Symphonie atréïde

Stilgar
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le Dim 18 Aoû - 17:43
     De la neige. Amundsen n’en avait jamais vu en vrai, et voilà qu’elle tombait à gros flocons, d’un large cumulochromus, un nuage coloré dont les précipitations adoptaient son coloris. En l’occurrence, elles étaient d’un vert vif.
     Mais ce n’était pas pour admirer cette plaine battue par les vents et les pâles des éoliennes qui y poussaient qu’Amundsen était venu ici. Il s’était porté acquéreur récemment d’un équipement d’alpinisme, et souhaitait l’étrenner sur quelque défi de grimpette, qui montrerait une certaine résistance sans pour autant mettre sa vie en danger. Et en plus, il n’avait jamais goûté à ces fruits juteux qui poussaient sur les hélices.
     Typiquement esquisséen, son attirail se composait d’un solide harnais, enfilé par-dessus son manteau – c’est qu’il faisait froid –. de longues cordes, de poulies et de piolets, mais derrière cette simplicité apparente se cachaient des propriétés bien singulières. Les cordes, en effet, étaient vivantes, de longs serpents de chanvre quelque peu dressés, qu’on trouvait un peu partout, et qui s’enroulaient d’elle-même autour des anfractuosités auxquelles on voulait s’attacher. Pour les faire grimper, Amundsen avait, très méticuleusement, greffé de petits crochets insectoïdes à la corde, garantissant ainsi son adhérence à une paroi verticale. Il n’avait pas été très facile ensuite d’apprendre à un serpent de se déplacer plutôt comme une chenille, par successions d’ondulations verticales plutôt qu’horizontales, pour détacher les crochets et les rattacher plus loin. Ses piolets, quand à eux, ne disposaient pas de lames dentelées, mais de tentacules, qui se saisissaient avec force de tout ce qu’elles touchaient. Sur un mur lisse, les ventouses risquaient d’être insuffisantes, mais sur une paroi où ils pouvaient s’enrouler, comme ici sur le mât des éoliennes, Amundsen les devinait redoutablement efficaces.
     Du haut de son gélatinomadaire, belle bête placide ressemblant à une boule de gelée bleue transparente sur laquelle on aurait fichée une selle et d’imposants porte-bagages, le cyantifique cherchait donc laquelle de ces structures il grimperait aujourd’hui. Il lui en fallait une d’un âge avancé, mais pas trop ancienne, pour que l’ascension ne soit ni trop longue ni trop courte.


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Kaoren
Non, non, c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !
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le Dim 18 Aoû - 19:39
Rien à redire, cet endroit ne manque pas d’occurrences du nombre 3. Si la physique aérodynamique n’avait pas rendu aux éoliennes cette forme à trois pales, il aurait fallu la réinventer avec des lois esquisséennes. On dira bien sûr que le monde a la beauté qu’on lui donne, mais parfois, je me demande si la nature n’a pas son avis à donner là-dessus. Surtout ici.

Je ne sais pas vraiment ce que je fais là, à vrai dire, je n’ai écouté que d’une oreille distraite les motivations de mon collègue. J’espérais juste tenir une conversation quelconque avec un homme de Cyance pour stimuler mon imagination et espérer trouver le prochain déclic culminant sur ma théorie des espaces indomptables, une idée de modèle applicable à la décomposition des sources d’incohérence qui semble émerger de mes équations. Mon expérience a déjà démontré que ça ne tenait à pas grand-chose, même un débat sur la spécification du canard de l’Hôtel m’a déjà porté plus d’idées qu’une demi-journée de réflexions intensives.

En l’occurrence, j’ai déjà oublié le sujet de la conversation que j’ai essayé de tenir avec le collègue ci-présent. Sans doute portait-elle sur ses propres travaux, ce qui expliquerait mon oubli, puisque je n’écoutais qu’à moitié. J’ai sombré dans mes pensées quand un chameau a été évoqué, ça m’avait donné l’idée d’une répartition à extrema locaux de l’hostilité à la cohérence, une idée qui n’a rien à voir avec ce que je recherche actuellement mais qui aurait eu le mérite d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexions à l’avenir, s’il s’avérait que des divergences pratiques vinssent à réfuter ma théorie. Mais dans les faits, ça n’a rien porté de convaincant. En y réfléchissant, ces derniers jours, ce n’est pas tant l’imagination que la concentration, qui me manque. Peut-être n’était-ce pas le meilleur moment pour aller tenir une conversation inspirante.

Mais tant que je suis là, j’imagine que j’ai tout à gagner à profiter du paysage. Peut-être simplement regarder tourner les pales d’une éolienne en réfléchissant, et en respirant un air plus frais – et plus parfumé – que dans mon rez-de-chaussée. Juste quelques heures en compagnie de quelqu’un qui n’a pas l’air trop bavard tant qu’on ne le lance pas sur son sujet d’études, et j’arriverai peut-être à théoriser cette coexistence entre mon terme de diffusion d’incohérence et mon terme d’altération statique.

