[Tréfonds de la Base, incluant placards à balais et salles inutiles] _

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le Lun 12 Jan - 8:26
Ceci est un RP purement solo et introspectif à s'en tailler les veines d'ennui, mais que je devais plus ou moins caser. Du coup, passez directement au résumé.

Spoiler:
Et soudainement le monde entier était devenu incroyablement vide. Personne ne l'avait suivi dans les couloirs, son "On" lancé dans l'eau était devenu un simple "Je" qu'il avait simplement emporté avec lui pendant quelques pas. Avant de se retourner. Il espérait que Play n'oubliait pas, pour la course, quoi qu'ils soient en train de chercher au final - peut-être la lampe magique. La matinée avait été un peu trop mouvementée pour rentrer dans les détails. Et, désormais, il aurait très bien pu retourner sur ses pas, rejoindre le reste du club des étoiles de mer, chercher Play pour continuer leur quête très importante, préparer de la compote de pamplemousse ou toute autre activité productive.

Mais aussi stupide soit-il, il ne pouvait pas se sortir de la tête ce qui était le plus important à ses yeux, à l'heure actuel. Il avança, presque en trottinant, et sans plus prêter attention aux gens qu'il venait de quitter, jusqu'à une porte peut-être un peu plus petite que les autres. Et en tous les cas reconnaissable à mille lieux, parce qu'une certaine personne avait tracé trois énormes et difformes lettres par-dessus. Avec des feutres que le sort avait eu le bon sens de lui mettre entre les mains un beau jour. Le A était peut-être à l'envers, le X se tortillait, le M avait sa troisième bosse, rien qui eut pu faire penser à de l'art. Ce n'en était pas. Ambros savait qu'il ne pouvait pas faire d'art, tout comme il ne pouvait pas faire de science ni de lettres. Mais Max était quelqu'un de bien, puisqu'il s'agissait de la seule personne ici à bien vouloir son aide ; il n'y avait certes pas beaucoup de concurrence pour le poste de larbin d'une gelée, sauf qu'il n'avait pas besoin de s'en souvenir pour plomber une confiance en lui déjà écrasée et piétinée de nombreuses fois. Donc, puisque Max était quelqu'un de bien, il avait son nom - ou le début de son nom, parce que Maximilian Krueger était un nom compliqué - écrit en gigantesque pour pouvoir délimiter sa chambre. Qui était plus un placard à balais qu'autre chose, détail futile par-dessus tout, puisqu'il s'agissait en premier lieu d'un beau royaume. Où bientôt il y aurait peut-être beaucoup de peintures, et des décorations, et des sculptures, et des objets de tous les côtés. Et du jus d'or qui coulerait à flots, du jus qu'on boirait tous les soirs et tous ensemble sans s'embêter.

C'est avec la soudaine et idiote envie d'aller trouver une source dorée quelque part qu'il fit la constatation absurde que le monde pouvait être encore plus vide qu'il ne l'était quelques minutes plus tôt. Encore plus vide, même, que le trou noir qui lui servait de cervelle, ou que la liste de ses compétences sur son CV. Un grand tableau vierge, étalé au sol, dépouillé de toute majesté, éjecté de son chevalet. Une amorphe et inerte flaque de gelée qui dégoulinait salement un peu partout.

« Max ? » demanda légèrement, presque timidement, Ambros. Il n'entendait rien. Pas de gelée cachée dans un coin, il ne fallait pas longtemps pour vérifier. Ah, non, cette fois, pas de conclusion difficile à imaginer, c'était tout aussi parlant que ce beau jour où il avait retrouvé la tête de son meilleur ami à moitié souillée par un liquide mal odorant. Il s'assit silencieusement sur un bord de meuble non identifié qui devait avoir été posé ici parce qu'il ne servait absolument à rien. Pupilles rivées sur la gelée désespérément silencieuse. Puis il sentit son propre poing se planter dans le mur. Une seule fois. Une deuxième ensuite. Puis plus rien. Sans doute valait-il mieux qu'il n'y ait aucun bruit, parce que c'était le vide partout. Sans doute valait-il mieux qu'il oublie tout, tire un trait et se barre pour vaquer à des occupations utiles. Sans doute. Sûrement. Peut-être. Il restait là. Sans effusion. Sans colère. Sans peine. Parce qu'il savait que tout ça était complètement vain, et qu'il venait de perdre le dernier morceau de bouée qui subsistait en mer. Même s'il aimait bien Striky et les enfants de la Base, même s'il pensait naïvement qu'il était mieux là qu'ailleurs, la notion de mieux venait de se perdre. La notion d'amour aussi. Tout était balayé.

