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Concours n°10 ▬ Elles arrivent...

Eelis
Qu'est-ce qui est jaune et qui traverse les murs ?
Personnages : Al, Sydonia
Messages : 2788
Date d'inscription : 10/06/2012
Eelis
Dim 1 Aoû - 5:58

« Elles arrivent... »



Posté sur le Toit du Palais, où il a déployé temporairement tous les accessoires nécessaires à son travail (à savoir son télescope, ses carnets de notes, sa chaise et son pique-nique), un homme surveille de loin les paysages au sud de la Ville.  

Son identité importe peu. De ceux qui raconteront son histoire, personne ne s’en souviendra clairement, mais tous citeront précisément les deux mots qui lui ont échappé, prélude d’une rumeur qui circulera abondamment dans tous les quartiers et de la catastrophe qui secouera la Ville deux jours plus tard.

Dans les verres de l’instrument d’observation avec lequel il comptait, à l'origine, recenser des observations du ciel - il est peut-être est cyantifique ou poète -, il aperçoit depuis quelques temps un ballet bien étrange, dont il peine encore à préciser la forme. Une meute d’Objets volants, qui pourrait bien être mauve, ou translucide, tant elle se fond dans le paysage.

Mais aujourd’hui, alors qu’il vient d’utiliser tout naturellement le pronom féminin pluriel, il a enfin une idée de ce qu’il observe. Et puisque ses observations se clarifient à chaque observation, il sait aussi ce que cela signifie ; si ce n'est pas lui qui se rapproche, c'est elles qui se rapprochent de lui.

Des sphères rondes et translucides, aux reflets colorés.
Autrement dit, des bulles.
Des bulles gigantesques.

Face à cette nouvelle énigmatique, les esprits ont été partagés. Si, dans un monde où tout est possible,   peu ont crié à l’absurdité, nombre de citadins se sont contentés de hausser le sourcil et de continuer leur route. Des bulles, et alors ? Cela fait vendre quelques appareils photos, et risque d’annuler la course d’avions en papier qui doit prochainement se tenir, mais c’est au mieux une anecdote. D’autres, au contraire, ont pris au sérieux la menace, et craignent de voir les habitants enlevés par ces Objets dont les intentions sont peut-être hostiles. Les cy-antis, fidèles à eux-mêmes, parlent d’une expérience ayant échoué, alors que les cyantifiques - tout aussi fidèles à eux-mêmes - font leurs calculs et s’échangent leurs théories. Ces opinions nagent dans une marre d'indécis et d'ignorants, que chacun tente de convertir à sa paroisse.

Le temps d’y réfléchir, les Bulles sont déjà aux portes de la ville, prêtes à se répandre sur les toits et à envahir les rues.

Et vous, où êtes-vous ? Avez-vous ouï la rumeur, ou découvert le déluge par surprise ? Êtes-vous captivé par ce ballet poétique, effrayé par cette attaque qui cache sans doute bien son jeu, enivré par l’opportunité de faire une affaire ou de tenter quelque chose d’inédit ?


Explications



Pour ce dixième concours d'écriture, et premier depuis… ouh, un long moment, et en l'honneur de l'anniversaire du forum, nous vous proposons une animation qui fait écho au premier concours de l'Esquisse (qui, pour l'anecdote, narrait une invasion de la Ville par des gelées) et, comme vous l'aurez probablement compris, qui se déroule dans les Brises. Mais tout le monde pourra y participer. Comme d'hab', on vous explique tout.

♦ Il s'agira d'un concours d'écriture, un format qui correspond peu ou prou au "texte solo" de l'interforum. Sur un thème donné, qui est ici sous la forme d'une introduction qui pose le contexte, il s'agira d'écrire un texte du point de vue de l'un de vos personnages, en respectant une limite de mots (de 1500 mots max, mais vous pouvez faire moins) et une deadline, fixée ici au 20 Août, histoire que tous ceux qui veulent aient le temps de participer.
Passée cette période, un vote sera organisé (avec des mentions spéciales si on a assez de participants pour que ça ait un sens), et un gagnant sera désigné ! La récompense inclut une petite illustration, et un petit bonus supplémentaire s'il s'agit d'un perso des Brises (mais on ne dira rien).

♦ Bien que s'agissant d'un concours, il s'agit, comme pour l'Éternuitée, d'un évènement qui se produit réellement dans les Brises. Ceux qui participent avec leur personnages des Brises (et on vous encourage vraiment à le faire, pour les joueurs Mixtes) pourront choisir de faire un texte "canon" vis-à-vis de leur personnage, ou pas. Il sera également possible de faire des RPs pendant cette période, une fois l'évènement terminé. Si vous partez sur quelque chose de canon, il faudra seulement faire attention à rester cohérent (si les Bulles détruisent la Ville dans votre texte, par exemple, ce serait un peu problématique).  

♦ Pour ceux qui veulent participer avec leur personnages des Sables, il s'agira évidemment d'un texte non canon, comme si vous participez à un interforum ou faisiez un songe. À vous de voir si vous débarquez dans les Brises avant l'évènement, si vous arrivez en même temps que les bulles, si les Bulles vont jusqu'au labo, etc.

♦ Nous avons fait en sorte de proposer une situation pour laquelle tous les registres sont envisageables, et vous pouvez aussi bien partir sur une comédie, une tragédie, une guerre stilgarienne, un poème, etc. Vous pouvez vous éclater aussi sur la forme.

♦ Les participations seront à envoyer en MP à la Voix d'Esquisse, avant le 20 Août à 23h59. Si vous avez une mise en page particulière, pensez à mettre ça sous balise code (sinon, on fera juste un C/C du texte tel qu'il est, sans préserver le gras/italique et les couleurs qu'il pourrait y avoir).

En espérant que vous serez inspirés et nombreux à participer, au plaisir de vous lire !



Voix d'Esquisse
« Vous ne sortirez jamais d'ici. »
Messages : 881
Date d'inscription : 01/06/2012
http://esquisse.forumpro.fr
Voix d'Esquisse
Sam 21 Aoû - 8:54
Bon eh bien, puisque personne n'a posté en-dessous, je réutilise le sujet !

Lancement des votes !



Merci aux cinq participants qui ont envoyé leur texte ! Je lirai en même temps que vous ces petits textes, mais rien qu'à les surveiller ça promet une très bonne séance de lecture.