Oh, celle-ci a treize fruits !


Kaoren déclame sa verve enflammée à la couleur de ses cheveux, en #EE404A.
Quand il est déprimé, il perd ses couleurs et parle juste en gras.
Penrose parle d'or, et donc en #FEDC00.



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Sonakhiin
Sans caractère
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le Dim 18 Aoû - 21:24


Hypnotisé par ses souvenirs, Craboutcha était resté bien longtemps immobile. Il n’avait pas vu le ciel se couvrir, encore moins de cette substance verdâtre à l’allure cotonneuse. Cette dernière se déchargeait de tout petits points d’une couleur identique. Le contact froid et humide de cette neige sorti l’ébauche de sa mémoire. Toutes ses anciennes pensées disparurent derrière le rideau glacé alors qu’il tendait ce qui ressemblait à une main, paume vers le ciel. Un magnifique flocon y tomba, étincelant un bref instant. Tant de détails dans une si petite structure : combien de temps avait-il fallu pour la créer ? Combien en faudrait-il pour la décrire ? C’était ridiculement long en comparaison de son existence si éphémère. Il avait déjà fondu ! Il ne restait plus du flocon que la trace de son passage : un tout petit cercle, à peine plus clair parmi les indénombrables traits qui composaient l’anatomie de l’humanoïde.

Il y avait tans de neige qui tombait autour de lui, qui avait bien pu prendre le temps de s’occuper de chacun d’eux ? Personne … Le nuage n’avait pas pris la peine de les garder en son sein, préférant s’en débarrasser ici, dans un lieu perdu ! Et cette quantité de rien camouflait petit à petit la première trace de l’arrivée de Craboutcha dans l’Esquisse. Même s’il l’avait désiré, il aurait été dans l’incapacité de retourner nul part.

Une nouvelle pensée émargea du brouillard : pouvait-il mourir de froid ? L’expérience, bien que fondamentalement importante, ne semblait pas en valoir la peine à ses yeux. Il était temps de reprendre la route, d’avancer vers un nouvel endroit. Si des éoliennes avaient pu pousser ici, alors peut-être qu’il y avait des rangées de panneaux d’indication alignées plus loin, en espérant que la saison s’y prête !

Alors qu’il traversait la lande, Scraboutcha repensa à l’une des premières histoires que l’on lui avait conté. Un petit garçon, perdu au milieu de la forêt. Cette fois-ci sans frère, sans caillou blanc et sans pain. Sans géant ? Peut-être … Mais l’histoire n’en est pas moins intéressante ! Sans réellement savoir pourquoi, il décida d’imiter l’enfant dont il avait tant entendu parler. A chaque nouvel arbre de métal, il laissa une marque du passage de son pouce. Une flèche qui retraçait son parcours à travers cet endroit. Un long ensemble de flèche grise sur fond gris, qui seraient cette fois couvertent par les lianes et non la neige.

Si son itinéraire était des plus chaotiques, il permettait d’instaurer un intérêt scénaristique : au loin, deux autres ombres se tenaient dressées. Deux autres forme grises aux contours flous, deux personnes comme lui. Deux autres brouillons … Deux autres monstres ? Etait-il bien judicieux de s’approcher d’eux ? Ne valait-il mieux pas prendre en compte un maximum de paramètres avant d’y aller ? Quelle était la stratégie à adopter en cas de danger ? Aucune des questions ne résista bien longtemps à l’envie de progresser hors de ce lieu qui réduisit au silence toutes le hésitations. Craignait-il seulement les coups à présent ?

