisit, retombe en ondée chaude, liquide, accaparante. Il chante, propulsé à des hauteurs ardentes, à un cosmos de sirop et de sucre filé. Créant des astres, des abîmes, des fresques trémulantes, aux seuls outils qui lui permettent de sculpter des chanson, aux seules modulations aériennes de sa voix. A ses contradictions sublimes.

Elle est rauque. Fêlée comme un éclat de charbon incandescent, craquante, cassée, roulante comme le tonnerre. Elle a l'ardeur des braises réanimée, une raucité sauvage qui empreinte aux symphonies du brame, aux grésillement du jazz. Il fait vibrer les cordes à violon qui se tendent dans sa gorge, joue de l'archet avec sa voix. Met à mort des altos pour mieux ressusciter leurs cris. Les vagues se succèdent, soufflées d'entre ses joues. Alors, il devient si vieux tout à coup, et tellement moins chétif : sa voix est douce, profonde, bordée de satin frais, frémissante de velours. On y trouve des abîmes. Sa voix est maternelle, léonine, sensuelle et subversive. Une onde crépusculaire dédiée aux bains nocturnes, un alcool étourdissant qui fait tourner les têtes. Il y a de l’ivresse dans ses chants, un abandon sublime, presque ignoble de sensualité. Quand Azaria laisse planer ses chansons, c'est le monde qui s'envole aux arpèges de sa voix, explosant rythmiquement en accord avec elle. Car il n'est plus que pure musique quand ses lèvres se descellent sur un chant languissant. On nage avec lui dans des mers abandonnées au soir, éclaboussées d'étoiles, poignardées par l'immobilité qui précède la tempête. On le suit sans canot sur les vagues de son spleen, on se prend à couler dans les abîmes fluctuants qui jalonnent ses chansons, dans les silences qui bordent leurs paroles. Tout ce qu'il n'a pas fait dans le chaos de sa vie, Azaria le rend quand se déchire sa bouche. Il fait saigner sa gorge et éviscère ses muses. Eructante, sa voix se fendille comme un charbon ardent. Il vomit des escarbilles, accouchant des mots vifs, enroulés tendrement dans le ruban de sa langue, l'incendie et la jette au beau milieu de la nuit, en use avec du charme pour féconder l'oreille de mille et un mots qui sont autant de phalènes, duveteuses, poudrées et mourantes, suicidées aux tympans assaillis par le chant. Il s'envole pour balafrer la Lune, frénétique en ses danses, sanguinaire sur un dernier claquement, jouant des tonalités, brisant chaque mot, composant des fresques brûlées faîtes de souffre et de cendres où se dessinent ses peurs. Il disperse les étoiles et recompose la nuit. Un chant de mort et d'amour, empreint de pureté, ou d'érotisme

Et parfois elle est claire, cette voix qu'il exhale. Presque tintante, comme un grelot. Le garçon berce alors une douceur lagunaire, prise au piège dans sa gorge, l'étend comme un draps de satin pour y border votre âme.  Il gueule autant qu'il soupire dans ses chants. Lui qui ne sait se plaindre, qui vit à la limite de l'audible et de la perception, qui fuit farouchement la violence et se complaît à n'être qu'un objet duquel on use sans s'en apercevoir. Ses hurlements sont musicaux, harmonieux, un délice à l'oreille. On les écoute, sans forcément comprendre ce qu'ils ont de sinistre.

Azaria ne sanglote que de la manière la plus mélodieuse, agréable à entendre. Travestissant la peur et la souffrance par ses cabrioles de forain et la philharmonie de ses entrailles crissantes. Il ne s'exprime qu'à travers une succession de masques.

Et le reste du temps, il sourit, il acquiesce et il sert en silence.


Physique


Il est à mi-chemin entre l'aube et le vent, coloré de safran et de lumière rosée. Enchaîné à la terre, appelé par les airs, défiant la pesanteur de sa grâce d'impala, toujours en équilibre entre sol et hauteurs. Azaria est composé de feuillages frémissants et de cieux en sirop, qui lui font une carcasse à la fois vive et longue. Languide et fluide d'un même tenant, il a  le geste fluide. Homme oiseau aux grâces faunesques, aux longs membres duveteux, c'une torsade humaine flexueuse et dorée, dont chaque courbe croquante est tapissée de velours. On l'a fait de miel brun et d'aurore liquéfiée, coloration exquise de sa peau parfumée. Le moelleux de la viande accrochée à ses os n'a d'égal en douceur que la tendresse brûlante de son regard de chiot. Des yeux liquides, aimants à vous crever le cœur.  Des yeux profonds, emplis de tourbillons. Yeux d'orage et de menthe infusant aux creux ses orbites moirées, sous de lourdes paupières effrangées de cils denses- comme des phalènes poudreuses venues s'humecter aux bassins de ses iris brumeuses.