Pour voter, c'est simple :
♦ Vous avez jusqu'au 31 Août (minuit) pour choisir, à la suite ce sujet, et entre balises hide (vous pouvez trouver l'icône "Caché" en haut de la barre, si jamais), le texte que vous avez préféré.
♦ Les critères de vote sont assez libres, à vous de voir si c'est plutôt l'exploitation du thème qui vous importe, l'expérience de lecture, la chute, le ressenti, autre chose... Dans tous les cas, la coutume est d'essayer d'argumenter son choix ! (un minimum, pas non plus besoin d'en faire des tonnes si vous n'êtes pas à l'aise, c'est juste l'occasion de partager ce qui vous a particulièrement plu dans la participation que vous sélectionner) Vous ne pouvez voter que pour un seul texte sans égalité, mais bien sûr vous pouvez tous les commenter si vous le souhaitez.
♦ Tout le monde peut voter, y compris, évidemment, les gens des Sables et ceux qui n'ont pas participé au concours. Si vous ne connaissez pas le personnage dont vous allez lire le texte, vous êtes vivement invité à aller feuilleter sa fiche avant de lire, histoire de profiter pleinement de l'expérience.
♦ Pour ceux qui participent, évidemment, pas le droit de voter pour soi-même.

En cas de question, n'hésitez pas. Bonne lecture à tous !



Texte n°1 - Crevette (Stilgar)



__-Oyez, oyez, gentes dames et damois—
__-Stop, ça suffit les conneries. Dernière fois que j’achète un plugin d’occasion à un médiéviste.
__-Hum. Avant toute chose, souffrez que je me présente : votre narrateur au cours de cette aventure ne sera autre que moi-même, un programme conteur acheté par ma maîtresse afin qu’elle puisse garder une trace de ses diverses aventures.
__-Un peu trop ampoulé mais flemme de changer les paramètres.
__-Hem. Et le récit que je vais vous faire aujourd’hui est celui de l’invasion de la Ville par des bulles géantes. Vous ne trouverez rien de la sorte dans les archives municipales, mais ne vous en faites pas, je vais vous expliquer le fond de l’affaire.
__-Sur ce, mise en scène in medias res inutile.
__-Mrrrm.
__-Est-ce que ce programme vient de se racler la gorge ? Il finit sa connerie et je me fais rembourser.
__-Mrrrm mrrrm. (Autant en profiter tant que ça va durer.)
__-Éclair. Fumée. Sons stridents et répétés. Cris. Certains de joie, d’autre de panique, d’autres encore d’effroi. Crissement du métal contre le métal.
__-« C’quoi ces conneries ? »
__-Mon humaine.
__-« Invraisemblable, ça a fonctionné. Enchanté. Je m’appelle Pen–
__-Rien à péter, pourquoi c’est le bordel ici ? »
__-Car le bordel c’était. Dans une pièce enfumée, sombre, où se tassaient humains et autres créatures dotées de conscience, qui autour de réchauds, qui emmitouflés sous de pitoyables couvertures, qui serrant un proche dans leurs bras, se tenait mon humaine. Derrière elle, une improbable machinerie formant un amas de rouages, de pistons, de bobines et… d’intestins. Devant elle, hirsute, empoussiérée, couverte de suie, un femme qui, semblait-il, n’avait pas dormi depuis bien trop longtemps.
__-« Je sais que ça va être compliqué à saisir, mais nous sommes dans un univers parallèle appelé l’Esquisse…
__-Oui ça je connais.
__-… et vous venez du futur…
__-Mm mm, continuez.
__-… depuis cette création que vous voyez là qui est le fruit de la colla—
__-M’en tape.
__-… Et vous devriez logiquement être ma fille, considérant le l…
__-Aucun risque, mais continue.
__-… Nous avions besoin de savoir comment…
__-Hop, ta gueule c’est bon, j’en sais assez. Vous êtes en train de vous faire défoncer la gueule et comme vous êtes trop teubés pour vous en sortir, vous avez décidé de demander à un connard du futur de vous faire une leçon sur comment vous avez survécu.
__-Hé bien…
__-Hé bien c’est de la connerie, en plus de créer un paradoxe temporel. Et ça me gave, j’écoutais pas en cours d’histoire et vous avez eu le bon goût de me faire venir avec mes armes. Bouge tes poils de mon chemin, trouve un moyen de me ramener chez moi et pendant ce temps je m’occupe de vos saloperies. »

__-Et c’est en maugréant que notre protagoniste se dirigea vers l’escalier menant à la sortie. La cave aménagée en abri donnait sur une bâtisse en ruines, elle-même se dressant péniblement au milieu de rues ravagées. Les fumées d’incendies rivalisaient avec le bleu profond de la neige qui tombait dru, la faisant scintiller d’une irréelle couleur vive et puissante. Bien que dévastée, la Ville s’était parée d’un somptueux manteau de saphirs.
__-Le ciel, d’un violet sombre, était rayé des trajectoires de sphères et ovoïdes variés. Ils voletaient, rebondissaient, se livraient à une folle caracole entre les bâtiments, dévalant, surgissant, jaillissant, provoquant des des éclats bleus, rouges ou du gris et ocre des pierres et briques. Un enfer de projectiles innombrables et de débris.
__-Et Crevette en attrapa une et la plaqua contre le sol.
__-« Conduis-moi à ton chef ! »
__-Et à la stupeur de ceux dans l’assistance qui ne connaîtraient pas l’Esquisse, la bulle de répondre :
__-« Mais ble ne sais blas, bloi !
__-Travaille ton élocution ou je vais trouver ce qui te sert de cordes vocales et te les foutre dans ce qui te sert de cul.
__-Glib ! Gloub ! Blitié ! Ble vais blous emmebler ! »
__-Et l’infortunée de la gent des phyllones dut servir de monture à notre combattante du futur.
__-« Blous êtes blien blinstablée ?
__-Ça peut all— c’est quoi ce truc. »
__-Une ombre, une apparition, un morceau de ténèbres arraché à la trame d’un pan de mur effondré, pour se présenter en vue de notre protagoniste. Peu encline à secourir des civils comme à expliquer à ce Dessinateur pourquoi elle avait pactisé avec l’ennemi, Crevette lui tira une balle de fusil rail. La créature noire la reçut de plein fouet. À l’étonnement de Crevette, celui-ci fut projeté en arrière et alla s’effondrer sur le mur du fond. La stabilité de la bâtisse, déjà bien compromise, céda et celle-ci s’effondra sur la tête de ce noir personnage. Je dis l’étonnement de Crevette, car son projectile aurait dû traverser le corps de sa cible. Qu’il lui ait transmis son énergie cinétique voulait dire que qui que fût cette entité sans visage ni couleur, elle était plus résistante qu’un projectile antibâtiment.
__-« Blous nous voblez notre bravail si blous tuez les blessinateurs…
__-Ta gueule et décolle. »
__- Et sur ces paroles ailées, voilà que—
__-C’est fini l'anecdote inutile, on peut reprendre ?
__-Bien sûr.