Il ne prit pas une grande inspiration, il ne réfléchit pas à ce qu’il allait dire. Il était simplement un Dessin(ateur) qui allait à la rencontre de ses semblables dont les traits se précisaient et se coloraient bien trop une fois arrivé suffisamment proche.
Stilgar
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le Ven 23 Aoû - 1:11
     Pour une raison assez étrange, Penrose ne s’était pas avérée être une compagnonne de route des plus passionnantes. Marchant à ses côtés pour quelques raisons qui lui étaient propres, elle avait écouté d’une oreille distraite Amundsen expliquer son projet et détailler les propriétés de son équipement et de sa monture. Aussi, dès qu’il eût achevé le minimum de conversation nécessaire pour ne pas passer pour un rustre, il s’était tu. Et en fait, ce n’était pat plus mal. Les sons de l’Esquisse méritaient qu’on prenne le temps de les entendre. Le lent grincement des hélices. La masse gélatineuse faisant craquer la neige sous elle. Le vent. Les respirations d’Amunden et de Penrose, ses petits pas. Rien que de très familier, en fait, mais qui conservait malgré tout une teinte auditive d’étrangeté, de mystère. Peu importe les sens avec lesquels on tentait de saisir ce monde, y compris le sens de la raison, l’Esquisse opposait toujours une résistance, conservait toujours son mystère. Suivez-là, elle vous fuit, fuyez-là, elle vous suit.
     « Ah, voici un beau ! »
     Il avait dit cela presque plus à son attention qu’à celle de Penrose. Un bel éolienne, qui devait faire environ dix-sept mètres, se dressait à sa droite. D’un bond, Amundsen descendit de son gélatinomadaire, puis il l’attacha au poteau ainsi formé, et commença à sortir son équipement. Mais il avait à peine vérifié que les tentacules n’étaient pas trop engourdies par le froid – il s’avérait qu’elles ressentaient la température, ce qui posait un problème technique majeur, et faisait germer en Amundsen l’idée de tricoter des pulls pour tentacules – qu’il entendit une troisième paire de pieds tasser la neige. Elle venait de plus loin que là où était Penrose.
     Un être tout noir apparut. Noir sur fond vert. Cette seule vision était magnifique. Sans visage, sans aspect clairement identifiable. Ce n’était même pas le premier ayant une condition de ce genre qu’Amundsen croisait, aussi il ne fut guère étonné. Toutefois, là où Carmen était d’une netteté et d’une précision dans le drapé étoilé qui formait sa peau, ce Dessinateur était bien plus brouillon, indistinct, mouvant.
     En revanche, tache de suie sur patte ou non, il grelottait de froid.
     « Dieu est grand de vous avoir mis sur notre chemin ! Attendez, j’arrive. »
     Amundsen reposa ses pioulpets dans un sac rembourré de fourrures, et sortit une couverture épaisse.
     « Voilà, tenez. Mettez ça. On va faire un feu, aussi, il serait dommage que vous tombiez malade. Chère collègue, pendant que je l’examine, ça vous embêterait de trouver un peu de bois sec et de l’empiler sur un endroit sans trop de neige ? Vous seriez bien bonne. »
     Et il se tourna vers le Dessinateur. Enfin, examiner. Trouver des engelures risquait d’être fort difficile. Ça ne coûtait rien d’essayer, ceci dit.
     « Vous avez mal quelque part ? Oh, au fait. Je m’appelle Amundsen, et la charmante personne qui m’accompagne se nomme Penrose. Nous sommes des cyantifiques. Vous venez d’arriver, je me trompe ? »


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Kaoren
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le Lun 26 Aoû - 12:10
L’arrivée d’un troisième tiers dans ce qui deviendra incessamment une conversation m’inspire comme un sentiment de complétion, même si je ne sais pas encore de quoi. Peut-être tous les ingrédients sont-ils enfin réunis pour me faire divaguer en attendant que j’aperçoive un cap. Quoi qu’il en soit, ce nouveau personnage a désormais toute mon attention, quoi que ça vaille.

S’il existe un bon dieu esquisséen qui redessine les hommes, force est de constater qu’il n’a pas achevé toutes ses œuvres. Celui qui vient à nous ressemble plus aux brouillons qui tapissent ma chambre qu’à une figure un tant soit peu humaine, et le ciel sait combien je suis encline à la rature. Depuis mon arrivée dans l’Esquisse, j’ai bien sûr croisé mon lot d’apparences improbables, chimériques et parfois ridicules – même si je me retiens de le penser parce que ça doit être dur à vivre – mais celle-ci décroche sans doute la palme de la plus inconcevable. C’est à peine si je peux lui définir une constitution physique et l’imaginer autrement qu’en tant que l’image qui s’affiche à mes yeux, si bien qu’une quantité astronomique de questions me viennent à sa seule apparition. En quoi est-il fait, sont-ce des particules de poussière – de graphite ou de quelque chose du même acabit – portées par l’air qui lui donnent cette apparence ? Ou est-elle un fluide arborant un aspect vaporeux par quelque phénomène plasmique ? Ou est-ce même un cinquième état de la matière ? Et que ressentirait-on en le touchant, et à quoi ressemble-t-il de l’intérieur, et comment la gravitation s’applique-t-elle sur lui ? Et tant d’autres.

Je sais que l’incohérence qui règne sur ce monde peut techniquement tout justifier sans qu’une justification lui soit nécessaire, mais elle n’est qu’une toile fine recouvrant un monde extrêmement cohérent. Que de tels phénomènes, d’apparence incohérents sur tant de points à la fois, puissent se manifester ici, cela mérite toujours d’être étudié. Peut-être les lois de la physiques violées par ce corps sont-elles moins nombreuses qu’on peut le penser d’un bref regard. Peut-être peut-on même l’apparenter à quelque chose de connu dans notre monde d’origine. Ce n’est pas mon domaine d’expertise, mais il me fait un peu penser à un nuage proto-stellaire. En version corps noir avant l’heure. Je me demande ce que ça ferait de le chauffer à six mille kelvins.

