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Bureau d'étude des Tempêtes (ex bureau sombre)

Folie d'Esquisse
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Folie d'Esquisse
Mer 6 Avr - 22:15

Bureau d'étude des Tempêtes



Cette porte donne sur un autre petit bureau, plus meublé que celui qui se trouve à deux ouvertures d'ici. Et surtout plus bordélique, au regard des babioles, des sachets vides et des feuilles en vrac qui en masqueraient presque le beige de la table qui se trouve en-dessous, ce malgré la présence de petites armoires contre le mur, derrière le bureau. Les pauvres semblent déborder de feuilles, de classeurs et d'objets qui n'ont sans doute rien à faire dans un tel endroit.

Au Jour 24, la pièce était faiblement éclairée, mais les actions d'un certain électricien ont permis de faire la lumière sur ce bureau, dont la véritable fonction est devenue plus évidente.

Etat de la fouille : Entamée.
Objets découverts : Théorie des Agitations, Relevés météo
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Mar 10 Mai - 22:45
    En passant la porte ouverte par Kaoren, j’entends un peu vaguement des voix. Parmi elles, celle de Crevette qui râle, pour changer. Dans le bureau, je cherche son interrupteur, et après l’avoir trouvé, j’appuie dessus. La lumière s’allume dans la pièce, dévoilant le bazar encore présent. C’est bien le bureau où j’ai réparé les ampoules. Apparemment, c’est aussi une salle où on étudie la météo de l’Esquisse. On va donc y apprendre plus sur elle, et notamment sur les Tempêtes.
    Je me tourne vers Kaoren et lui écris :
    « Si tu es d’accord, Kaoren, je te propose de fouiller le bureau pour y chercher des informations sur les Tempêtes. »
    En écrivant ce dernier mot, il me vient à l’esprit que je ne suis pas certain de ce qu’elles sont exactement. Même si Isolde en a parlé, je trouve qu’elle a donné trop peu d’informations à leur sujet dans son discours. Elle a sans doute fait un bilan de ce qu’elle et la plupart des Dessinateurs ont appris sur elles. Cependant, je ne sais pas grand-chose sur elles hormis ce qu’Isolde a dit dans son discours.
     J’ajoute alors avec embarras :
    « Excuse-moi, Kaoren, mais même si Isolde a parlé des Tempêtes, je ne suis pas sûr d’avoir compris ce qu’elles sont. »
    J’hésite à lui demander des explications à leur sujet. Il sait sans doute mieux que moi ce que sont les Tempêtes mais je crains que sa réponse ne soit pas claire.
    Bon, il ne coûte rien de tenter de l’interroger dessus :
    « Je crois que tu es dans l’Esquisse depuis plus longtemps que moi. Qu’est-ce que tu sais des Tempêtes ? »

Résumé:
Kaoren
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Kaoren
Lun 23 Mai - 8:43
Vient des couloirs


La réponse à sa dernière question n’aura pas tardé : Kaoren est ici pour faire acte de ses connaissances sur les Tempêtes. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard, s’il a été invité à monter dans ce bureau en particulier. Dans un autre, Kaoren n’aurait rien eu de plus à partager que ce que sait tout un chacun. Peut-être aurait-il eu une réplique un peu plus personnelle, à une occasion précise : on lui aurait montré un annuaire local, l’aurait interrogé sur la question de la bureaucratie cyantifique, il aurait eu un commentaire sur la vanité qui l’enrobe. Mais ici, il peut dire ce que peu d’autres pourraient ; la question des Tempêtes est proche de lui, tellement proche qu’il en a pu ressentir le souffle jusque dans ses vêtements et ses cheveux.

Après avoir lu le carnet d’André, Kaoren se prépare donc à sa réponse. Il tire une chaise à proximité et s’installe dessus, pour suggérer que son explication sera longue, puis il prend une lente inspiration, et commence enfin d’une voix posée :

« Les Tempêtes sont l’ultime argument de l’Esquisse. Elle aime faire changer les choses à sa guise : tu la verras souvent faire s’envoler un crayon, changer de couleur une pomme, créer des chimères dont aucun mythologue ne voudrait entendre parler. Mais parfois, c’est une scène entière qu’elle a besoin de redécorer. Alors, comme lorsque l’intrigue d’une pièce de théâtre doit subitement prendre une nouvelle direction, elle fait fi de tout souci de cohérence, et laisse descendre sur scène les divinités cachées dans sa machinerie. »

Ce disant, Kaoren mime avec ses bras la descente d’une cage suspendue. Puis il marque un bref instant de silence, regardant dans les yeux cette divinité qu’il semble venir d’invoquer, avant de reprendre :

« Alors viennent les Tempêtes. Elles sont autant de coups de gomme que de coups de crayons, corrigeant d’un élan effréné toute chose se tenant sur leur passage, et ayant le malheur de ne pas plaire à l’Esquisse. Pendant quelques instants, parfois quelques minutes, peut-être même plus longtemps quand le sujet est délicat, plus rien n’a alors vraiment de sens ; là où elles frappent, on ne peut vraiment dire ce qu’on voit. Pareille au renard, on ne regarde pas la Tempête qui passe, mais on la regarde quand elle est passée. Et quand elle est passée, c’est un décor nouveau qui atteste de son passage. »

La plupart de ces informations ne lui viennent que d’ouï-dires, lui qui n’a vu de ses yeux qu’une Tempête inoffensive. Mais depuis qu’elle a déferlé devant lui, c’est comme s’il y avait tout vu, comme s’il avait lui-même été frappé de plein fouet. Alors il se permet de parler comme s’il savait ce que c’est, d’être changé à jamais par une Tempête.

De fait, son exposé pourrait s’arrêter là, mais il a encore quelque chose à ajouter : comme à ceux qui l’ont si mal écouté hier, il veut détailler ce qu’il a vu. André l’écouterait ; c’est pour ça qu’il est là. C’est même probablement pour ça que Kaoren est lui-même présent.

« Je ne prétends pas connaître les raisons qui peuvent pousser l’Esquisse à vouloir corriger les choses ; peu de gens le peuvent, et la plupart d’entre nous se contente d’observer les Tempêtes en conjecturant sur leurs causes. Mais les Cyantifiques en savent plus que nous. »

Il adopte un air plus sérieux.

« Je les ai vus, de mes yeux vus, invoquer une Tempête derrière le Laboratoire. Ils s’y sont pris en rassemblant des objets divers, d’apparence banale, bien plus que ce à quoi cet univers nous habitue. Sans doute était-ce une provocation, un appel à ce que l’Esquisse vienne corriger ces choses dont la banalité lui déplaisait. Tel Escamillo agitant son foulard pour défier le taureau, ils jouent avec le danger qui leur fait face, certainement sans se douter que le destin pourrait frapper d’ailleurs. »

Neutralité n’est plus et n’a jamais été le mot d’ordre ; Kaoren ne cherche pas à influencer André, trop fidèle à son rôle de témoin, mais il ne doute pas un seul instant de l’hybris des Cyantifiques, ni du sort que l’Esquisse leur réserve. Il appelle un chat un chat, un chien un chien, et une bande d’inconscients une bande d’inconscients. Loin de son confident de cuivre, il ne réfléchit plus vraiment à ses jugements ; ses propos sont directs et certains, pareils à ceux du professeur qu’il a été dans une autre vie.

Car c’est aussi cela que c’est, Kaoren. Entre tous les masques qu’il s’accorde régulièrement le devoir de porter, il en est un qui porte le même nom que lui, ou presque. C’est celui d’un Kaoren passé, dont il a oublié bien des traits, mais dont l’Esquisse se les rappelle sans doute tous. Son personnage exige une certaine continuité, d’hier à aujourd’hui, et c’est dans son nouveau discours qu’il la trouvera.

Alors, l’exposé ayant pris fin, il fait maintenant silence ; il croise les jambes, s’adosse sur sa chaise, et se montre ouvert aux nouvelles questions que pourrait lui poser son compagnon. Il se montre encore comme ce professeur aux vérités de prophète, que l’on viendra interroger chaque fois que la pièce prendra un nouveau tour, pour mieux en exprimer les enjeux. Car c’est aussi cela que c’est, Kaoren.


Résumé:


Dernière édition par Kaoren le Lun 4 Juil - 10:13, édité 1 fois


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Ven 27 Mai - 12:28
Kaoren tire une chaise à proximité et s’y assoit. Je sens alors que son explication va être longue, donc je me prépare à l’écouter et à prendre des notes. Il inspire longuement et commence à parler d’une voix posée.

Des changements se font dans l’Esquisse. Vu ma nouvelle forme et ce que j’ai observé dans l’observatoire, ce n’est pas moi qui vais le contredire. Parfois, c’est un lieu qui change. Avec les personnes qui s’y trouvent ? Quand Kaoren fait référence au deus ex machina, je me demande si c’est juste une métaphore ou s’il croit en l’existence des divinités qu’il évoque. On ne sait jamais, avec lui. Mais peu importe ce qu’il croit, via cette image je crois comprendre que les Tempêtes effectuent une modification d’un lieu. Kaoren me confirme cette idée par de nouvelles images. Pendant que les Tempêtes opèrent, plus rien n’a de sens dans le lieu qu’elles modifient. Quand elles ont fini, on voit un nouveau décor du lieu qu’elles ont changé. Il semblerait qu’on ne parle pas des mêmes tempêtes que sur Terre. Certes, les tempêtes terrestres altèrent aussi le paysage, mais je ne pense pas qu’on parlerait de coups de crayons et de gommes pour décrire ce qu’elles font.

Il ajoute ensuite que les Cyantifiques en savent davantage que nous. Je trouve d’abord cette affirmation trop évidente, mais en le voyant prendre un air sérieux, je comprends qu’il veut dire autre chose. En effet, il déclare les avoir vus provoquer une Tempête derrière le laboratoire en rassemblant divers objets d’apparence banale. Par les jugements qu’il fait de cet acte, je comprends qu’il ne porte pas ces personnes dans son cœur. Après son témoignage, il croise les jambes et s’adosse sur sa chaise, ouvert aux questions que je pourrais lui poser.

Concernant ce témoignage, je me demande s’il est véridique. Je ne le soupçonne pas de me mentir, mais vu sa folie, il est possible qu’il ait inventé cette histoire en la croyant vraie. Même s’il y a une part de vraie, il peut aussi avoir mal interprété ce qui se passe. Ses souvenirs peuvent aussi être déformés. On n’a pas besoin d’être fou pour que cela se produise, c’est d’ailleurs pour cette raison que les témoignages sont des preuves faibles. J’aimerais bien savoir s’il avait été accompagné, car s’il l’était, cette personne pourrait m’éclairer là-dessus. Je pourrais aussi demander aux Cyantifiques mais je suis moins sûr que ce soit une bonne idée car si c’est vrai et s’ils ont intérêt à le cacher, ils préféreront me mentir.

Si ce que Kaoren m’a raconté s’est réellement produit, alors cela soulève plusieurs questions. Pourquoi ont-ils fait ça ? Je crois qu’ils ont fait une expérience, mais pour observer quoi ? Dans quel but ? Je crois comprendre que Kaoren n’était pas au courant de cette expérience avant d’y assister. Est-ce qu’ils avaient prévenu les autres occupants du laboratoire de ce qu’ils feraient ? Si non, je trouve ça imprudent voire inconsidéré de leur part. A tout moment, un Dessinateur aurait pu se rendre derrière le laboratoire et altérer l’expérience, voire devenir une victime de la Tempête. Quand j’y pense, est-ce que les Cyantifiques contrôlaient cette Tempête ?

Après avoir réfléchi à mes questions sur ce qu’il m’a dit, je les marque sur mon carnet :

« Tu as dit que les Tempêtes modifient le décor d’un lieu. Est-ce qu’elles modifient aussi les personnes et créatures qui se trouvent dans ce lieu ? Et concernant ton témoignage, quand ça s’est produit, est-ce que tu étais avec une autre personne ? Aussi, quels objets les Cyantifiques ont utilisés, exactement ? Et comment les ont-ils utilisés pour provoquer une Tempête ? Enfin, quand ils l’ont déclenchée, qu’est-ce qui s’est passé, ensuite ? »

Une minute, qui sont les Cyantifiques, exactement ? J’ai cru comprendre que l’homme étrange aux cheveux bleus et l’homme musclé vu dans les couloirs en font partie, mais je ne connais même pas leur nom. J’ajoute une autre question :

« Aussi, qui sont les membres du groupe des Cyantifiques ? »

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Kaoren
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Kaoren
Lun 4 Juil - 18:08


Les questions fusent sur cet innocent morceau de papier. Elles demandent des précisions, des détails dont beaucoup ne semblent pas revêtir une grande importance ; faut-il bien rappeler tout ce qui s’est déroulé la veille, et que ce public ineffable qui les guette a déjà sciemment observé ? On ne parviendra qu’à le lasser. Peut-être quelques mots seront-ils de circonstances, à l’attention des spectateurs moins réguliers qui vont et viennent au cours de la représentation, ainsi qu'on le fit si longtemps ; après tout, l’Esquisse relève d’un théâtre bien populaire, comme l’ont montré tous les signes qu’elle lui a adressés à ce jour. Mais il ne se perdra pas en longues tirades.

Une par une, le regard hésitant, il détaille les interrogations sur la page du carnet, réfléchissant à l’ordre dans lequel il veut y répondre. L’audience ne peut les lire, peu lui chaut qu’elles soient présentées dans le désordre ; Kaoren cherche seulement à donner plus d’impact à son discours en réservant les questions les plus conséquentes pour la fin.

« Oui, commence-t-il enfin sans trop savoir ce à quoi il acquiesce. Il y avait cinq Cyantifiques : Hertz, le patient, Watt, le colérique, Watson, l’égaré, Curie, la taciturne, et Dalton, le guilleret. Manquaient Wilkins, l’imprévisible, et Averroès, le robuste. »
Chacun y va de son épithète : Kaoren tente de décrire le groupe aussi expressément que possible pour se focaliser sur les sujets qu’il considère plus sérieux.
« Ils avaient rassemblé des objets de toutes natures – des meubles, des outils, ou des vêtements – autour d’un petit arbrisseau, aux feuilles aussi vertes que le manteau d’Al Khadir. Nous étions deux à les observer, mais la déflagration est survenue avant que l’un ou l’autre d’entre nous ne parvienne à distinguer un geste anormal qui pût la provoquer. J’en remercie parfois le Ciel, je ne sais pas comment je pourrais vivre avec un tel savoir sur la conscience. »

Pour sûr, le pouvoir d’incanter la fureur des Tempêtes est de ceux dont Kaoren se passerait bien. Depuis qu’il a commencé à encrer les traits de son personnage, la tentation de l’outrepasser s’est faite chaque instant plus forte. S’il pouvait à sa guise bouleverser le synopsis de toute la pièce, à chaque écart qu’il lui prendrait de vouloir corriger, le conseiller des hommes pourrait bien devenir le fléau des dieux, ou s’effacer lui-même dans un ultime élan de vanité.

« Car les Tempêtes changent les hommes comme elles changent les terres. De la même façon qu’à l’entrée de l’Esquisse, on peut se découvrir un personnage nouveau à la sortie d’une Tempête. Le mien n’a été qu’une infime variation sur un thème imposé depuis longtemps, mais certains en ressortent entièrement renouvelés. Toi qui te présentes sous les traits d’une modeste libellule aujourd’hui, tu pourrais en ressortir sous ceux d’un immense léviathan demain. »

Il se tait sur cette ultime déclaration. Toutes les questions ont été traitées, et la balle renvoyée à André, car c’est lui qu'elle concerne. Toujours assis sur sa chaise grossière, trône de celui qui n’en réclame aucun, il attend que son compagnon reprenne le bâton.