Il y a sur sa peau l'ocre et le cuivre chaud. On trouve quelques rayons de soleil dans les courbes onctueuses qui gravissent les déliés ivoirins de ses os ; et le déferlement de velours de sa chevelure fluide ondule en boucles lourdes, nichant au creux de son cou amiteux des nébuleuse auburns. Il a le port altier, les clavicules fuyantes, saillantes comme les barreaux d'une cage sous sa peau délicate. Mais la maigreur moelleuse, toute foisonnante de courbes ; un corps semblable à une poterie, hypnotique tourbillon de chair tendre, où se dessinent quelques muscles polis par la danse qui doivent concurrencer tant sa minceur de saule que l'infernale velouté de sa viande, la gracieuse rondeur de ses membres. Ses jambes sont longues, fuselées, glabres douces et crémeuses ; son ventre est un vortex de douceur où convergent tous les duvets de son corps, à peine boisé d'un rail de poils bouclés grimpant vers son nombril. N'eut été la trinité ballant entre ses jambes, Azaria pourrait se faire passer sans peine pour une demoiselle. On se laisse aisément tromper par son androgynie, car au-delà de son aspect physique, Sieur Coquelicot ne semble pas empiéter trop franchement sur les manières de l'un ou l'autre sexe ; son odeur, ses gestes, sa voix, tout conspire à le désigner tour à tour homme ou femme. Lui même ne semble pas y porter d'attention, ne donne aucune réponse, ne semble en fait n'être pas satisfait ni par l'une ni par l'autre, sans pouvoir l'exprimer- alors, comme pour tout le reste, se contente d'hausser les épaules et de baisser la tête. Avec un sourire comateux de sainte vierge, un regard embrumé à ses pieds. Ce n'est finalement qu'une autre abdication.

Sa nuque de cygne ploie vite, ode à la soumission. Ses fines mains de harpiste se croisent trop aisément. Il crée la tentation d'un abus, tant sa délicatesse exhale la vulnérabilité, tant la finesse de son corps confine à celle du verre. On ne peut s'empêcher d'y voir un appel à la brusquerie, une demande implicite à le briser en mille et un morceaux de faïence orientale... Il semble parfois n'être qu'un symbole dénué d'humanité, incarnation frissonnante de l'animal sacrificiel, une simple offrande à la violence du monde, étendue sur l'autel avec un abandon frisant l'extase mystique. Car le moindre vent contraire pourrait l'emporter, établir une emprise despotique sur son corps. C'est qu'il a l'anatomie d'un voilier arrosé de soleil. Clavicules déliées et omoplates mobiles lui déchiquettent le dos, encadrant une colonne vertébrale ondulante, sinueuse, aussi souple qu'une corde. La finesse de sa chair met en exergue une ossature d'oiseau. Et qu'elle est belle cette ossature ! Gracile et bien trop longue, presque remplie d'espaces. Mais quelle harmonie dans le dessin superposé des muscles et de os, qu'il est frêle et agile le Rossignol, perméable aux caresses comme aux coups qu'on lui porte... Martyr éhonté débordant de langueur, s'abandonnant aux pierres de la lapidation. Il a la beauté des éphémères, des créatures furtives que le brouillard emporte. Sa chair onctueuse semble pouvoir être modelée par le souffle et la contemplation ; un regard trop appuyé le ferait basculer.

Rossignol tout de feutre et de pétales de roses. Azaria semble résulter d'une alchimie étrange, comme si on l'avait conçu non pas par des offices charnelles, barbaque convulsionnée arrosée de sueur, mais en suivant scrupuleusement une recette occulte. Il est de miel et de fleurs fanées, d'herbes aromatiques macérées dans une eau de montagne, tout de sirop et de crème et de parfums liquides. Comme accouché du ventre d'un chaudron en cuivre, puis nuancé avec amour d'un arc-en-ciel d'épices. Amené à ce monde par un brin de magie, quelques incantations.