__-Plus loin, sur une colline, battant comme on le ferait d’une mesure l’herbe violette de ses pas graciles, ordonnant d’un œil, contemplant d’un geste, un jeune homme semblait gouverner la céleste sérénade des sphères qui s’amoncelaient autour de la Ville. Ses pas de danse commandaient-ils la nuée, ou ses vents le portaient-ils ?
__-Il s’arrêta.
__-« Ballet de bulles, belles billes, blême ballade.
__-T’es complètement ivre connard ?
__-Plaît-il ?
__-Moi non, et à toi non plus dans quelques instants. »
__-Crevette sortit sa dague. Nous allons passer sur le déchaînement de violence barbare qui suivit et aurait fait rendre son déjeuner à l’infortunée bulle qu’avait chevauché notre combattante du futur, si elle avait eu un système digestif et une notion de déjeuner.
__-« Ça, c’est fait. T’es encore en vie ?
__-
__-Ça rimaille moins avec trente centimètre de titanes dans les boyaux, hein ? Je peux te maintenir en vie une demi-heure à te faire douiller sévère. Je l’abrège à trente secondes si tu m’expliques ce qu’est ce bordel. Pas que j’en aie quelque chose à foutre mais ça fera bien dans mes archives.
__-Je viens… Du futur…
__-Ah misère.
__-Nous avions… les Tempêtes… il fallait tester leur puissance…
__-Et du coup vous êtes revenus dans le passé pour pulvériser ce qui s’y trouvait histoire de voir si votre arme de destruction massive fonctionne. Et un connard de chez vous vous a dit que, hé, c’est pas grave, ce ne sera pas notre passé qu’on nique, vu qu’on ne peut pas vraiment revenir dans le passé, juste aller d'une dimension parallèle à l'autre. Après tout, on est dans l’Esquisse, donc ce genre de choses, ça nous connaît, hein ?
__-Notre chef…
__-Hop hop hop, j’en ai déjà plus rien à foutre. »
__-Crevette sortit son pistolet.
__-« Elle me fait… penser à vous… »
__-Bang.
__-« Sale roux. »
__-Ses cheveux avaient moins à voir avec le pelage du rusé de la fable qu’avec —
__-Ce qui en coule quand tu l’étripes, je sais, abrège.
__-Privée de son chef d’orchestre, la mortelle symphonie des flasques volatiles devint létale improvisation de jazz, puis inoffensive bouillie musicale. Et enfin le silence. Sauf pour les pleurs des victimes, le crépitement des flammes et les hurlements de ceux qui s’affairaient à sauver ce qu’il restait de leur ville, mais disons, le silence.
__-De retour à l’abri souterrain.
__-« Alors, elle fonctionne votre machine à me ramener chez moi ?
__-Oui… Et à propos des bulles…
__-Si vous me dites que tout était un rêve, ou une simulation, ou une caméra cachée, je fais un massacre.
__-… Non, merci beaucoup, c’est tout. »
__-Presque déçue de ne pas avoir droit à un énième retournement de situation de série b qui lui aurait servi d’excuse à une distribution de mandales, Crevette passa le portail, non sans ne pas faire un doigt derrière elle à toute l’assistance de cyantifiques qui avait travaillé à faire fonctionner ce cabalistique engin, et à conclure son aventure d’un : « Faites chier quelqu’un d’autre la prochaine fois ! »
__-Fin de l’enregistrement.

*
*  *
__-« Et voilà, amuse-toi bien avec.
__-Merci. Ça t’a plu comme aventure ?
__-Nan. »
__-Effie vida son verre.
__-« Et, euh… s’ils venaient du futur… mais d’une autre dimension… Enfin, t’as eu des renseignements sur eux ?
__-Le connard roux avait un uniforme moche avec un truc rose et noir dessus, mais j’y ai pas prêté plus d’attention que ça.
__-Ce serait amusant s’il y avait une version dans leur espace-temps de nous, t’imagines ?
__-Mm…
__-Et peut-être que la Effie alternative et la Crevette alternative sont amies aussi, sur ce plan ?
__-Ouais, bon, moi, les mièvreries, hein. Allez je te laisse, y’en a qui bossent. »
__-Effie aurait bien voulu répondre qu’elle aussi avait un travail, mais ce n’était pas comme si elle allait être écoutée de toutes façons.

HRP :
Les plus connaisseurs de l'Esquisse auront repérés les quatre personnages évoqués (pas dur) et les deux/trois textes de concours et interfos auquel je fais référence (plus dur). Un bonus à ceux-là !



Texte n°2 - André Dubois (Encre Noire)



Il y a fort longtemps, sous un ciel mauve, il faisait bon vivre dans la Ville. En effet, ses habitants y vaquaient à leurs occupations ou exécutaient les missions données par la maîtresse d’Hôtel. Même si la plupart n’étaient pas nés dans l’Esquisse, ils y vivaient une vie paisible et heureuse.

Un jour, ils observèrent un phénomène jusqu’alors inconnu. Des bulles s’approchaient de la Ville par dizaine. La plupart des citoyens ne s’en étonnaient guère, même si des curieux les immortalisaient. Certes, ils n’avaient jamais assisté à ce phénomène auparavant, mais ils étaient habitués à l’étrangeté de l’Esquisse. Et puis, les bulles étaient inoffensives. Rares sont les personnes à craindre qu’elles leur fassent du mal malgré les apparences. Hélas, elles avaient raison à leur sujet.

Quelqu’un tendit la main vers une bulle. Au lieu d’éclater comme elle le devrait, elle prit une autre forme. Ses contours liquides deviennent métalliques, l’Objet acquiert des pattes et bras robotiques. Sans laisser cette personne réagir, il toucha sa main avec un de ses bras. Ainsi, il électrocutait sa victime, qui en tomba raide mort.

On aurait pu espérer que les autres bulles prennent d’autres formes plus inoffensives. Par malheur, elles prenaient toujours la même forme robotique dès qu’elles touchaient le sol, les murs ou quelqu’un, par malheur pour cette personne. On aimerait bien que les bulles qui heurtent les murs, une fois leur forme prise, tombent et se cassent au sol, mais elles retombaient toujours sur leurs pattes, comme les chats.

Face à ce qu’on pouvait appeler des boules robots, c’était la panique totale. Certains sortaient de la Ville, mais cette initiative ne les sauvait pas tous. Quelques uns tentaient de les affronter avec des armes diverses, mais plusieurs d’entre eux y passèrent. D’autres rentraient chez eux ou dans l’hôtel pour se mettre à l’abri. C’était le cas d’une brune d’une douzaine d’années, sur laquelle nous allons nous attarder.

Après être entrée dans sa bicoque, l’enfant y vit une blonde aux yeux cernés qui semblaient avoir le même âge. Elle bâilla :

- Il y a trop de bruit, ici…

- Yvelyne, il faut barricader la porte !

- Mais pourquoi ?…

- Je t’expliquerai.

