Les suspects idéaux [Dylan / Ekithée]

Eelis
Qu'est-ce qui est jaune et qui traverse les murs ?
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Eelis
Mer 12 Juin - 23:29


« Si je résume une dernière fois votre version des faits… »

Dylan soupire. Il commence à avoir la dalle, et par extension moi aussi.

« Quelques instants avant le crime, vous étiez prétendûment à la recherche d’un Objets de type chaton égaré…
— Si je puis me permettre, je crois que c’est chat-thon...
— Oui, un chaton, c’est bien ce que j’ai dit. Ce n’est pas la prononciation qui compte.
— C’est chat. Thon. Chat-thon. (elle se tourne vers Dylan) C’est bien ce que vous avez dit, suspect ?
— Ouais…
— Oui, eh bien, si on pouvait arrêter de m’interrompre pour tout et n’importe quoi… Je reprends.  Alors que vous cherchiez hypothétiquement ce chaton, vous auriez aperçu l’Objet sauter — comme de par hasard — sur le toit de la caserne. À ce moment-là, vous auriez sollicité deux de nos collègues, les susnommés Géraldine et—
— Je crois que susnommé, ça se dit pour des personnes que tu as déjà mentionné. Or, dans ce contexte…
— …Je vais rajouter leurs noms en haut de la feuille, comme ça y auront été nommés.
— Si tu les rajoutes juste comme ça, ça ne…
— Ben t’auras qu’à réécrire plus tard ! »

Si vous les trouvez déjà insupportables, vous savez même pas la chance que vous avez de nous rejoindre maintenant. J’ai l’impression que ça fait au moins deux ans qu’on est coincés avec. Et qu’on y est encore pour cinq.

« Donc. Après avoir accosté les maintenant-nommés Géraldine et Ayoub et leur avoir demandé de vous laisser accéder au toit, ceux-ci ont, avec bon sens vu vos antécédents et votre profession, nié votre requête. Jusque là, vous confirmez ?
— Hmhm…
— Et donc, mécontent de vous soumettre à l’autorité, vous avez employé un complice, inconnu des deux serviteurs de l’Ordre. Le coup n’était selon vous pas prémédité, car vous avez déclaré ne pas connaître la sus… l’indiquée—
— “Indiquée”, ça donne l’impression que c’est une indic, ou quelqu’un du syndicat… Tu peux juste dire “Vous avez déclaré ne pas connaître Ekithée”.
— Oui, certes, mais ça fait moins… Enfin… Peu importe. Je disais que vous aviez accosté Géraldine et Ay…
— Tu t’es trompé de ligne. C’est celle d’en-dessous.
— Si tu arrêtais de m’interrompre, je serais déjà à la fin. Donc, vous avez recruté un complice, blablabla, soi-disant vous ne la connaissez pas, et elle s’est chargée de vous donner accès au toit par quelque subterfuge adéquat.
— Je suggère de rayer le terme “adéquat” ici, ça donne l’impression qu’on est de son côté…
— Non mais, ici, euh… c’est pour dire que c’est adéquat entre ce qu’on veut et ce qu’on a, ‘fin, faut tenir compte du contexte un peu. Du coup. Hm. Une fois seul sur le toit, vous avez, selon vos propres déclarations, cherché le chaton.
— Le chat-thon.
— Peu importe. C’est là que… »

La seule chose qui nous empêche de dormir, c’est cette putain de chaise en bois qui a été foutue là par le sadique qui a décidé que, de tous les magendarmes capables de tenir un stylo, c’est ceux-là qui prendraient les dépositions.

« Dis donc, suspect, vous nous écoutez ?
— Hein ? Euh, ouais.
— Si tu pouvais arrêter de me couper pour une fois, j’avais presque fini…
— Non, mais, là, il ne t’écoutait pas. C’est pour lui qu’on repasse la déposition. Ça n’a pas de sens s’il ne l’écoute pas. Parce qu’après, il va nous demander de répéter, ou dénoncer un vice de procédure…
— C’est vrai. Bon, ben, vous pourriez faire un effort. C’est pour vous qu’on fait tout ça, et on ne vous sent pas très impliqué depuis le début.
— Ouais… ‘Fin… Si si, j’suis grave impliqué…
— Vous pouvez me répéter la dernière chose que j’ai dite ?
— Euh… »