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Ven 8 Juil - 13:30
    Kaoren parcourt mon carnet d’un regard hésitant. Je reste les yeux rivés sur lui, en l’attente de sa réponse.
    Après un bon moment de silence, il me répond enfin. En commençant par les cyantifiques… D’accord… Je commence à prendre des notes. En l’écoutant et en notant ce qu’il dit, je me rends compte qu’ils portent tous le nom d’un scientifique terrien. Pourquoi font-ils cela ? Serait-ce pour rendre hommage aux scientifiques terriens dont ils portent le nom ? Je poserai plus tard ces questions à l’un d’eux, si j’arrive à le reconnaître, ce qui n’est pas gagné avec cette manière dont Kaoren m’en parle. Je ne pense pas qu’un nom et une épithète pour chacun suffiraient à en identifier un seul.
    Il me décrit ensuite ce que les cyantifiques ont fait pour provoquer une Tempête. Ils ont rassemblé des meubles, des outils, des vêtements autour d’un petit arbrisseau. Je me demande comment ces objets entourant ce végétal ont pu au moins aider à déclencher cette Tempête. Il dit brièvement qu’ils étaient deux à en être témoins, sans toutefois me dire qui est l’autre personne, pour me préciser ensuite qu’ils n’ont pas pu voir un geste anormal qui aurait pu provoquer la Tempête.
    Il m’affirme ensuite que les Tempêtes changent les hommes comme elles changent les terres, en les comparant à l’entrée dans l’Esquisse. Là, j’ai du mal à voir s’il le dit au sens littéral ou imagé, mais je le vérifierai plus tard. Je comprends moins ses paroles suivantes. A-t-il été dans une Tempête, pour me parler ainsi de lui-même ? Et ce qu’il dit après, est-ce une métaphore ?
    Quand il a fini, je le regarde un bon moment, essayant de digérer sa réponse. Je tente ensuite de consulter mes notes. Il a comparé le changement des hommes à leur sortie d’une Tempête à celui auquel ils ont eu droit à leur entrée dans l’Esquisse, comme si on avait affaire au même phénomène. J’ai cette forme de grosse libellule depuis que je suis dans ce monde. En fin de compte, je ne crois pas qu’il ait parlé de ce genre de changement au sens métaphorique. Par contre, je me demande encore si Kaoren a été pris dans une Tempête qui lui aurait donné ce corps d’adolescent, ou peut-être cette folie.
    Je réfléchis aux autres questions que je pourrais lui poser. J’en ai sur l’identité des cyantifiques, mais vu sa réponse à ma question là-dessus, ce sujet n’a pas l’air de beaucoup l’intéresser. Celui concernant l’autre témoin du phénomène qu’il m’a raconté semble avoir le même souci. Le problème, c’est que j’aimerais entendre la version de cette personne, pour pouvoir démêler le vrai du faux dans ce que m’a dit Kaoren… En espérant que l’autre témoin ne soit pas aussi fou. Je pourrais aussi demander aux cyantifiques de m’en dire plus, mais je crains qu’ils refusent de m’en parler ou me le nient même si c’était vrai.
    Je décide de lui faire part de ces interrogations :
    « Tu m’as dit avoir été deux à assister à ce phénomène. Qui est l’autre témoin ? Je me pose aussi des questions à ton sujet, mais je crains qu’elles soient indélicates et indiscrètes. Si tu ne veux pas y répondre, tu peux me le dire. Est-ce que tu as été pris dans une Tempête ? Si oui, est-ce cette Tempête qui t’a donné cette forme ? Aussi, tu m’as dit que ton personnage n’a été qu’une infime variation d’un thème imposé depuis longtemps. Quel est ce thème, exactement ? »
    Une autre question me vient. Sans réfléchir, je la marque sur mon carnet :
    « Et qui tu étais, avant d’arriver ici ? »
    Je réalise que j’ai dérivé. Je voulais l’interroger sur les Tempêtes, je me retrouve à le questionner sur lui-même. Mais depuis son dernier discours, ces questions à son sujet me taraudent l’esprit, et je pense qu’on a encore le temps d’en parler. Je décide donc de les garder.
    Je lui montre enfin ce que j’ai écrit.

Notes:
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Kaoren
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Kaoren
Lun 8 Aoû - 8:51
À nouveau, Kaoren étudie la page du carnet sans dire un mot, relevant une par une les questions et les informations qui lui sont adressées. Le silence se fait long, bien plus de secondes s’écoulent qu’il n’en faut pour lire cette petite feuille ; depuis déjà quelques instants, ce n’est plus la lecture qui occupe l’esprit du garçon, mais la lente réflexion qu’elle lui inspire. Toutes ces interrogations, banales en apparence, portent sur le sujet sur lequel Kaoren a coursé le plus de doutes : lui-même. Si les réponses qu’il a données à André jusqu’ici se souciaient peu d’être justes et précises, celles qu’il s’apprête à lui présenter maintenant pèsent bien plus lourd sur sa langue. Il les forge, les façonne et les aiguise depuis hier soir, après en avoir trimballé le minerai brut pendant dix jours, et il ne se permettra pas, à ce stade de l’intrigue où son personnage se révèle, d’ y laisser une seule aspérité.