Les deux petites filles barricadèrent la porte avec une table et quelques chaises, ce qui la bloqua, du moins pour un temps. La brune expliqua à la blonde la situation critique où se trouvait la ville. Très vite, Yvelyne se dirigea vers une armoire en bois et lui donna trois coups. L’armoire se déplaça un peu, montrant ainsi un passage vers les souterrains. Après avoir traversé l’ouverture, elle traça un cercle sur le dos de l’armoire avec son doigt, ce qui la fit refermer le passage.

Les deux filles marchèrent dans la pénombre durant quelques minutes. Cela aurait peut-être pu l’effrayer, si Yvelyne n’en connaissait pas par cœur le chemin. A un moment, elles semblaient faire face à un cul de sac, mais lorsque la blonde mit sa main sur le mur devant elle, ce dernier s’abaissa.

Elles entrèrent dans une salle grise, vide mais tellement grande qu’un escalier se présentait à elles. Après avoir un peu discuté ensembles, la brune descendit les marches pendant que la blonde fit le guet devant l’ouverture. Après avoir un peu marché sur le sol, la plus jeune s’arrêta, méfiante. Une libellule dormait devant elle, en tenant un carnet et un bloc-notes. Devant elle, l’insecte se réveillait lentement. En tournant la tête, il aperçut la brunette. Alors il écrit quelque chose sur son carnet et le lui tendit :

« Où sommes-nous, mademoiselle ? »

Son interlocutrice fut soulagée de ce qu’elle lisait. C’était un Dessinateur, égaré de surcroît.

- Dans le sous-sol de notre maison. Il ne faut pas en… Putain de merde !!!

Des boules robots s’approchaient d’eux. Plusieurs d’entre eux se tenaient devant les escaliers.

- Comment elles ont pu entrer ?! Nous bloquons toujours l’entrée ! Et elles ne peuvent pas être venues maintenant…

L’insecte et Yvelyne regardaient autour d’eux, cherchant comment sauver la jeune brune, sans trouver quoi que ce soit. Spontanément, l’enfant leva la tête vers la blonde, pendant que leurs ennemis l’encerclaient. Ses yeux étaient embués, elle posait sur sa compagne un regard à la fois suppliant et plein d’espoir.

- Merci pour tout, Yvelyne…

Lorsqu’une des boules robots toucha la brunette, elle soutenait son regard vers son amie, jusqu’au moment où elle tomba au sol. Figée, la blonde ne dit un mot, pendant que l’animal volait vers elle.

A côté d’Yvelyne, un mur s’abaissa. Par réflexe, elle s’en éloigna de quelques pas, surprise de ce qui venait de se produire. Un couloir métallique se présentait à elle, éclairé par des ampoules au plafond. Elle courut vers l’ouverture, suivie de l’insecte, tous deux poussés par l’espoir d’éviter ces monstruosités. A peine entrés dans ce couloir, ils entendirent le mur remonter derrière eux. La libellule se mit sur une épaule d’Yvelyne, voulant ainsi la consoler un peu, à défaut de trouver quoi lui dire. Un silence de mort régnait pendant les deux protagonistes, jusqu’au moment où l’animal posa à l’humaine cette question :

« Quel âge avez-vous ? »

- Soixante-treize ans. Et vous ?

« Trente et un. »

Ceux qui ne connaissent pas l’Esquisse s’étonnent sûrement d’une telle différence entre l’âge physique et mental d’Yvelyne, ou du nombre de coups de pieds à la biologie que donne le corps de l’insecte. Mais ces incongruités ont une explication simple. Elles font partie des fantaisies de ce monde, auxquelles on finit par s’habituer.

« Yveline, c’est ça ? Je m’appelle André. »

- Enchantée.

Ils redevinrent silencieux, ne sachant plus quoi dire. Yvelyne essayait de garder contenance. Mais au bout d’un moment, les larmes qu’elle retenait coulèrent sur ses joues :

- Elle est morte… La pauvre enfant…

Le Dessinateur ailé lui écrivit ces termes :

« Je suis désolé de ne pas l’avoir sauvée. »

- Non… Non, ne vous excusez pas. Qu’est-ce que vous auriez fait ?

« Je ne sais pas. Je n’ai rien trouvé. Mais je me demande s’il y avait moyen de la sauver. »

- André, n’allez pas regretter ce que vous n’aviez pu faire. Dans la vie, il faut se relever de nos échecs, ou de nos mauvaises expériences. Ne vous en faîtes pas pour moi. Je m’en remettrai.

Elle lui dit ces dernières paroles avec un sourire triste, lorsqu’ils firent face à des escaliers. Ils les montèrent ensembles. Ils entrèrent ensuite dans une grande salle. On dirait un dôme entier, avec plein d’ordinateurs. Même si cela leur parut bizarre, ils ne voulaient s’en préoccuper pour le moment. Yvelyne ouvrit de nouveau une porte, qui leur permit de sortir.

A l’extérieur, ils virent un dédale aux murs faits de cuivres, de haies ou de pain d’épice.

- Le Labyrinthe… Au moins, nous nous sommes éloignées de la Ville.

Ils se retournèrent. Le bâtiment leur apparaît comme ils l’avaient pensé à l’intérieur.

- Mais il n’y avait pas ce dôme avAAAA !!!

Le sol s’effondrant devant elle la fit détaler comme un lapin. Sur son épaule, André regardait ce qui se passait. Le dôme s’élevait de plus en plus. En réalité, c’était le sommet de ce qui ressemblait à une boule robot géante. Cette dernière fit quelques pas, en direction de la Ville.

Yvelyne arriva dans une forêt où les vêtements remplaçaient des fruits. Elle regarda André, et ils hochèrent tous deux la tête, comme s’ils se communiquaient la même idée. André s’envola de nouveau et décrocha des arbres les habits qu’ils y trouvaient. Yvelyne, quand à elle, noua entre eux les vêtements, formant ainsi un long ruban improvisé.

Ils tinrent chacun un côté du ruban. André volait le plus possible, jusqu’au moment où le ruban se tendait. Il se laissa entraîner par Yvelyne, qui courut avec la rapidité que son corps de jeune fille et des exercices réguliers lui permettaient d’atteindre. Tous deux s’approchaient de plus en plus du boule robot géant. Quelques secondes après qu’Yvelyne l’ait dépassé, André se remit au sol, en gardant le ruban tendu. Ainsi, ils firent un croche-pied au monstre, qui tomba à terre.

Les bras du robot remuaient. Il essayait de se lever. Mais la pluie tomba, ce qui provoqua en lui un court-circuit. Quand il se désactiva, les plus petites boules robots se désactivèrent dans la Ville.

Sous la pluie, Yvelyne s’inquiétait pour André, qui risquait de périr dans les gouttes. Mais lorsqu’elle le cherchait, elle ne le vit plus. Il semblait avoir disparu, comme il avait apparu dans leur salle secrète.

La moralité de cette histoire est très simple. Ne pestez plus contre la pluie, qui peut vous sauver la vie. Elle est surtout un bon remède contre une invasion de boules robots. Donc si ces monstruosités envahissent votre ville, faites la danse de la pluie.

Fin.


Texte n°3 - Alix (Eyerim)


Encore une journée paisiblement inconsistante dans cette Esquisse peinte aux couleurs de l’irraison…

Adossé à la terrasse du bar espace dans lequel j’avais rencontré Amundsen la première fois, je sirote mon T. Faute de thé et non de goût. La lumière nimbe les murs de la ville après une nuit de durée raisonnable et, touchons du bois, cette éclaircie semble vouloir durer pour une journée tout aussi correcte. Et sur cette fin de journée nimbée de rouge, j’admire tout simplement la vue.

Les discussions des autres clients, qui soufflent dans le vent des banalités et des secrets connus d’eux seuls. Les avions de papier volettent paresseusement, désœuvrés qu’ils sont loin des mains qui les ont libérés. Les enfants, riants et criant leurs joies et leurs bobos bientôt disparus. Les passants, parents, dont les épaules calmement s’apaisent sous ces rayons de bonheur, rappelé à la réalité par les écarts de leurs descendants. Un soleil dessiné glissant sur l’horizon pour faire place, je l’espère, à une nuit où flottent les songes. Atmosphère propice à la rêverie et aux souvenirs, je me mets à repenser à chez moi, thé à la main. Apparemment, je ne suis pas le seul : à défaut de nicotine, quelqu’un a sorti sa bulleuse qui crachote un flot de savon multicolore.

Plusieurs minutes s’écoulent, chipées qu’elles sont par la vue que nous croquons, sur le papier, dans nos têtes. Que voulez-vous ? Tout le monde ne sait pas tout faire. De l’ensemble aux détails, chaque chose en son temps. Des toits de feu, à la remontrance moralisatrice des enfants insouciants, aux bulles. Si belles bulles. Je crois apercevoir un reflet bleuté dans l’une, un doré dans l’autre. Mes yeux me glissent même les trais du bonheur dans une dernière. Toutes si semblables, et pourtant… Les détails, ces choses que l’on ne remarque que si l’on s’en donne la peine. Il faut du temps pour les voir, et le temps peu l’ont. Prenez ces éphémères que je ne cesse d’admirer depuis tout à l’heure : à peine soufflés, ils s’éparpillent au gré du vent avant de disparaître quelques secondes plus tard, pressés qu’ils étaient de vivre. Plic. Le son d’un instant qui s’efface, d’un souvenir qui s’endort. Souvenir d’un foyer, d’un premier baiser, d’une personne aimée plus fort que ce que la raison ne devrait tolérer… Ces débris de ces encres terrestres, je les admire, les comprends, les respectent. Me prend alors l’envie de remonter la piste, le flot de pensées qui m’assaillent, de connaître la personne à qui il appartient. Le bulleur.

Adossé contre sa chaise, un homme aux cheveux couleur de cendre et aux traits taillés par le temps. Il regarde, au-dehors, mais au-dedans surtout. Pipe longue à la main et long manteau de toile comme enveloppe, il rassemble ses moments jusqu’à n’en plus pouvoir. Il respire alors un grand coup et dans une gerbe de souvenirs colorés les libèrent sur le monde. Non pas qu’elles lui soient destinées, juste qu’elles doivent bien aller quelque part. Belles pensées teintées de regrets, souvenirs quotidiens poinçonnés d’envie, colère si fraternelle… Tant de lourds joyaux oh pourtant si chers. Sans même un regard échangé, je ne peux que me sentir proche de cet homme qui expire ses regrets. Pas qu’il se plaigne, c’est à peine si les passants le remarques, non, en ce moment, il ne fait que s’abandonner à son passé sous le couvert d’une soirée de repos bien méritée. Son attitude est une invitation à me glisser jusqu’à mon chez-moi, ce que je fais, calmement. Aujourd’hui, j’ai tout le temps du monde…
L’Angleterre, et son temps de pluie que je n’ai jamais rêvé de quitter longtemps. Londres avec ses passants à l’allure morose habituelle et ses touristes aux sourires irritants. Ce ciel gris à la cadence réglée comme celle d’une horloge. Ces journées tout aussi bien calibrées. Ce café noir de monde où l’on ne rêve que d’être seul. Ces feuilles de chou ennuyeuses qu’on lit pourtant. Ces amis tous plus idiotement drôles les uns que les autres. Ces projets irréalisables que l’on veut accomplir tout de même, ces ruelles pleines d’histoire, ce chez-moi, ce laboratoire, cette cheminée, ce livre, ce… ce… tout ça me manque terriblement. Je veux tout revoir : ce gris morose, ces rires moqueurs, ces bruits si familiers, ces pluies à répétions,… tout ça me manque terriblement.

L’homme à côté de moi vient de bouger et me tend sa pipe à savon. Aucun mot. Il ne me regarde même pas, ses yeux gris acier fixant l’horizon. Juste un geste sec. Il n’y a pas besoin de plus, on se comprend. J’accepte son présent et inspire un grand coup. Je sens comme de la fumée emplir mes poumons. Dans mes entrailles se mélangent cette substance et mes pensées enfuies. Un instant. Je me redresse. Je souffle une gerbe de souvenirs sur le monde en aucuns cas différente de celles du bulleur. Bleu, rouge, vert, chaleureux, triste, joyeux,… Je me sens plus léger, comme si tous les muscles de mon corps s’étaient dénoués, un peu.

Dans les lueurs rougeâtres de la fin de journée. Installé à la terrasse de ce bar espace. T à la main, rire et discussion dans les oreilles. Et bien que nous n’ayons pas échangé un mot, nous passâmes le reste du coucher de soleil assis côte à côte. Bullâmes tout notre saoul. Échangeâmes mille histoires et anecdotes en gerbes de passé. Nous qui nous sommes compris avons partagé nos vie sur fond de brièveté. Toi dont je ne connais même pas le nom, merci.

À mon ami d’un soir,
À nos histoires,
À nos regrets,
À nos souhaits,
À la lumière des bulles,

Plic.