Pitié réveille-toi Dylan. Ni toi ni moi n’avons envie que ça recommence…

« J’étais sur le toit… ? (Oui !!)
— On peut pas dire qu’il a le sens du détail…
— C’est pour ça qu’on est obligé de repasser toute sa déposition par petit bout.
— Oui, eh bien, il a de la chance, car j’en connais qui auraient été moins patients. »

Je vous jure que si c’était moi à devant eux…

« Bon, finissons-en. Vous étiez effectivement sur le toit, prétendument à la recherche du chaton.
— Chat. Thon. Vous êtes d’accord que c’est bien chat-thon et non chaton ?
— Nan mais on s’en fiche…
— Donc vous déclarez que l’on peut à la fois dire chaton et chat-thon et que ça n’a pas vraiment d’importance ?
— Euh…
— C’est quand même étrange. Tout à l’heure vous souteniez que c’était un chat-thon, et maintenant vos propos sont plus flous, comme si il n’avait jamais existé, ce chat-thon, finalement.
— Non mais…
— C’est parce que t’essayais d’orienter ses réponses, si tu veux mon avis. Ça s’est toujours dit chaton, mais tu as insisté, et pour te faire plaisir, sans t’écouter, il a dit que c’était chat-thon. C’est souvent comme ça quand on est face à une figure d’autorité.
— Oui, enfin, si il dit une chose et son inverse, je trouve que ça ne plaide pas pour son innocence. Quoi qu’il en soit, il faut que tu l’écrives dans le dossier de l’affaire.  
— Tu l’écriras toi-même si tu y tiens, moi je continue. Je disais donc, vous étiez effectivement sur le toit, prétendument à la recherche d’un chaton…
—  Je le note où ? Plutôt en haut de la page, pour qu’on le voie directement ? Ou à la fin, pour laisser le lecteur se faire un avis, et ensuite seulement souligner ce nouvel élément ?
— En haut sur la dernière page. Prétendument…
— Ce n’est pas possible, c’est là qu’il y a la case pour Gérard. S’il met son tampon ou ses petites notes par-dessus l’écriture, on ne va plus voir ce qu’il y en-dessous.
— Alors prends la page d’avant. À la recherche d’un chaton…
— Avant, c’est bizarre, c’est là qu’on a fait le dessin de la scène de crime. On croirait que c’est le titre du dessin.
— Alors prends celle que tu veux…
— Il vaut mieux. Tu ne fais jamais attention à ce genre de choses.
— Donc… Où en étais-je… Géraldine et Ayoub… Non, attends. Si. Oui. Géraldine et Ayoub, soucieux de bien faire leur travail, et surtout savoir ce que venaient faire deux ramoneurs improvisés sur le toit alors qu’il n’y a pas de cheminée dans la caserne, sont montés à pas si veloutés que vous ne les avez pas entendus…
À pas de velours. J’ai mis en bas de la première page, finalement, je pensais que ça rendait mieux.
— Et c’est là qu’il vous ont surpris, vous, qui repeigniez le toit de la caserne en bleu. Vous confirmez ?
— Ben on m’a même pas vu et c’était pas moi j’vous ai dit…
— En effet, lorsque Géraldine, n’écoutant que son courage, vous a confronté, vous avez déclaré que ce n’était pas vous, mais un Objet, qui a vomi de la peinture et qui s’en est allé sur d’autres toits. Un Objet que vous et votre complice êtes les seuls à avoir vus, comme votre chaton d’ailleurs.
— Ben ouais mais chaipas, comment on aurait amené la peinture sinon… Vous avez pris nos sacs là y’avait que dalle non ?
— Nous avons pris vos sacs, mais nous n’avons pas fait vos autopsies. Vous avez sûrement pu la cracher, cette peinture.
— Ou si vous tenez à cet Objet, vous avez pu l’engager, puis le faire fuir avant vous. Après tout, c’est l’astuce de nos collègues qui vous a pris par surprise. Et par contre, ce n’est pas autopsie…
— Nan mais si jbouffe de la peinture je crève moi…
— Encore faut-il le prouver.
— En effet.
— Vous êtes des ouf je vais pas me tuer juste pour prouver que c’est pas moi.
— Est-ce que tu pourrais noter “refuse de se soumettre à l’autopsie” ?
— À l’examen.
— Ben s’il décède, ce sera une autopsie.
— J’écris “à l’examen, ou autopsie si le terme se révèle plus pertinent”.
— Non mais c’est mort je vais pas bouffer de la peinture.
— Ce n’est pas encore mort. L’examen peut réussir.
— C’est mort j’vous dit.
— Comme ma collègue l’a dit…
— Non mais j’men fous faites ce que vous voulez là t’façon moi j’ai dit ce que j’avais à dire et puis j’men fous là dvotre toit là jlai pas repeint je vais pas me justifier 107 ans.
— Ce n’est pas la peine de vous énerver. Nous on est là pour faire en sorte d’enregistrer votre déposition, c’est la loi.
— Non mais c’est bon j’m’en fous racontez c’que vous voulez au lieu de me casser les couilles là.
— Vous confirmez que vous n’avez rien de plus à ajouter à votre déclaration ?
— Rien allez j’men fous.
— Il faut que vous relisiez une dernière fois et signez alors. Comme ça…
— Ouais d’accord oké je signe et après j’me casse.
— Vous déclarez que vous avez l’intention de casser quelque chose dans la caserne ?
— Non, je pense plutôt qu’il veut se casser lui-même. Ce n’est pas interdit, mais il faut que vous le fassiez après le jugement. Voyez, nous allons débattre de votre cas entre magendarmes, et selon la décision collégiale…
— Nan mais quoi le jugement, je rentre juste moi.
— Alors, techniquement, la procédure…
—  Mais jm’en fous c’est juste un toit là c’est bon j’ai tué personne.
— Vous déclarez qu’il y a quelqu’un dont vous avez besoin de préciser que vous ne l’avez pas tué ? Pouvez-vous donner son nom, son occupation et son adresse ? »