Avant toute chose, il se débarrasse de la question concernant sa compagnonne ; ce n’est pas qu’elle manque d’importance à ses yeux – bien loin de là –, mais il ne sait pas comment la concilier avec les autres. Il choisit de la traiter comme un sujet à part entière :

« À mes côtés, il y avait Alev ; cette jeune femme montrait un courage et une droiture que peu ici savent égaler, et qu’aucune des Tempêtes qu’elle a traversées n’a jamais su briser. Au contraire, quand nous avons bravé les Cyantifiques à la fin du cataclysme, elle leur fit face avec la sévérité de Gilgamesh au devant d’Ištar. Si les Tempêtes l’ont changée, ce n’est qu’en attisant encore l’aversion qu’elle leur vouait, ainsi qu’à ceux qui les provoquent. »

Kaoren se permet ce petit hommage à celle qui l’avait accompagné hier, à la même heure, et dont le panache avait sans doute inspiré une grande partie de la tirade qu’il avait adressée aux Cyantifiques. C’est à ses côtés, pour la première fois depuis des jours, qu’il a daigné jouer sur le devant de la scène, plutôt que d’aller affronter des araignées dans des recoins sombres où l’héroïsme n’est rien. Et puis…

« C’est à elle que l’on doit d’avoir vu Cyantifiques et Dessinateurs se rassembler hier où leur assemblée s’est tenue. Sans la sagesse et la tempérance dont elle a fait preuve, j’aurais brûlé d’un coup de sang les graines de cette entente. Car moi… »

C’est l’instant qu’il choisit pour répondre à toutes les questions d’André qui le concernent personnellement. Il prend encore quelques secondes de pause pour organiser ses propos dans sa tête, puis déclame enfin :

« Moi, je n’ai que faire des conséquences de mes propos. Je ne fais que parler pour les absents qui ont des choses à dire. Aujourd’hui, devant toi, je suis le témoin de tous ceux qui ont connu les Tempêtes, et c’est par leurs visions que je te les relate. Dans une autre vie, j’ai parlé pour les artistes d’antan ; j’ai enseigné leur peinture, leur poésie et leur musique à tous ceux qui n’y avaient pas assisté. Et demain, où que les vents m’entraînent, j’irai sans doute rapporter d’autres paroles à d’autres oreilles venues les quérir. Peut-être seront-ce les tiennes, celles d’Isolde, celles des Cyantifiques, ou même celle de l’Esquisse. »

Il reprend doucement sa respiration, profitant du fait que son interlocuteur ne risque pas de l’interpeller au milieu de son discours. Vieux réflexe de professeur, sans doute, ou simplement le poids de ses mots qui se fait ressentir ; c’est qu’il est encore peu serein à l’idée de décrire son personnage aussi clairement, et graver enfin dans le marbre ce qu’il avait esquissé jusqu’ici sur des feuilles qu’il laissait s’envoler.

« Sous la Tempête d’hier, j’incarnais plus de mânes que je n’en peux compter. J’ai parlé pour tous ceux qui n’avaient plus de voix, de souffle ou d’avenir, rien que de la rancune pour ce monde où ils gisent désormais. Ceux-là n’ont plus le souci de ce qui est, et moins encore de ce qui sera ; leur aversion est brute, à l’instar des propos que j’ai soutenus. »
Kaoren parle maintenant moins à André qu’à lui-même ; ce qu’il raconte ne fait plus écho qu’à des choses que la libellule n’a pas connues. Ce n’est qu’à son invisible audience qu’il les adresse.
« C’est pourquoi il a fallu un autre personnage, plus unique, capable de porter la sagesse que les victimes de l’Esquisse n’ont plus. Quelqu’un pouvant se défaire de son parti pour tendre la main à l’autre. Je ne le peux pas, je ne peux pas déformer l’âme des costumes que j’endosse. Il s’en est fallu d’Alev ; la Tempête l’a enjointe à ce rôle, qu’elle connaissait sur le bout des doigts. De la même façon que moi, le professeur, le médiateur, le comédien, elle m’a inspiré à me faire héraut des voix de tous, face aux Cyantifiques qui n’en entendaient rien. »

Car c’est bien là ce que les événements ont laissé de lui. De comédie en tragédie, le garçon fougueux qui désirait faire de l’Esquisse son roman, comme Cyrano le fit de la lune, n’a trouvé matière qu’à en faire une pièce de théâtre. Car l’Esquisse n’est pas un grand caillou volant à la vision de tous, sur la face cachée duquel la fantaisie d’un homme peut imaginer des jardins oniriques et des sociétés utopiques ; l’Esquisse est faite d’esprits et de paroles, elle est indissociable des égarés qui l’arpentent. Ses paysages fantasmagoriques importent peu, de même que l’absurdité de ses lois ou les profonds secrets qu’elle recèle. Ce qui mérite avant tout d’être raconté, c’est l’épopée des personnages qui l’ont rencontrée, ou ceux qu’elle a elle-même façonnés. Alors Kaoren ne rapporte plus des lieux, des faits ou des prophéties ; il relate des visions, des dires, et des espoirs. Peu lui importe la façon dont cette histoire, ou plutôt ces histoires, se termineront. Seuls comptent ceux qui les ont vécues.

Kaoren s’adosse sur sa chaise, le regard porté quelque part entre André et le plafond. Il prend encore un dernier instant pour songer à tout ça, puis conclut enfin :

« Voilà, à peu près, le thème de mon personnage. »

N’en déplaise à l’intrigue.


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Sam 3 Sep - 15:56
Comme tout à l’heure, Kaoren lit mon carnet et met du temps à répondre à mes questions. Quand il le fait, j’essaie de prendre des notes. Au début, j’arrive à peu près à suivre. Aux paroles suivantes, je finis par décrocher, au point d’arrêter de prendre des notes. J’espère qu’il ne le verra pas. Je ne comprends plus rien de ce qu’il me raconte. Je savais que ses réponses allaient être cryptiques, mais je pensais que j’arriverais quand même à en tirer quelque chose de censé. Là, je n’en trouve quasiment pas. En même temps, à quoi est-ce que je m’attendais, à lui poser des questions personnelles ? Quand il a fini de parler, je consulte mes notes pour essayer de mieux comprendre ce qu’il a dit. Mais finalement, ça ne m’aide pas beaucoup.

D’après ses dires, le second témoin est une femme nommée Alev. Cette dernière a été prise dans des Tempêtes qui ne l’ont pas beaucoup altérée, si ce n’est en attisant son aversion envers les cyantifiques. Je me demande encore si elle et Kaoren ont été atteints par la Tempête dont il me parle depuis tout à l’heure.

Aussi, Kaoren dit avoir enseigné l’art. Il pourrait avoir été un professeur des arts, un conservateur du musée, un critique d’art sur les plateaux de télévision, ou bien un fou mystique très passionné par les arts.

C’est tout ce que j’ai compris de ses dires.

Je lui écris un poli :

« Merci pour tes réponses, Kaoren. »

Après lui avoir tendu mon carnet, je regarde le document donné par Isolde concernant les Tempêtes, en espérant y trouver plus d’informations. J’en suis satisfait. J’arrive à y trouver des informations supplémentaires et certains détails m’éclairent sur des propos de Kaoren qui m’interrogeaient. Après qu’il ait fini avec mon carnet, je le reprends et y ajoute des notes sur ce que j’ai lu dans ce document.

Je lui écris aussi ceci :

« Tu vois les objets banals qu’ont utilisés les cyantifiques pour provoquer la Tempête derrière le laboratoire ? Selon le document d’Isolde, il existe des Objets nommés les Catalyseurs qui amplifient les réactions pouvant provoquer des Tempêtes. Les cyantifiques en ont, et pour éviter des accidents, ils les ont sellés dans une boîte avec un matériel spécial fermé. Je pense que les objets que tu as évoqués font partie de ces Catalyseurs. »

Je lui tends mon carnet. En attendant sa réponse, je cherche la théorie des Agitations et les relevés de la météo qui sont évoqués dans un tableau d’Isolde. Je vois des relevés météorologiques mis en évidence dans un coin du bureau. La théorie est juste à côté. Je la consulte d’abord car elle m’a l’air plus intéressante que les relevés météorologiques.

Notes:
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