Texte n°4 - Craboutcha (Sona)



Cette histoire commence sous la douce caresse d’une couverture de velours rouge. En soulevant celle-ci, l’on découvre un personnage gris, seul dans une case à la décoration sobre et monochrome. Tout est gris entre les quatre murs, si ce n’est le vêtement dans lequel s’est emmitouflé ce mystérieux protagoniste. La silhouette fait face à la seule fenêtre des lieux et semble songeuse, le regard porté au loin vers le ciel. À travers ce cadre, un vaste paysage coloré se dessine sous les yeux du spectateur : les contours des bâtiments de la Ville se détachent de l’horizon coloré de l’Esquisse. Si les habitants qui sont encore dans les rues sont particulièrement bruyants et agités, nombre de Dessinateurs sont terrés chez eux et, à l’instar du dessin face à sa fenêtre, ils ne sont plus que des ombres qui contemplent le monde changer le temps d’une journée. Pour eux tous, il s’agit réellement du calme avant la Tempête, certains racontant même que le ciel s’apprête à tomber sur leur tête…

En observant les cieux, c’est bel et bien l’impression que l’on peut se faire : l’habituelle aquarelle parme céleste ondule, gonfle et se met à couler sur les terres esquisséennes mais ce ne sont ni des gouttes, ni des flocons qui se précipitent vers les habitants de l’Esquisse mais de larges bulles aux reflets irisés qui flottent au gré des vents. Si leur arrivée est lente, elle n’en est pas moins inéluctable et nul ne sait ce qu’il adviendra de la Ville lorsqu’elle rencontrera le passage de ces Objets. Toujours coincé dans sa case, sous la couverture de velours, le gribouillis apprécie observer les couleurs formées par la lumière qui se diffracte dans ces orbes voguant dans l’atmosphère. S’il s’agit de son dernier jour sous les brises de l’Esquisse, alors il désire le passer à admirer ce tableau hors du commun un peu plus longtemps.

Plus le temps passe, et plus il songe à imiter les Objets volants : partir au loin, avancer sans réfléchir, sans se poser de questions, sans savoir où aller ni même s’en soucier. Ne pas se préoccuper des autres, ne pas penser à soi non plus. Se contenter d’exister, traverser le monde et faire irruption dans la vie d’autrui pour disparaître aussitôt. Les bulles elles ne s’interroge pas là-dessus, elles continuent d’avancer inexorablement vers la Ville, vers lui également. Certaines sont ridiculement petites, d’autres gigantesques et il s’imagine alors porté dans l’une d’elle. S’envoler et se perdre, voir le monde de là-haut, quitter les Dessinateurs, les Objets et partir en quête du soleil perdu de la voûte céleste. Après tout, il avait toujours été dans sa bulle, pourquoi ne pas l’être réellement ?
Toujours sous la couverture, toujours dans sa case, toujours entre ces quatre murs, il veut voir cet évènement de près mais n’ose aller plus loin, il n’ose franchir la ligne qui le sépare de ses rêves. Si ce n’est pas comme il l’espère ? Si cela s’avère décevant ? Si devenait quelque chose de pire de ce qu’il est actuellement ?

Ses doutes l’assombrissent plus qu’il ne l’est déjà et lui ont presque fait perdre la trace de la bulle la plus proche. Cette bulle, portée par un courant droit vers la vitre sur laquelle son visage est collé. Cette bulle, celle qui s’écrase contre la paroi transparente et disparaît dans un claquement sec. En un instant, Craboutcha avait traversé tant d’émotion. Hypnotisé par le spectacle il en avait même effacé les peurs les plus profondément encrées en lui. Il avait été émerveillé, attendri, étonné, surpris, déçu et pourtant ravi. La bulle de savon n’a pas brisé ses quelques rêves mais, en éclatant, a lavé les sombres pensées qu’il avait laissé échapper.

Ravi de s’en apercevoir, il se précipite à présent vers la poignée de la fenêtre pour l’ouvrir et se glisser dans l’embrasure. Assis sur le rebord, les pieds pendus dans le vide et le regard fier, Craboutcha se laisse pour la première fois savourer ce sentiment de liberté. Ses traits sont plus nets mais également un peu moins foncés. Le lâcher-prise lui plaît, tout comme la sensation grisante de défier la nature : il fait à présent face à la menace qui s’abat sur l’Esquisse et les bulles ne cessent de gonfler. Lorsque l’une d’entre elle arrive à nouveau face à lui. Alors qu’il n’a plus d’écran de verre derrière lequel se protéger de la menace météorologique, il ne frémit pas, il lève sa main, et pointe un doigt vers l’avant. Peu intimidée, la bulle ne cesse d’avancer vers lui et finit par percuter l’index du Dessinateur ; le coup de crayon surprend l’objet flottant non-identifié et ce dernier éclate au contact de la mine vengeresse, couvrant Craboutcha de savon.

La douche froide est désagréable et le savon ruisselle sur le corps de l’ombre à la fenêtre. Le liquide tombe à grosses gouttes au sol, formant une flaque noire au pied du mur sur lequel est perchée la silhouette à présent détrempée. La panique s’empare de lui : cette bulle entraine une part de noirceur au sol ; c’est son être qui se répand par terre. Il hésite à rentrer ou à descendre récupérer ce qui lui appartient. Il craint que d’autres bulles ne s’en prennent à lui maintenant qu’il est hors de son abri mais n’ose s’éloigner de cette partie de lui qui gise en bas.

Incapable de prendre une décision, il reste assis-là, sur son poste de guet, complètement catatonique. Une autre de ces bulles géantes aperçoit la proie facile et se précipite vers elle. En la voyant approcher, Craboutcha regrette : il regrette intensément de ne pas avoir eu le courage d’aller reprendre ce qui lui a été pris, il regrette de ne pas s’être protégé des agressions qu’il aurait pu ignorer et il regrette de ne pas avoir sur prendre de décision. Tout cela bouillonne dans sa tête et il voit défiler toutes les images des autres scénarios qui se seraient déroulés s’il avait agi autrement.

Il les voit… Il les voit encore mieux que d’habitude puisque toutes ces images ont complètement rempli la bulle qui passe par-dessus sa tête. Dedans, elles tournent et leur succession forme de courtes animations qui égaient cette bulle. Surpris, il ne peut que suivre la trajectoire du regard alors que la sphère désormais pleine continue son périple vers d’autres régions de l’Esquisse.

Une fois que cette dernière est trop petite pour qu’il ne puisse continuer à la regarder, c’est à nouveau la vue qu’il a depuis la fenêtre qu’il aperçoit. Les bulles sont de plus en plus grosses et nombreuses… En baissant les yeux, il voit à nouveau cette flaque noire à ses pieds et se dit qu’elle ne lui manque pas tant que ça : il est toujours lui-même, il est toujours Craboutcha et c’es sous ce nom qu’il s’apprête à signer son œuvre.
Il se redresse alors. Debout et en équilibre sur le rebord de cette fenêtre, prêt à affronter toutes les bulles qui se présentent devant lui. Il imprime dans chacune d’entre elle une part de ses doutes et de ses peurs, il vide sa tête pour remplir ces toiles vierges et les laisser ensuite voguer au loin. Peut-être que personne ne lira jamais ces bulles pensées et que ce journal restera intime à tout jamais, toutefois, dans la dernière d’entre-elle, il se plaît tout de même à écrire.

« Ce soir, j’ai presque retrouvé la parole,
Je sors enfin de ma bulle.