Histoire


Ses yeux pourraient être ouverts depuis toujours, billes de couleur fichées dans ses orbites. Son corps lui même pourrait être là de longue date- une date immémoriale du fond âpre des âges. Il est aussi frais qu'un galet roulé par les flots froids du temps. Aussi frais, aussi compacte. Aussi inerte et langé de silence. C'est un état de stase, une langueur morbide. Perpétuelle. Infinie. Il est à la périphérie des jours et des nuits, il vit en marge de la danse astrale ; quoique cela puisse signifier ici, avec un ciel fait de collages divers.S'il pouvait encore s'en soucier, Azaria chercherait des réponses. Mais les pensées filent en lui comme des lumières furtive. Comme un vol d'hirondelles.... N'a t'il pas connu une hirondelle, d'ailleurs ? Une belle au corps désarticulée et aux sourires grinçants, avec toujours la rage aux yeux et la violence aux doigts. Peut-être bien. Il y avait eu de nombreux oiseaux dans sa vie. Toute une volière déversée sur sa gueule. Ou alors non ; ce n'était peut-être pas vraiment sa vie, juste les reliquats d'une existence étrangère, observée, assimilée, mais à laquelle il n'avait pas pris part. Car il était là depuis toujours n'est-ce pas ? Couché ici à observer le ciel, avec un corps fait de musique, de pure musique, un entrelacs de vibrations sans forme précise, un simple bourdonnement contenu dans une poche d'air. Voilà ce qu'il était. Un bruit contenu, maintenu, qui persistait encore. Quand l'air cesserait de vibrer, il se dissiperait, et alors il n'y aurait plus rien... Plus de ces images furtives, de ces mots qui cognaient. L'odeur de la merde et l'éclat des couteaux disparaîtraient ; les tasses de porcelaine et les plantes cascadant des étagères disparaîtraient ; les mains douces et les mains brutales, les sourires onctueux et les sourires râpeux, les yeux liquides et ceux d'éclats, les caresses lourdes et les claques. Tout s'évanouirait. Les vols cesseraient dans son esprit, ils ne reviendraient plus de l'abîme salvateur qui avait pris la place  de ce peu de choses qu'était la mémoire. Rien d'important au final.On pouvait vivre sans. Une vie de contemplation, une vie paisible faîte d'une douce, paisible, bienheureuse agonie. Il n'en voulait guère plus. Cela pouvait suffire.

Des mots en vrac, des confettis d'images. Un gruau de couleurs et de lettres agité d'un mouvement parfois frénétique, dénué de sens- une bouche, un bras, des lamelles de paysages. De simples fragments, du dégueulis de diapositive en furie, du déchet d'atelier. Un agglomérat de brouillons tous compressés dans une même corbeille, collés ensemble par l'humidité. Une pâte versicolore, poisseuse... Une prolifération tumorale. Un courant qui emportait ses yeux, au gré des tourbillons d'images, des flots de mots entrechoqués. Un réconfortant chaos, à l'extérieur, qui empêchait l'abîme de se remplir, qui dilatait les ténèbres, réduisait à néant toute tentative d'y édifier quoique ce soit qui tienne du souvenir ou de la suite d'idées. Trop de mouvements. Trop de vents dans son crâne. Bourrasques inaudibles, impalpables. Simple glissement, délicat coup de balais sur la pensée construite. Son esprit ne s'emplissait pas au diapason du ciel. On y trouvait que du vagabondage, qu'un flux constant d'idées incohérentes. Une paisible dérive, un merveilleux état d'ataraxie.

Il souhaiterait n'en sortir qu'à la faveur d'une mort très calme. Un dernier soupir de vie, un glissement fatidique. Doux voyage vers le terme... Mais les choses sont rarement telles qu'on les souhaite.

Ce sont les mots qui le berçaient qui l'arrachent à la tranquillité. Quatre phrases dans l'imprimé du ciel, quatre déchirures. Sans lèvres qui les sculptent, sans doigts qui les écrivent ; mais ils contiennent une voix. L'encre qui gaine leurs formes est gonflée par une voix, habitée, investie. Les tracés se font comme des formes huileuses animée d'une vie lente. A l'inverse de tous les autres mots, ceux là ont un timbre, ils sont modelés par une nuance, enveloppés dans une langue, ils ont une texture. Ils se gondolent, respirent, le touchent. Ils refusent de partir, de traverser son crâne. Malgré la douce et impérieuse bourrasque de l'oublie, ils s'ancrent dans les ombres, colonisant l'abîme. Ils s'imposent. Et il n'a guère d'autre choix que d'entendre la voix, que de laisser sonner les syllabes assassines.