Sans répondre, il part en claquant une porte au pif.

Puis se retrouve dans une pièce qui ressemble à l’ancienne, avec les deux mêmes zozos…

« Ah, oui, en fait, il y a trois portes. Mais les jours pairs, la porte de droite est reliée à la porte de gauche, et celle du milieu… »

« … La porte du milieu, comme mon collègue vous a dit, mène à la porte de gauche si on l’ouvre rapidement après avoir ouvert la porte de droite. Il faut attendre un peu… En tapant des pieds sur le sol à votre rythme, il faut taper soixante-quinze fois, plutôt quatre-vingt-dix pour avoir une marge d'erreur… »

« Écoutez, nous aussi, on a essayé d’ouvrir les portes à la chaîne comme ça, mais ça ne marche vraiment… »

« … pas. Alors vous devriez vous poser un moment, réfléchir un peu à la situation, éventuellement relire la déposition… »

« …Au fait, j’ai oublié de vous expliquer toute la procédure… »

« … Vous nous écoutez, au moins ? … »

« … Déjà que votre refus d’autopsie ne joue pas vraiment en votre faveur… »

« … Je vous ai dit, vraiment, ça ne marche pas… »

« …Et le pire, c’est que si vous faites ça trop souvent, parfois, ça reste bloqué pendant des jours.