Craboutcha
»


Texte n°5 - Penrose (Kaoren)



« C’est rigoureusement impossible ! »

C’était clairement la voix de Peano qu’on devinait à travers la porte. De tous nos collègues, c’était lui qui avait eu le plus de mal à accepter cette histoire de bulles géantes ; c’était toute sa théorie des constances de l’instabilité qui s’effondrait.

Nous, on était encore dans le couloir, à attendre notre tour pour utiliser le télescope. Certains plus que les autres, d’ailleurs ; on voyait Hubble qui frémissait d’impatience, et racontait à qui voulait l’entendre son grand projet d’envoyer des détecteurs à même le Ciel par l’intermédiaire de ces bulles. À côté de lui, Hutton, son rival de toujours, s’offusquait de cette idée, arguant qu’il fallait au contraire en conserver un maximum pour étudier tout ce qu’elles auraient pu garder de leur passage dans le Ciel. De fil en aiguille, beaucoup d’entre nous avaient rejoint le débat, ne serait-ce que pour faire passer le temps. Moi, comme à mon habitude, j’écoutais en rêvassant.

Quand la porte s’ouvrit finalement, on put enfin découvrir l’étendue des dégâts que cette histoire avait laissés sur Peano ; il tenait à peine debout, et il fallut que ses collègues l’assistent pour l’emmener hors de cette pièce où ses plus fermes convictions avaient trouvé leur fin. J’avais de la peine pour lui. Ses théories avaient été une grande source d’inspiration et d’admiration pour moi ; elles étaient minutieuses, rigoureuses, et si profondément belles qu’on peinait à trouver ne serait-ce que la volonté de les remettre en question. Mais en ce jour, sa plus grande œuvre s’effondrait, gangrenée dans ses fondements par l’apparition de l’un des seuls phénomènes dont elle prédisait rigoureusement l’inexistence : des bulles tombées du Ciel. Même aux yeux de ses collègues qui défendaient fervemment des théories concurrentes, c’était une tragédie. Le grand Peano, l’incontournable Peano, l’un des noms les plus éminents de la Scyance moderne, humilié par un caprice de l’Esquisse.

Tout le monde était devenu silencieux devant ce géant qui boitait devant nous. En guise de respect, on vit Langevin demander à fermer les stores, pour cacher à sa vue les bulles qu’on commençait à voir par les fenêtres. Ceux d’entre nous qui ne s’étaient pas rués dans la salle d’observation aussitôt qu’elle s’était libérée s’attelèrent chacun à tourner une manivelle ou à allumer un néon, et en quelques instants, l’ambiance avait totalement changé. Le Ciel n’entrait plus dans le couloir, et nous n’étions plus éclairés que par quelques bandes lumineuses aux couleurs arbitraires. Sur la face de Peano, des tons rouges, verts, dorés et turquoises se glissaient les uns sur les autres à mesure qu’il s’éloignait de nous. Il en ressortait une drôle d’aura, à la fois magique et désolée ; la lumière s’estompait progressivement sur son visage, et chacun de ses pas semblait se faire attendre plus longtemps que le précédent. C’était à peine si l’on osait respirer, de peur de perturber l’instant où il frapperait le sol.

Même après qu’il eut entièrement disparu, les conversations peinèrent à redémarrer. Avec Hubble qui avait filé dans la salle d’observation, son débat avec Hutton trouva peu de bonnes volontés pour le reprendre, et tous les autres sujets de discussion semblaient devenus impertinents. Au final, c’est la vieille Montalcini qui brisa le silence, en nous prodiguant un bref discours sur la Scyance et les échecs qu’elle est inexorablement destinée à subir. Peu l’écoutèrent vraiment, et même moi n’y pus vraiment prétendre, mais l’ambiance s’allégea en conséquence : on releva les stores, et l’on recommença doucement à disserter sur toute cette histoire.

Langevin m’invita à le suivre dehors avec quelques collègues, ce que j’acceptai placidement ; pour tout dire, je n’étais pas pressée d’aller regarder dans cette lunette qui venait d’anéantir l’un de mes homologues les plus estimés. Sans doute avais-je besoin d’air, moi aussi.

À l’extérieur, les bulles devenaient de plus en plus visibles ; au bas mot, elles avaient doublé en taille depuis la dernière fois que je les avais vues par la fenêtre. Quant à Peano, que l’on apercevait prostré sur un transat, il me sembla plus petit que jamais. Ses plus fervents frères d’armes s’étaient enfin décidés à sortir le consoler, et se tenaient à son chevet en lui prodiguant des paroles dont nous n’entendions pas grand-chose, mais sa mine déconfite suffisait à nous montrer qu’elles n’arrivaient à rien. Moser, qui était sortie avec nous, osa d’ailleurs faire remarquer qu’elle ne l’avait jamais vu si calme. Ça ne m'avait pas encore frappée, mais c'était vrai. En temps normal, il avait un caractère plus enflammé, même devant la défaite ; il ne perdait jamais un débat sans déverser ensuite toute sa frustration sur le malheureux le plus proche. Cette fois, quelque chose semblait réellement mort en lui.

Langevin proposa vivement que l'on change de sujet, mais je n'arrivais plus vraiment à penser à autre chose. Je commençais à me demander comment j'aurais moi-même réagi si je m'étais trouvée à la place du pauvre Peano. Bien sûr, j'ai toujours vanté l'acceptation de l'échec comme la vertu la plus importante d'un Cyantifique, et je m'étais jusqu'alors toujours targuée d'être prête à supporter que ma théorie la plus importante pût se trouver entièrement réfutée du jour au lendemain. Mais lui aussi.

Si j'allais tâter le Ciel avec un détecteur, pour m'assurer de sa hauteur et de sa composition, supporterais-je d'apprendre combien il serait différent de ce que j'en avais prédit ? À chaque nouveau mètre que descendaient les bulles, c'était la question qui me revenait. Mes collègues enchaînaient de nouveau les sujets de discussion et de débat, mais impossible de me concentrer dessus ; il y avait quelque chose dans ces bulles de plus grand que toutes les découvertes qui s'offraient à la Scyance.

Quand Hubble sortit nous rejoindre, l'ambiance prit encore un autre tour : il avait manifestement tout raté du choc de Peano pendant son séjour dans la salle d'observation, ou alors ses folles ambitions l'avaient bien plus vite repris que les miennes ; en tout cas, son humeur n'était déjà plus celle du moment. Il n'avait plus que ses détecteurs volants en tête.