Alors il réfléchissait. Un peu, au ralenti. Produisant certainement un effort qui était surhumain.

Il était confronté à un paradoxe. Celui de désormais se haïr au plus au point, plus encore qu'il pouvait haïr TB ou qu'il avait pu haïr Williams, mais de n'être pas capable de changer. Il avait un instant osé croire qu'il pouvait changer, qu'il pouvait devenir utile à une seule personne quitte à en décevoir des centaines d'autres, mais les évènements avaient depuis prouvé le contraire. Ambros était simplement plus cru et plus taciturne qu'Omar, les deux étaient la définition de la stupidité.  Une définition immuable dans le temps, puisque le changement appartenait selon lui à ceux qui n'étaient pas stupides - il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas, disait-on. Et lui était imbécile, alors il ne pouvait, malgré ses efforts, devenir quelqu'un qu'il détesterait moins.  À ce premier paradoxe s'en superposait dès lors un second qui en découlait immédiatement. La seule chose qui pouvait réellement changer était ce que tout homme détient le jour de sa naissance, c'est-à-dire sa propre vie ; en clair, il pouvait mourir. Même un abruti pouvait mourir. Il se haissait d'autant plus de ne pas être capable de faire cette petite chose, cette chose qui aurait certainement plu à de nombreuses personnes. Sitôt qu'il approchait une main de son hideuse gorge, celle-ci se retirait. Sitôt qu'il arrêtait de respirer, ses poumons se gorgeaient à nouveau d'air. TB lui-même ne semblait pas disposé à l'achever ni à faire quoi que ce soit qui allait dans ce sens.

Avec des mots et des symboles beaucoup plus simples, Ambros avait parfaitement conscience qu'il était dans une telle impasse. Que tout le coinçait irrémédiablement. Que se haïr ne le poussait qu'à se haïr encore plus, mais qu'il était incapable de s'aimer ou de s'ignorer. Que s'il vivait - il ne pouvait que vivre -, il vivrait en méprisant plus encore qu'aucun autre tout ce qu'il était. Avec la trouille de crever, l'incapacité de se jeter consciemment sur le premier groupe d'objets venu, parce qu'il avait aussi trop peur de souffrir. Qu'est-ce qu'il attendait, alors ? De vieillir et de s'endormir tout naturellement dans son sommeil ? Non. On l'aurait avant. C'était sûr. ll était juste impossible de savoir quand exactement ça arriverait, et comment. Le fait en soit d'attendre la mort mais de la repousser avec force entrait dans le cadre du second paradoxe. Il ne pouvait ni fuir, ni croire, ni attendre, ni combattre, ni s'y précipiter. Il ne pouvait rien faire et aucune conclusion n'aboutissait.
Voilà pourquoi il détestait tant réfléchir. Il ne faisait que se heurter à des impossiblités, à des néants, à des abstractions, au plus pur degré d'absurde. C'était là qu'il pouvait se réjouir d'avoir une mémoire de poisson rouge ; il lui suffirait de dormir un coup pour oublier l'immense majorité de ces pensées trop encombrantes.

L'immense majorité, car il resterait à jamais une erreur impardonnable. Une erreur que même sa plus grande bêtise ne pourrait effacer ; le fait d'avoir été incapable de sauver Max à deux reprises stationnerait comme une étoile dans le trou noir qui lui servait de crâne. Mais c'était une étoile sans lumière pour éclairer, sans feu pour guider. Une étoile qui, en apparence, ressemblait davantage à un immense boulet. Au moins il aurait quelque chose pour se tenir compagnie. Quoi qu'il eût bien davantage désiré la solitude.

Il ne se vit même pas quitter la pièce avec nonchalance, ni même se jeter sur un porte au hasard pour se rouler dans le premier coin où il y aurait assez d'espace pour pioncer sans être dérangé. Ce n'était pas important. Il ferma les yeux tout en sachant qu'il les rouvrirait malgré lui, et que rien de ce qui s'était passé ne changerait.

Résumé : Après avoir constaté qu'il était seul, Ambros rend visite à sa gelée préférée (Max) en réalité décédée depuis le recensement. Du coup, une fois dans le placard à balais qui servait de chambre royale à Max, il déprime sévère devant la scène, s'énerve un instant avant d'être vide (les médisants diront que ça ne change pas beauoup). Il réfléchit un peu, mais face à la conclusion impossible quitte le placard et se jette dans une salle random, probablement minuscule et inoccupée, où il pionce dans l'espoir d'apaiser un minimum ses souffrances.

EDIT : Deux mois plus tard HRP, et probablement une grosse demi-heure plus tard inRP, il se lève en direction du dressing!!
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