— Sérieux ?
— Du moins, c’est ce qu’on m’a dit, une fois… Les autres dehors avaient essayé d’ouvrir de leur côté, mais ce qui est étrange avec ces portes, c’est qu’on peut rentrer toujours dans le bureau, mais pas en sortir. Alors à la fin, ils étaient une vingtaine, coincés dans ce petit espace…
— …
— C’est peut-être pour ça qu’ils en ont fait une salle de déposition, tiens…
— Ah par contre, si vous tapez du pied à ce rythme, vous devriez plutôt attendre cent-vingt par mesure de précaution. Notez aussi que si on ne peut pas sortir, on ne pourra pas délibérer, et ça retardera la clôture de l’affaire et ça affectera nos chiffres…
— …
— Vous pouvez toujours toquer, on ne vous entendra pas dehors. Il faut que quelqu’un ouvre la porte.
— Ah, raison de plus, pour les dépositions…
— Enfin, il faut que la personne dehors ouvre la porte ou celle de droite. Pas celle du milieu, car on est encore de jour, et le jour, elle mène à la salle des archives… Bref, comme il vous reste encore plus de quarante tapotement de pied à passer, laissez-nous vous réexpliquer la procédure.
—  Ouais.. Pour faire court, vous allez attendre dans la pièce d’à côté, avec votre complice, et dans dix minutes, enfin dix minutes à partir du moment où on sortira de là, nous vous donnerons notre décision.
— Selon le protocole décidé la semaine dernière, il y a quatre décisions possibles : Acquitté, Enquête supplémentaire nécessaire, Probablement Coupable, Coupable. Dans les faits, cependant, on n’applique jamais la deuxième s’il n’y a pas d’homicide ou si la valeur des biens volés ou détruits est inférieure à un mois de travail à temps plein — car on ne s’en sortirait pas sinon. Et la quatrième, elle est rare, car il faut prouver une culpabilité par A+B en excluant tout effet esquisséen, et ce au cours du demi-tour que dure généralement les investigations, car on n’a pas le temps d’enquêter plus longtemps..
— La première, c’est la plus courante, mais là, vous comprenez j’espère, il faut faire un exemple ou bien, demain, tout le monde va s’amuser à repeindre le toit…
— En gros j’suis coupable quoi.
— Non, vous êtes Probablement Coupable.
— Ouais ben c’est tout comme.
— Dans les faits, un peu, oui.
— Mais ce sera sans doute pris en compte lors de la délibération. Tout comme vos antécédents. L’intérêt, cela dit, sera surtout de découvrir quelle peine vous sera attribuée. La coutume voudrait que l’on demande aux hussards de payer pour vous, mais à mon humble avis…
— Ils vont me dire d’aller me faire foutre.
— Précisément.
— Du coup, on va devoir réfléchir à autre chose…
— Mais ne vous inquiétez pas.
— Ah ?
— Nous sommes des professionnels. Nous réfléchirons assez vite pour respecter le délai de dix minutes annoncé.
— Super…
— Heureuse de vous l’entendre dire.
— Vous pouvez réessayer avec la porte, là, normalement. Celle du milieu. »

Evidemment Dylan se fait pas prier pour essayer. Quand il voit autre chose que la face de bonnet blanc et blanc bonnet, là, c’est limite s’il sautille pas de joie, mais il est encore plus crevé que vous en ayant suivi cette scène, alors il traîne des pieds jusqu’au fauteuil le plus proche. L’endroit est un espèce de petit salon, je sais pas trop si c’est supposé être la salle d’attente, la salle de repos ou un mélange des deux.

« Bon, on vous laisse là un petit moment…
— Dix minutes.
— Oui vlà, dix minutes, le temps de statufier, et on revient. Tâchez à pas ajouter “tentative d’évasion” à votre dossier.
— Ils ne risquent pas, j’ai les dossiers sur moi et je les surveillerai pendant tout le jugement. Mais par contre, il est interdit de s’enfuir, sinon je le noterai personnellement.
— Oui… Bref, on revient. »

Enfin ils se barrent, et enfin la pièce retrouve un peu de silence. Dylan a le temps de s’entendre penser, moi j’ai enfin autre chose à raconter que “j’en ai marre”, tout va bien dans le meilleur des mondes.

Ah et, Ekithée est là.

J’peux pas vraiment vous dire autre chose, elle a pas le visage le plus expressif... ou faut avoir l’habitude de fréquenter des frites quoi, et moi ça fait quoi… bon, j’ai envie de dire cinquante ans car je suis crevé, mais ça fait plutôt un tour.

« Putain ils sont abusés les deux là… Ils m’ont lu cinq fois ce que j’ai dit en déformant à mort, tout ça pour me dire nan mais en fait il faut un exemple donc t’façon on s’en fout vous serez coupable là… »

Il a mille trucs à dire, mais il a juste envie de dormir. Ou de se barrer en silence.

« Toi ça va on t’a pas trop fait chier ? »



Dernière édition par Eelis le Mer 12 Juin - 23:30, édité 1 fois



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Shynagi
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Shynagi
Ven 14 Juin - 22:47


Un verre-gobelet en simili-plastique un peu cabossé rempli d’un liquide inconnu très vif, deux pailles par le bas, un chapeau multicolore avec des pâles de mixeur (non-arrachées à un chef cuisinier auto-proclamé) au sommet. Cette chose-ci, qui contient une frite, se trouve au commissariat avec un lézard jeunot et espiègle, attendant le jugement d’une police qui se fait aussi juge. Il y a de quoi croire au début d’une blague si la fin n’était pas aussi réaliste.

Ensuite, cette mystérieuse frite n’est pas nommée, elle s’est présentée ce jour-ci comme une honnête vendeuse de rafraîchissements et ne demandait à être qualifiée que de la sorte. Absence de nom qui lui valut d’être interpelée d’un « Hey qui t’es ! », que la frite n’a pas manqué de rapprocher phonétiquement devant la police d’une célèbre criminelle ayant perforé un pied de cy-anti notable, Ekithée. Bien sûr, tout ceci n’est qu’affabulation. Quel lien entre un gobelet plastique avec un chapeau (troué sur le devant) ainsi que des pailles, et une frite cyclope sur compas.

Alors, Ekithée, surnommée Ekithée dans l’affaire, était sereine, peut-être trop. Elle livra aux magendarmes (et par la suite, le récit de son récit à Dylan) une histoire compatible avec ce que sa mission du jour l’a amenée à faire. Honnête vendeuse de rafraîchissements, elle déambulait dans le Fort, en quête de sourires, proposer de petits rafraîchissements à de tous aussi honnêtes travailleurs de l’ordre appréciant un petit instant de douceur dans une vie rude, ou même des dessinateurs en convalescence ayant besoin de se revigorer. Tandis qu’un enfant simple vint à sa rencontre, elle se rappela l’importance de défendre la veuve et l’orphelin, même en tant que jeune entrepreneuse locale. Donc il lui sembla tout naturel d’aider ce pauvre enfant à récupérer un pauvre chaton. Hélas, entrepreneuse qui avait d’abord fait ses premières tournées auprès de très honnêtes familles joviales du Kleos, elle connaissait mal le Fort et la nature du bâtiment que l’enfant perdu souhaitait escalader. Quand l’Objet coupable des maux entra dans son champ de vision, elle suspecta tout de suite un coup fourré d’une organisation concurrente aux magendarmes. Voyant cet enfant égaré se mettre à la poursuite de l’Objet, son devoir d’entrepreneuse sociale fut de le poursuivre pour ne pas qu’il se fasse mal lors de sa course et pour lui rappeler l’importance de ne pas courir sur les toits (preuve de sa dimension sociale, puisque le laisse se briser des os, ça vaudrait une hospitalisation et donc des déambulations dans ce quartier en quête de boisson pour lui remonter le moral). Aussi elle a entraperçu en chemin des ramoneurs mais ce n’était pas sa priorité.

Les agents étaient gênés par la version de la-dite Ekithée. Oui, à chaque fois qu’ils voulaient lui résumer la déposition ou commenter, c’était de nouveaux détails toujours aussi cohérents entre eux qu’elle ajoutait. L’un d’entre eux parla aussi d’une autopsie, mais Ekithée valida son idée en faisant tout un commentaire sur les mules. Puis quant il fallut pratiquer l’autopsie, Ekithée prêta main forte en aspergeant de sa boisson fluorescente les agents. Frippée et altérée par le liquide, il eut été difficile de voir le début d’une frite dans la partie visible du gobelet-verre. Agacés, les chargés de l’interrogatoire cochèrent en douce la case « Probablement coupable » et, tandis qu’Ekithée commençait à un peu trop les interroger, toujours avec une bonne volonté déconcertante, ils mirent fin à cette session. Du genre, une fin où on pousse son gobelet en-dehors de la salle et où on se bouche tout organe auditif pour ne pas rentrer dans une nouvelle boucle d’interactions.

« Je crois bien qu’ils ont dû trouver le temps long. Je crois aussi qu’ils vont pas trop nous fliquer dans cette salle, ils savent à quoi s’en tenir. Ils ne sont pas sensibles aux arguments, on peut en faire notre sortie. Tu te souviens des petits fayots qui faisaient bien de la lèche pour que le prof retire l’heure de colle après qu’ils t’aient insulté alors que t’avais bien sûr pas commencé ? Et bah là Dylan sort moi cette langue râpeuse pour qu’ils voient en nous des alliés repentis. Ils veulent des poucaves de première, on va les régaler. Bref, fais-leur ta racaille qui s’excuse et veut trouver le bon chemin, voir ptêtre qu’un jour tu voudras devenir comme eux. Tout ça pour les duper et qu’on soit les gagnants au final. Je dis ça car je vois en toi un grand acteur, un peu le Kev’Adams de demain, mais tu fais ce que tu veux, je te suivrai car on est une équipe, pas vrai ? »

D’entrepreneuse improvisée, elle se fit entrepreneuse sociale, pour là glisser vers la travailleuse sociale, éduc spé sans le diplôme ni l’argent. Mais c’est pas grave, c’est cadeau, si on peut piéger des magendarmes, c’est toujours bon à prendre. Avec leur petit bain d’autopsie, ils ne vont pas revenir avant un moment, espérons que Dylan ne fasse pas tout capoter, d'expérience, les travaux de groupe avec ce genre de garçons ne trouvaient jamais d'issue heureuse.


Ekithée : #cc9933 Les suspects idéaux [Dylan / Ekithée] CISklWB
Eelis
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Eelis
Sam 15 Juin - 0:33
Ils ont dû trouver le temps long ? Ah bah putain, si seulement les nôtres avaient pensé la même. Peut-être qu’ils s’en seraient tenus à une seule relecture de déposition. M’enfin elle a raison sinon, on est pas trop surveillés, j’ai plus l’impression qu’on est au lycée dans la petite salle d’attente à côté du bureau de la CPE. Genre on viendra nous emmerder si on fait trop de bruit, mais on peut mettre les pieds sur la table basse (pour ceux qui en ont), manger des bonbecs (pour ceux qui en ont), tranquille. Et surtout on redescend sur terre. ‘Fin. Vous captez.

Par contre c’est pas en caressant deux secondes Dylan dans le sens du poil qu’il va laisser derrière lui des années passées à faire le sale gosse.

« Ah non mais c’est mort j’suis pas une tarlouze, si j’ai rien fait j’vais pas faire genre que si et puis ils iront se faire foutre avec leur bon chemin, je suis pas une chèvre égarée. »
En regardant autour de lui pour être sûr qu’on l’écoute pas, Dylan reprend :
« Après j’suis d’accord, faut leur faire ravaler leur rapport et qu’ils se mordent le doigt, mais jamais de la vie je fais le fayot moi. »

Malin mais insoumis, c’est l’approche qu’essaie d’avoir Dylan en général. Approche qui lui met souvent le cul entre deux chaises et deux heures de colle dans le carnet, car être malin demande souvent de faire un minimum le soumis, mais bon, j’vous apprends pas comment pense un ado.

« Tu veux pas plutôt qu’on les tourne en bourrique ou qu’on fasse dégénérer l’affaire genre on implique plein de monde ? » commence-t-il à réfléchir en l’air, sans trop avoir d’idée précise pour le moment.



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Shynagi
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Shynagi
Dim 16 Juin - 16:16


Évidemment que Dylan ne ravalerait pas sa fierté, heureusement et en dépit d’un gobelet fort contraignant, Ekithée est maîtresse de la contorsion. Son expérience des travaux de groupe ne l’a effectivement pas trompée. Cette même expérience l’incita à faire comme à l’époque, tout concevoir d’elle-même en faisant croire à son camarade qu’il a eu des idées brillantes.

D’abord aller dans son sens, « Bon ok Dylan, on va pas leur cirer leurs pompes, sachant qu’ils n’ont pas tous des pompes et qu’on n’a pas de cire. L’implication par contre, ça c’est de l’idée. Tu veux pas jouer le fayot, je comprends. », maintenant, suggérer des choses « Alors joue vraiment le gros dur que tu es, je suis sûre qu’ils vont déglutir dans un silence absolu. Pas besoin de les menacer physiquement, tu ne vas quand même pas te salir les mains, t’es pas une petite frappe des Hussards. », peut-être trop complexe pour lui, aller droit au but, « Juste, sois toi-même. ». Et le petit bonus « Pour qu’ils vident leurs nerfs sur quelqu’un d’autre, vu qu’y a affaire de peinture, parle leur des Artystes peut-être, ou peut-être de vandales des verts, ou les deux. Bref, des gens qu'ils aiment pas ou, si tu préfères, des gens qui ne sont pas toi et moi. ».

Ça fait déjà quelques minutes, Ekithée jouera sa propre performance, mais tout à fait différente de l’affreuse criminelle qui s’est échappée avec un tupperware de cadavre liquéfié. Elle ne se fait pas d’illusion, on ne mange pas de brik sans casser la pâte. Peut-être des TIG ou des acrobaties en perspective. En attendant, son spectacle est prêt, chaque occasion sera bonne pour glisser subtilement le nom des groupes désignés.


Ekithée : #cc9933 Les suspects idéaux [Dylan / Ekithée] CISklWB
Eelis
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Eelis
Dim 7 Juil - 14:51
Joue vraiment le gros dur que tu es.... euuuuh.. elle se fout de notre gueule, là, on est d'accord ?
Oui, nan, si, elle se fout carrément de notre gueule, c'est pas possible autrement. C'est pas une frite, c'est une flute qui chante en permanence.
Et bien sûr l'autre il se fait embobiner parce qu'il ose pas se débiner.
— Euh ouais ouais, carrément, on fait ça.
Heureusement, il est pas totalement con. Lui aussi, il a fait des exposés en groupe. Et dans ces exposés, il était moins l'intello qui se fait marcher sur les pieds que le petit filou qui lui refile son boulot.
— Dès qu'ils arrivent, t'inquiète pas qu'on les enfume !
La première étape, pour refiler son taf, c'est de donner l'impression que tu vas la faire, là, tout de suite, sous peu, mais que, clairement, il manque un truc essentiel.
— Mais si j'me goure tu viens sauver le coup hein ? j'suis sûr en plus t'es trop forte pour ça haha...
Seconde astuce, anticiper que les choses pourraient mal tourner, et en profiter pour glisser un p'tit compliment. Le genre que les intellos reçoivent jamais parce que personne traîne avec eux.

Bon, bien sûr, Dylan oublie qu’Ekithée est probablement du genre petit filou aussi. Mais elle a à peine le temps de commencer à lui répondre que les deux pignoufs reviennent. Avec trois collègues que je reconnais pas, car apparemment il faut cinq mecs pour gérer une histoire de peinture sur le toit.

Enfin, parmi les trois nouveaux, y'en a un qui a un espèce de... comment ils s'appellent leur chapeau qui vole là ? Le Bolsonaro ? Nah attendez ça c'est aut chose.. Bref, il a un chapeau brodé sur sa veste. Probablement un "vrai" magendarme, ceux qui sont à fond dans le délire et qui se prennent pour des chevaliers mousquetaires. Alors que les autres sont plus des stagiaires, des wannabe, ou juste des gens qui sont là depuis une semaine ou deux grand max, comme y'en a partout.

— Soyez rassurés, grâce à notre efficacité, votre cas a été arbitré avec rapidité et justesse.
— Ouais enfin c’est surtout que…
À les voir, je devine qu’ils se sont surtout faits engueuler pour avoir passé deux heures à faire des interrogatoires inutiles, ou que le truc a été tranché sans même avoir lu le dossier.
— Bon du coup on peut se barrer ? demande Dylan cash.
— Vous, non, mais peut-être pourrais-je barrer vos crimes de votre casier judiciaire, si vous vous soumettez à la ju…
Un de ses collègues tousse. L’autre pignouf, celui qui est pinaille moins mais veut jamais avoir tort, reprend :
— Bref, vous allez faire des travaux d’intérêt général, en nous aidant à entretenir les maisons du voisinage pendant que vous réfléchissez sur vos erreurs.

Par “entretenir”, j’imagine qu’ils veulent dire “repeindre tout ce qui n’est pas magendarme”. Et par “réfléchir sur vos erreurs” plutôt un truc comme “travailler gratuitement”. Je me demande combien de gens se sont faits coincer comme ça…

Dylan, lui, est toujours aussi pertinent :

— Mais on a rien fait wesh y’a pas à réfléchir, j’suis sûr c’était un coup monté des Arthy…
— Eh bien vous réfléchirez à comment ne pas vous rendre suspects.
— Nan mais Ekithée dis-leur !