Quelqu'un va mourir. Il est temps de manger, de baiser et de s'écorcher vif. C'est le temps des banquets, des orgies et des pleurs. Quelqu'un va mourir, comprends-tu.


Les phrases refusent de passer leur chemin. Il n'arrive plus à lire le ciel- sa vue se brouille, une interférence gagne ses nerfs optiques. Un bug. Les images refluent dans une implosion de couleurs. Et il suffit que ces mots ne s'agglomèrent dans l'abîme... Il suffit du monument d'horreur qu'ils édifient en lui, pour que cesse la paix, l'ensommeillement morbide. Alors son corps n'est plus une musique tenue dans une poche d'air ; c'est un douloureux paquet de viande jetté contre un squelette en vrac, une brochette de membres sur un mikado d'os. Les blessures se réveillent, roucoulent à fleur de peau, s'élèvent dans un frisson, fleurissent en ecchymoses. Ses lèvres s'ouvrent, sa voix se tend. Faible piaillement d'oiseau.
Autour de lui, tout n'est que ruines. Décombres poussiéreuses et grinçantes, qui s'enveniment d'un angle à l'autre, apologies du chaos et de la destruction. Il repose dans un berceau d'ordures et de pierrailles. Mais autour de lui, un écrin de verdure phosphorescente s'étend, une caresse lumineuse portée sur sa peau. Doux cocon tissé de murmures chauds,  chuchotis extirpés de la terre en franges douces, chaque brin illuminé en sa matière elle même. Un apaisant friselis fait se mouvoir la pelouse anormalement luisant. Il y a comme une chanson très douce au ras du sol, concurrencée par les plaintes lugubres du vent qui s'infiltre au-delà de la petite trouée où repose son corps. Il est toujours question de voix. De musiques. Du moins, il croit sentir que c'est le cas ; rien n'est en fait certain à propos de lui, de ce qu'il croit connaître. Il vient seulement d'être rendu à l'existence. S'en serait bien passé, du reste.

Azaria refuse de se lever. Il reste échoué parmi ses propres membres, dans un cercueil d'hématomes et de courbatures, dans un champs de coupures. Tant pis, la paix s'en est allée. Le ciel a jugé bon de la lui retirer, avec ces mots dotés d'une voix. Ce devait être un signe. Une incitation au mouvement, à la vie ? Mais pourquoi faire. L'oubli est doux, et l'inertie aussi. La douleur finira par s'estomper. Le froid aura raison de ses nerfs. Il s'essaie à attendre, dans une souffrance somnolente.

Lis de nouveau le ciel. Mais chaque mot s’agglutine au précédent. Chaque image reste prisonnière de son esprit. Ce n'est pas ce qu'il cherchait ; son inconfort grandit. Son corps trésaille, pincé d'un nerf à l'autre. Et les pensées sont trop présentes, trop nombreuses. Il n'y aura plus de somnolence. Il ne pourra pas mettre fin au vacarme. Pas en restant ainsi.

Son corps se redresse de lui même. Ses mains l'auscultent de leur propre chef. Il ne parvient pas à songer aux actions entreprises par sa carcasse fourbue ; elle se met tout simplement en marche, faisant du bout des doigts, palpant les zones sensibles, réveillant tous ses nefs. Le ciel hurle dans sa tête, son ouragan de phrases mêlées, sa tempête d'images scotchées ; et dans l’œil du cyclone, au cœur de cette violence, il y a les quatre phrases. Les quatre phrases et la voix douce. Les frissons lui galopent sur l'échine. Quelque chose pèse sur son cœur, une lourdeur terrible.
Il vomit, distraitement. Bouillasse limpide comme de l'eau de rose.

S'extirper de la clairière ouverte dans les ruines n'est pas une mince affaire. Son avancée est précautionneuse- il y a déjà trop d’égratignures, trop de bleus sur son corps. Il pourrait bien saigner à mort à la prochaine coupure. Son ascension est celle d'une araignée neurasthénique. Il avance lentement au gré des bâtiments effondrés et des tuyaux tendus vers le ciel. Quand il parvient à trouver une nouvelle clairière, son souffle est court, et aux plaies légères qui n'en finissent plus de baver se mêlent la crasse et la sueur. Un début de fièvre s'est glissé dans son crâne, léger et implacable, virtuose de la menace qui vrombit sous son front. A tel point qu'il lui faut un certain temps pour prendre conscience qu'il n'est pas seul dans cette trouée au milieu des décombres. Sur un porte manteau étrangement festonné d'une guirlande de noël pépie une couvée. C'est le premier signe de vie qu'il lui est donné de voir ; d'entendre même, à travers les acouphènes qui bourdonnent au fond de ses oreilles. A rebours, finalement, deux questions évidentes se détachent du sombre brouillard qui roule entre ses tempes.

