ÉPREUVE N°5 - L'ÉPOPÉE QUOTIDIENNE

Anonymous
Piu[Te]
Invité
le Lun 25 Mar - 0:24


|HRP : Time alert |

Je sors de mon lit comme souvent bien avant le levé du jour, si je veux être à l’heure au travail je dois couper sur mon sommeil. Erik toque à ma porte, mal dégrossi lui aussi et m’aide à gagner la salle de bain. La douche est brève et n’arrive pas à me réveiller. C’est le café qu’il m’a préparé qui finit de le faire. Habillée des vêtements que j’ai pris le temps de sélectionner la veille, je jette un coup d’œil rapide à mon téléphone portable, quarante-cinq minutes. Ça devrait être suffisant pour parcourir les huit-cents mètres qui me séparent de la bibliothèque.

« A ce soir Rikiki ! »
je le salue alors qu’il plonge lui-même dans sa tasse de café.

Je jette un regard à mon reflet en quittant la maison, ça va, j’ai l’air fraîche même si je n’ai pas le temps, comme bien souvent, de me maquiller. A peine ai-je franchis la porte que mon premier obstacle se dresse entre moi et le portillon électrique. Tifa le labrador noir d’Erik me regarde avec ses yeux remplis d’amour, et vraisemblablement pas l’intention de me laisser passer sans que je ne l’ai papouillée comme il se doit. Je n’ai pas le temps, et je le regrette. Je suis préparée, j’ai sur les genoux sa balle de tennis préférée et je la brandis bien haut pour qu’elle la voie avant de la lancer de toute mes forces dans la direction opposée. Le molosse s’élance avec grâce et je me dépêche de franchir le portillon. Une fois celui-ci refermé je longe la clôture de la maison en l’entendant mâchouiller sa balle. Je souris, j’adore cet animal.

Mon sourire se transforme en grimace quand je découvre la voiture noire garée sur le passage piéton. Encore ? J’inspire une bonne goulée d’air pour me calmer, je m’écouterais je grillerais les circuits électriques internes de l’engin. Seulement ce serait contre-productif, la voiture accidentée resterait sur l’emplacement bien plus longtemps me mettant en retard pendant au moins plusieurs jours.

Je repère un morceau de trottoir libre et je tente une approche souple du précipice. Comme toujours je stresse quand je sens mon équilibre se rompre. Ce sentiment de vertige face au vide me remue l’estomac. Je n’en montre rien, ne me permettant plus de retenir mon souffle ou de serrer des dents jusqu’au moment où je rejoins le bitume saine et sauve comme je le faisais il y a quatre ans. Je ne veux pas que cela se voie… Et malgré tous mes efforts je sens pourtant systématiquement mon cœur s’accélérer poussé par l’adrénaline. Et si je tombais ? La chute serait moins douloureuse que l’humiliation de devoir demander de l’aide à quelqu’un pour me sortir de cette situation.

Je ne tombe pas, sur le bitume je rejoins le passage clouté et attends que le feu piéton passe vert… Une voiture passe et doit faire un écart pour ne pas me renverser. Elle me klaxonne et je lui réponds par un magistral sourire accompagné de son doigt d’honneur. Le tout se reflétant bien dans son rétroviseur. Elle croit que c’est d’ma faute si cette putain de bagnole a jugé bon de se garer au seul endroit où l’épaisseur du trottoir diminue assez pour me laisser en descendre sans risque ? Elle croit que ça me plait de me tenir sur la route ?

Je respire et comme d’habitude j’accroche un sourire sur mes lèvres. Ce n’est pas grave. Je ne peux pas m’arrêter à ce genre de connerie sinon j’arrête de vivre tout court. Cela ne vaut pas la peine que je m’énerve réellement. Je salue Aaron en passant devant sa maison, mais ne m’arrête pas. Pas le temps. Je quitte la zone résidentielle mais alors que je m’engouffre dans la rue séparant la bibliothèque du cinéma je me rappelle qu’il y a des travaux en son extrémité. Je soupire et je fais demi-tour. Un demi-tour comme à l’auto-école, en trois temps sur le trottoir étroit. Ça va je gère, depuis le temps j’ai la technique.

Je contourne la bibliothèque en passant par l’arrière. Je soupire en voyant que les poubelles n’ont pas été rangées correctement, l’espace laissé sur le trottoir ne me permet pas d’y circuler. J’aimerais tenter de passer tout de même mais la peur me retient, toujours cette même peur. Celle de la chute. Je sais pourtant qu’elle ne me mettrait pas réellement en danger, il me suffirait d’appeler ma collègue pour qu’elle vienne me relever, mais… Je ne peux pas. Je veux être libre. Je veux être indépendante, et cela passe par le fait de vaincre chaque jour la peur de descendre un trottoir.

Alors je prends mon courage à deux mains, descendant à nouveau la marche pour me retrouver sur l’asphalte. Luttant à nouveau pour garder le sourire… Cette fois-ci je dois remonter sur l’accotement, la tâche n’est pas aisée. Plusieurs fois je bute, plusieurs fois je retente de franchir cette montagne de dix centimètres. Je n’y arrive pas. Je vais être en retard, c’est une certitude maintenant. J’inspire calmement alors que je me vois obligée de rompre mon équilibre pour décoller mes roues du sol. Deux roues en l’air, le corps tendu vers la droite je fais la prière de ne pas verser en me laissant emporter par mon poids. Deux ont gagné les cimes et je dois encore forcer et tirer pour réussir à faire gravir cette falaise aux deux autres.

C’est essoufflée que je reprends mon trajet, je m’arrête un instant à l’abris des regards pour me recomposer une attitude détendue. Cela fait je reprends mon chemin, un combat entre un titan et un air a laissé sur le pavé de lourdes marques. Avançant dans les culs de poule et les débris je dois maintes fois user de mes biceps pour me désengager des creux laissés. Je replace une mèche de cheveux bouclée derrière mon oreille et passe le seuil de la bibliothécaire, lançant un sourire à Selvi je lui dis :

« Désolée panne d’oreiller. »

***

Salut moi c’est Ipiu Raspberry, master tonnerre solaire sur Terrae, si vous comprenez pas j’vous invite à v’nir lire le contexte. #placementdeproduit. Je suis para, parallèle, parachutiste, paraplégique, paradoxale. T'as pas besoin d'en savoir plus pour comprendre mon texte.
Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum