Le vent des songes

Eyerim
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Date d'inscription : 30/06/2020
Eyerim
le Dim 12 Juil - 11:22
Esquisse, c’est enlacé par le tic tac régulier de l’horloge de cette chambre que je peux pour la première fois me poser, à défaut de me reposer et discuter avec toi. Pour un homme devenu chat et un chat prétendu homme, ce corps incapable de pleurer et cet esprit d’abandonner sont une île aux émotions captives. Et pour les laisser prendre les voiles, je laisse couler ici mes larmes d’encre.


Cela va peut-être te paraître étrange, mais je me sens enfermé dans ce monde aux infinies possibilités. Je me sens cloisonné dans cette peau qui n’est pas mienne. Je suis capable d’exploits que ne je pouvais qu’imaginer jusqu’ici. Et pourtant, je sens qu’en l’acceptant, je perdrais ce qui me définit. Cela je ne le peux. Je me sens comme Tantale à qui l’on fait miroiter mille et un trésors pour au final ne lui laisser que des cendres. Je me sens aussi bien prisonnier de ce monde onirique que de mon incapacité à l’accepter. Et en ce sens, je suis plus libre dans cette pièce fermée à clef où je me regarde froidement dans la glace que dehors où, masque dressé, je me heurte au miroir de mes semblables.

Esquisse je te hais. Je te hais de m’avoir amené ici et de m’obliger à me cacher pour ne pas devenir le Chat. Je te hais pour ton inconstance et ta cruauté. Je te hais tout court Esquisse. Que peut bien légitimer d’arracher des malheureux à leur quotidien pour les amener dans cette absurdité ? Serait-ce un désir égoïste qui te pousse à agir de la sorte ? Lassé de ton public de tables et de chaises, te serais-tu tournée vers les humains pour t’admirer ? Je te le demande Esquisse, pour quelle raison sommes nous ici ? Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Comme à ton habitude, tu sembles plus encline à nous poser des questions qu’à nous en donner les réponses. Certains diraient que c’est ton charme. Je pense quant à moi que ce mutisme est un signe de ton orgueil.

Tu es cependant toute puissante en ces lieux, Esquisse, et le chat que tu as fait de moi ne peut s’opposer à toi. J’espère que tu apprécies ta victoire, Duchesse, car je ne compte pas répéter ces mots ou même les utiliser comme excuse. Ce qui est dit est dit, mon amie et je t’ai déclaré la guerre le jour où je t’ai rencontré. Si je revenais sur ma parole, ce serait comme accepter ce que tu m’as fait. Tu comprendras que cela m’est impossible, tu m’as volé à beaucoup trop de choses.

Il est drôle de mesurer que quoi que je dise il ne me reste à la fin qu’une évidence à énoncer. Tu es ma confidente maudite Esquisse : celle qui a perdu la raison et qui me la fera perdre un jour. Quoi que j’argumente, c’est un fait que je t’adresse toujours mes sentiments les plus sincères. Quoi que je te reproche, je ne pourrais pas vivre ici sans te parler. Quoi que j’en dise, je ne pourrais pas vivre ici si je ne t’avais pas.

C’est ainsi que se finit cette parenthèse et cette page plus si blanche maintenant. Esquisse, je donne ces mots que ma bouche ne sait dire au vent. Je prie pour qu’ils ne se perdent pas et qu’ils puissent arpenter ce ciel coloré de leurs ailes de papier.

J’espère que tu ne m’en voudras pas trop pour ces paroles et que nous pourrons reprendre un de ces jours le thé ensemble.



Ci volent les mots d’Alix Anastase, le « Chat »
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