Qu'est-ce que je fais là... pourquoi tout est en ruines ?


Il n'y avait même pas pensé. Tout à enclencher la laborieuse mécanique du geste, tout à s'extirper des lourdes vagues de mots qui empoissent son esprit ; il n'avait pas pris le temps de saisir consciemment à quel point tout ce qui l'entoure est étrange ; que sa présence ici n'a pas d'explications. Cela lui a d'abord semblé tout à fait naturel. Être simplement là, balloté sans savoir pourquoi, parcourant sa vie sans y avoir de prise. Devoir s'adapter, sans même penser- mener une existence somnambulique où seules compte les mains qui le dirigent. C'est peut-être ce qui le fait réagir en fin de compte. La prise de conscience de cette immense solitude, et avec elle, un malaise, une étreinte esquichante à son cœur. Un frisson de panique anticipée.

Peu importe les ruines ou le flou artistique du passé, bouillis de visages, de voix et d'impressions fugitives qui s'écrasent aux carreaux de sa conscience comme des moineaux blessés. Les décombres ne l'interpellent pas plus fortement que le désordre des cieux réaménagés en archives défilantes. Il sait simplement que rien de tout ça n'est normal.Mais est-ce bien important ? Était-ce bien mieux, "normal"... ? Il lui semble avoir seulement troquer une absurdité bien planquée pour l'expression frontale de cette dernière. C'est sûrement mieux ainsi d'ailleurs. Une folie franche, une incohérence crachée au visage ; pas celle qui se cache en petites lettres noires, pas celle qui louvoie au gré des codes, des morales et des lois. Celle-là est bien visible.

Il éprouve presque du soulagement à cette pensée. Il la préfère ainsi. Le monde dans lequel il lui semble avoir toujours évolué ne fait que présenter enfin son véritable visage à la vue de tous. La nausée existentielle qu'il éprouve à parcourir cet univers incohérent et brutal lui est déjà si familière qu'il n'a pas le sentiment d'avoir fait un grand pas vers une nouvelle vie. Ce n'est que la continuité d'une errance déjà embrassée longtemps auparavant. Il a toujours été perdu. Dans un champs de ruines, sous un ciel en compote ? A peine plus qu'au gré des villes et des couloirs sans fin.
Le non sens de ce qui l'entoure ne l'émeut pas vraiment. Mais l'horrible solitude le pénètre. La pensée d'avoir à décider quoi faire, d'avoir à se débrouiller seul... L'angoisse vrillante du libre arbitre. Cela l'étrangle. Il a suffit d'un chant pour le lui rappeler, pour le sortir de la transe douloureuse qui le transporte depuis qu'il a ouvert les yeux- il y a mille ans, lui semble t'il.

Maudits soient les oiseaux. Toujours ils viennent se faire un nid de ses entrailles crispées...

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+ Dov
Oublie et désespoir. Jusqu'à la renaissance dans le berceau d'ordures. Jusqu'à la main de Dov. Flamboyante colombe à la gueule mitraillée de rousseur. Et la reconstruction qui s’amorce sous l'égide du minutieux rouquin. Échalas aimant et psychotique aux mains fébriles, aux déliés pâles et nerveux- une falaise où résonne le chant de la mer, Dov. Tout de calcaire et d'aurore coulante, chevelure d'enflammé pour un regard de cerf.