Troisième moyen de refiler son boulot : refiler son boulot.



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Shynagi
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Shynagi
Dim 7 Juil - 20:10


Alors là, elle le voyait venir le Dylan. Elle avait essayé mais, comme elle l’a si bien appris, toujours tout faire soi-même quand le reste du groupe est juste là en dilettante, au moins on sait ce que ça vaudra et il n’y aura pas besoin de rattraper les boulettes des autres avec diplomatie. La diplomatie ça reste quand même important, c’est que ces gens-là ont un égo facilement émietté et peuvent devenir de petites pestes quand il va falloir recollaborer. Et sa courte paille lui dit que Dylan est parfaitement le genre de dessinateur qui pourrait initier par accident des conflits armés de grande ampleur tout en s’en sortant sans la moindre égratignure, donc toujours garder en tête la possibilité de collaborations à venir.

Tout était attendu donc Ekithée n’était même pas agacée ou déçue, trop vieille pour ça, juste embêtée de s’être encore lancée dans un brief qui ne servirait à rien. On dirait pas comme ça, mais même à 80 % d’eau, une pomme de terre qui débite à ce taux, ça se déshydrate vite.

« Rohh Dylan, siiii tu insistes. Je voudrais pas déranger ces messieurs de loi, mais à votre réaction je pense que vos collègues-là, les trois silencieux derrières, ont oublié de vous délivrer une info croustillante. » délivra-t-elle du tac au tac pour rattraper les balbutiements de Dylan. Un petit silence, bien suffisant pour attirer l’attention et instiller le doute chez les magendarmes. « J’en veux pas à vos collègues hein, ils étaient pris dans le feu de l’action à noter ma déposition, ça arrive à tout le monde d’oublier une phrase ou deux, aussi décisives, essentielles soient-elles. » glissa-t-elle en penchant son corps-gobelet, accompagné d’un second silence avant la tempête.

« Alors oui c’est vrai, je croyais que ce petit garçon était innocent, oui on dirait pas, mais j’essaie de me dire que les apparences sont trompeuses », un petit roulement de paille agrémenta sa parole, comme pour faire un clin d’œil discret à Dylan, « Oui, le chaton qu’il cherchait était certainement un nom de code pour l’Objet que nous avons trouvé », elle réitera son geste discret, « Mais mais mais, ce n’est qu’un orphelin, une âme faible à protéger, un jeune en quête de famille qui a été manipulé, je dis le mot oui, manipulé par des groupes de malfrats, de vrais scélérats. ». Tension dramatique au maximal, au moins dans la tête d’Ekithée, « Qui donc ? On doit encore enquêter mais j’ai cru reconnaître un symbole des vert-veines, avec des techniques tirées des Artystes. Une collaboration peut-être ? Une salle mission terroriste de ces idéalistes déléguée aux loubards du coin. Bref. Ô messieurs les magendarmes, Dylan mérite peut-être des TIG », petit mouvement discret vers Dylan avec encore plus de conviction « Mais si avec vos officiers on coffre le responsable de l’Objet et l’Objet même, plus de dégradation dans votre quartier, des TIG pour ces fumeurs de nuages et le prestige d’avoir arrêté ces beaux parleurs qui se pensent au-dessus de vous. Aider dans l'enquête ne serait-il pas un moyen de mettre ce jeune égaré dans le droit chemin ? ».

Espérant trouver l’adhésion de ses interlocuteurs, elle s’est permise à voix plus basse un petit bonus, une petite signature pour faire la différence, « Donc moi en vrai j’ai un peu rien avoir avec tout ça, j’ai juste voulu aider un garçonnet, mais comme en témoigneront vos collègues du fond, ma tchatche vous sera utile pour clouer le bec des Artystes, ils voudront vous enfumer, dans tous les sens du terme, je pourrai vous aider. Je suis pour votre justice messieurs, le petit lézard a assez souillé ses trousses devant l’Ordre que vous incarnez, il en a eu assez, maintenant passons aux vrais criminels. ». Immédiatement, un petit coup de gobelet vers Dylan, petite parole à voix basse « T’inquiète paupiette on gère ».


Ekithée : #cc9933 Les suspects idéaux [Dylan / Ekithée] CISklWB
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