Je plaisante, bien sûr. J’espère.

Ceci étant, mon collègue qui me prend manifestement pour une rescapée de polytechnique vient s’interposer entre mes questions et leurs réponses en me congédiant vers une occupation autrement plus prosaïque. Je ne sais pas s’il pense que tous les canadiens ont un passé de bûcheron en chemise à carreaux, mais je n’aime pas vraiment l’idée de m’en aller lui chercher du bois par monts et par vaux – je crois pas avoir vu autre chose que des troncs de métal, ici – et puis j’ai horreur qu’on me dise ce que je devrais faire pour être "bien bonne" de toute façon. J’ose espérer que ça ne va pas finir comme avec le papy râleur du Labyrinthe.

De fait, je ne sais pas vraiment que lui répondre, d’autant qu’il a profité de mon silence frustré pour aller tomber sur le nouveau-venu et le couvrir d’interrogations plus sociales que cyantifiques. Alors je considère un instant l’idée de faire comme si tout allait bien et d’aller rapidement chercher ces trois rondins secs, mais je réalise rapidement que je ne sais toujours pas où les trouver de toute façon. J’envisage donc d’aller l’interrompre, mais j’ai maintenant toutes les chances de passer pour une bourrique d’avoir attendu si longtemps. Alors je reste simplement dans son dos à l’observer en attendant qu’il tique, sans tenter de me figurer une quatrième option parce que je n’aime pas le nombre quatre.


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le Sam 14 Sep - 18:08

Deux paires d’yeux observaient l’étrange humanoïde alors que lui devait se contenter de voir , sans même savoir comment il pouvait y parvenir. Sur ce que l’on aurait pu qualifier de visage, deux petites taches ronde se formèrent, plus foncées que le reste de sa face et tournées vers les cyantifiques. Ils avaient tout d’enviable : il y avait un Il et une Elle. Il avait une barbe bien fournie, elle avait de long cheveux blonds ; l’un avait les yeux cachés derrière des verres, l’autre des iris brunes. Lui avait une voix, un timbre grave alors qu’elle gardait le silence. Des expressions s’exprimaient sur leur visage, l’ennui, la curiosité ; leurs paupières battaient, leur bouche pouvait s’ouvrir et se fermer. Elle était Penrose, il était Amundsen. Ils avaient même la chance d’avoir l’air bienveillants.

Le contact avec la couverture qui lui avait été donnée était étrange ; bien loin de la sensation disruptive de la neige humide sur ses pieds. Une surface douce, confortable et accueillante dans laquelle Craboutcha s’enroulait. Bien vite, il ne resta plus qu’une tête grise dépassant de cet emballage particulièrement douillet. Il n’avait pas encore prononcé un mot, c’était Amundsen qui s’en était chargé : des informations, des questions, des demandes à sa collègue, l’espace était rempli par les paroles du savant. Il n’y avait même pas de place pour que Penrose ne glisse le moindre mot ! Le nouveau venu resta attentif, il espérait pouvoir comprendre ce qui lui arrivait. Lorsque se fut à son tour de parler, il voulu se montrer méthodique pour ne pas décevoir ceux qui s’occupaient si gentiment de lui.

Avait-il mal quelque part ? Il ne savait juger si le désagrément qu’il ressentait dans le bas de corps était était de la douleur. Il sortit les pieds de leur abri pour mieux appréhender la situation. Les jambes du dessin étaient visiblement endommagés : comme si la neige avait, à chacun de ses pas, pénétré à travers le crayonné pour le diluer petit à petit. L’humidité fut rapidement accompagnée d’un sentiment de crainte et de panique ! Allait-il se diluer à travers toute cette étendue ? Il n’était pas le moment de  se poser des questions mais plutôt celui de se couvrir un maximum. Il s’enroula plus encore sous la couette avant de reprendre ses esprits.

Le dessin aurait voulu répondre aux questions d’Amundsen, mais comment ? Il avait beau se concentrer, il ne parvenait pas à formuler le moindre mot ! Plus il essayait et plus il sentait le stress l’envahir : la panique semblait l’emporter lorsque la main grise vint se confondre à son visage. Deux doigts pincèrent l’endroit où l’on aurait pu situer théoriquement ses lèvres. Il tira, tira de toutes ses forces pour arracher un simple mot, cinq lettres constamment ré-écrite sur son corps depuis le début de cet exercice pathétique.

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