Ce n''était rien d'autre qu'une pelure d'orange enroulée dans une brise. Un garçon de rouille aux jambes trop longues, rescapé de la faim, de la folie peut-être. L'étrange gamin perdu d'une histoire effrayante, aux membres élastiques et aux doux yeux de cerf.
Il avait la rousseur ruisselante et les cils translucides, les lèvres fines, tremblantes, des ongles vernis de jaune qui frémissaient au bout de ses longues mains d’albâtre. Sa peau était mouchetée d'éphélides qui parsemaient son corps du front jusqu'aux orteils. A son cou s’entremêlaient toujours un foisonnement de breloques où scintillait en filigranes argentés le signe de la paix, et il s'était confectionné une interminable boucle d'oreille à partir d'un attrape rêve verdâtre un peu effiloché.
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+ Bartel ?
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+ Poppy

la nature toute entière coulée dans la carcasse d'un cerf aux airs de biche, androgynie coupante fracassée dans un torrent de cheveux. Digne Poppy, altier, sauvage, aux yeux d'automne figés dans l'ambre.
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   La description est, concrètement, le champ dans lequel vous nous dites tout sur votre petit personnage. Vous pouvez choisir de diviser cette partie en plusieurs sous-parties (par exemple, caractère/arrivée ou caractère/histoire/arrivée) ou de n'en garder qu'une seule. Si vous avez aussi le choix d'aller à l'essentiel ou de vous étaler sur de longues pages, il y a quoi qu'il en soit plusieurs éléments importants qui détermineront la validation de la fiche et ce que nous nous attendons à retrouver :

   • Si votre personnage possède des traits physiques non visibles sur l'avatar, il faudra les mentionner.
   • Il faudra assez d'éléments pour cerner le caractère de votre personnage (si cela paraît évident, c'est toutefois un écueil qu'on à l'occasion retrouve dans les descriptions en un bloc).
   • L'histoire peut être mentionnée de façon vague, mais si elle est écrite et paraît peu cohérente sans pour autant que votre personnage soit "fou" (= ait une vision altérée de ses propres souvenirs), cela ne passera pas.
   • Nous accordons une partie importante à la partie "Vie dans l'Esquisse" de votre personnage. Son contenu dépendra du temps que votre personnage a déjà passé dans l'Esquisse. Dans tous les cas, il faudra inclure ses premières impressions et sa réaction face à ce nouveau monde, soit de façon narrative soit de façon plus descriptive. Dans le cas où vous auriez un peu d'ancienneté, il vous faudra également parler de ce qu'il a fait après son réveil, naturellement.
   • Que cela soit inclus dans votre description ou mentionné dans un coin à part, nous aimerions également que le rapport de votre personnage à l'intrigue soit mentionné (avis sur les cyantifiques, sur la situation, sur le lieu en cours, position, implication, rôle, "but".. bien sûr, votre personnage peut avoir les idées floues ou être en perpétuelle introspection, de grandes lignes suffiront)
   • Si c'est votre premier personnage dans cette époque, nous aimerions également que vous insistiez un peu sur l'univers en lui-même, à travers des éléments de description. Il ne s'agit pas de copier/coller ou de réécrire les annexes, mais plutôt de nous montrer que vous avez tout compris (nous préférons voir ça dès la fiche plutôt que de devoir reprendre quelqu'un sur un RP parce qu'il a oublié que le ciel n'était pas bleu par exemple).
   • Enfin, n'oubliez pas qu'il y a quelques règles énoncées au sujet des personnages dans le règlement !

   PS : Visuellement, il suffit de rajouter des titres avec de belles petites balises h3 ou de mettre des espaces blancs pour créer plusieurs "sections".

   Bonne rédaction ! N'hésitez pas à embêter le staff si vous avez des questions.

Spoiler:

Informations obligatoires pour le registre des personnages
Lien de l'image utilisée comme avatar principal (200*280) : https://i.servimg.com/u/f62/18/91/58/86/52a1d713.png
Personnage utilisé pour votre avatar (et oeuvre dont il est issue) : Teia de la série littéraire Le prisme noir de Brent Weeks.
Description succincte de votre personnage (en mots-clefs, voir le registre pour les exemples) : serviable, docile, empathique, sensible, effacé, contemplatif, doux, tranquille, pacifique, philanthrope ; gracieux, hypnotique, mince, taille moyenne, cheveux ondulés châtains sombres/auburn mis-longs, brun  de peau, yeux gris/vert, paupières lourdes, visage doux, androgyne ; secret, taiseux, calculateur bienveillant, excellent chanteur, convaincu qu'il ne mérite pas d'être en vie, vif d'esprit mais se soumet aisément, pensées morbides, d'une douceur presque sinistre et asphyxiante ; semble être intemporel, propage la sérénité autour de lui, extrêmement charmeur à sa manière, mais fragile émotionnellement ; souffre de stress post-traumatique et grande tolérance à la maltraitance ; doigts flûtes, peau qui vire au papier crépon et aux partitions sur certaines parties du corps.
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