Comme il me voyait à l'écart de la conversation, à contempler le Ciel aux côtés de Moser qui contemplait Peano, Hubble vint m'aborder dès qu'il le put ; il savait pertinemment que de tous les chercheurs ici présents, j'étais celle qui trouverait le plus de raisons d'envoyer des sondes au plus près de la voûte. Il me fit tout un exposé sur les propriétés des bulles et la possibilité qu'elles constituent des boucliers contre l'incohérence massive du Ciel d'Esquisse, qui permettraient à nos instruments d'y prendre des mesures cohérentes. Il n'avait encore aucun plan sur la façon de les introduire à l'intérieur des bulles sans les éclater, et j'étais loin d'avoir bâti tous les instruments que j'aurais aimé envoyer là-haut, mais c'étaient encore trop peu d'obstacles pour arrêter deux optimistes aguerris tels que nous. Si quelque chose devait nous freiner dans notre élan, c'en était une autre.

Les bulles grossissaient désormais à vue d'œil ; elles étaient proches de se déverser sur la Ville et ses environs. C'était sans doute une question de minutes, peut-être de secondes. Tout le monde commençait à sortir pour les observer au plus près, il n'était déjà plus besoin d'un télescope. À mesure qu'elles descendaient, les discussions s'intensifiaient, et certains de mes collègues préparaient leurs divers instruments pour mesurer un maximum de données. On ne vit d'ailleurs personne se mettre à l'abri par sécurité ; l'occasion était trop unique pour faire preuve de prudence.

Hubble m'attrapa doucement par la manche, avec une désinvolture que je ne lui connaissais pas encore. En regardant dans sa direction, je constatai qu'il avait tiré celle de Moser de la même façon. Il n'eut pas besoin de préciser sa pensée ; je partageais déjà les ambitions dont il voulait me faire part, et Moser les avait devinées sans mal :

On allait toucher le Ciel d'Esquisse.

L'excitation nous gagnait, tous autant que nous étions. L'inquiétude, aussi. À vrai dire, Moser montra même un pas de recul ; l'ivresse de l'instant n'avait pas suffi à lui faire oublier le risque de connaître ce qu'avait connu Peano. D'autres l'imitèrent, dont Langevin et moi-même.

À mesure que nous découvrions toute l'immensité des bulles qui nous surplombaient, nous nous rendions compte de tout ce qu'elles représentaient pour nous. C'était un don du Ciel, et nous en mesurions les conséquences bien plus que toute autre donnée qu'il pût nous prodiguer. Mais nous n'en eûmes pas tous la même mesure :

Hubble l'accepta. Il cessa d'attendre nos réponses, et partit rejoindre ceux qui commençaient à capturer des bulles sur le toit, avec la ferme intention de faire rentrer des choses dedans.

Moser le refusa. Elle partit rejoindre Peano, que ses collègues avaient abandonné pour partir eux-mêmes à la chasse aux bulles. Quoi qu'elle lui ait dit ce jour-là, cela sembla le revigorer mieux que toutes les consolations qu'on lui avait servies jusqu'alors.

Langevin refusa lui aussi ; il avait toujours montré peu d'intérêt à étudier ce que tout le monde étudiait. Hutton accepta, bien évidemment. Montalcini accepta. Bravais accepta. Leibniz refusa. Bogolyubov accepta.

Penrose accepta.
Stilgar
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Voix d'Esquisse
Ven 3 Sep - 1:40

Finalement, les Bulles ne seront restées qu’un jour en Ville.

Encore vives à la tombée de la nuit, on raconte qu’elles se sont peu à peu envolées au loin, ne laissant derrière elle que quelques flaques colorées, transparentes - ou parfois noires.

Et pourtant.

Aujourd’hui encore, le mystère qui les accompagne ne cesse d’alimenter les discussions. Si certains continuent de chercher l’origine d’un tel phénomène, d’autres anticipent déjà un retour prochain des bulles, ou bien prétendent qu’il en resterait encore, qui erreraient dans les bas-fonds de la Ville sans trouver leur chemin. Quelques voix, populaires auprès des complotistes et des enfants, ne démordent pas de l’hypothèse d’une catastrophe naturelle, sinon écologique, ou profitent de la nouvelle audience pour diffuser de fausses légendes. C’est finalement dans une pluie de récits à la vérité discutable que se distillera ce bref épisode, dont on ne sera un jour plus sûr qu’il a réellement existé.

*

«... Et un jour, les bulles reviendrons, sauf que ce sera différent. La situation sera telle qu’on décidera d’appeler une sorte de robot du futur pour régler le problème à notre place !
- C’est complètement con.
- Non, mais juste, imagine. C’est un robot qui viendrait d’une sorte de dimension parallèle de l’Esquisse, mais une dimension qui aurait mal tourné, et...
- Et j’imagine qu’il finirait par s’allier à la libellule trouvée dans le sous-sol ?
- Vos boissons.
- Merci. Alors, justement, c’est ce qui se passera au début, mais très vite, on apprendra que... »

Le serveur hoche la tête et se déplace lentement vers le comptoir, pour chercher les prochaines boissons. Comme d’habitude, les discussions vont bon train. À peine deux tables plus loin, ce sont deux cyantifiques qui ont délaissé leur K-K-O encore chaud au profit d’un débat houleux sur les résultats de leur dernière expérience et sur les déboires d’un certain Hubble. Ils y resteront jusqu’à la fermeture, ou jusqu’à ce que la gérante se rende compte qu’ils occupent les lieux sans avoir consommé quoi que ce soit depuis belle lurette. Non loin d’eux, une probable cy-anti fait semblant de lire un journal, mais prend des notes discrètement sur un petit carnet - après tout, tant qu’elle boit quelque chose, ses activités ne dérangent personne.

Après avoir récupéré ce qu’il lui faut, l’homme s’avance, plateau en main, vers la terrasse. Il y fait relativement froid, et seule une petite silhouette a décidé de s’y installer.

« Votre T. »

Sitôt son devoir accompli, le serveur se retire discrètement, laissant cet étrange chat en costume savourer son breuvage habituel.

Derrière lui, de discrètes bulles s'envolent vers l'horizon.


(sans texte )




Félicitations à Eyerim qui gagne ce concours ! À l'image du 1er concours, qui avait sacré son gagnant Roi des Gelées, te voilà en possession de l'objet-même qui semble avoir généré ces bulles après avoir assassiné son propriétaire et volé son bien le plus précieux pour une raison quelconque. Où que tu ailles, s'il te prend un moment de nostalgie,  tu pourras te perdre dans quelque reflet esquisséen et au passage faire paniquer la moitié de la Ville...

Merci également à tous les autres participants, ça a déjà été dit mais vous avez tous géré. Vos histoires ont toutes laissé leur marque, que ce soit directement (pour les textes "canon") ou à travers quelques songes et légendes urbaines (pour les autres), et contribuent elles aussi à écrire l'histoire de cet event ce qui ne veut absolument pas dire que vous avez été exploités pour créer un event à notre place, je précise, peut-êêêtre qu'on fait ça parfois mais on est honnêtes quand c'est le cas ! enfin en règle générale.

Au plaisir de vous retrouver pour une prochaine animation !
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