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L'éternité est temporaire [PV: Kane Ross]

Anonymous
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Jeu 30 Aoû - 12:07
Allez, inaugurons un peu ce lieu !

Aucun bruit. Pas d'aiguilles. Sans plus de tic-tac. Seulement un cadran vide, un clocher suspendu au beau milieu de l'éternité même ; et un ciel composé d'améthystes, des reflets luisant contre les innombrables vitraux de l'église. C'était une histoire sans fin, un roman dont on aurait brûlé la dernière page, un édifice coincé entre deux époques ; l'étendue crépusculaire, le ciel du coucher de soleil - cet astre qui ne veut pas s'assoupir - nous laissant sur notre fin. A quoi donc devions-nous nous attendre ? Ce parfait tableau était fait pour durer ainsi. Sans changement. Sans pluie qui tombe, sans séisme pour venir troubler la sérénité du spectacle. C'était juste... calme.

Tu restais figée là, patientant en l'attente d'un quelconque son, le ding-dong habituel retentissant sous le coup de douze heures. Qu'atermoyais-tu ? Oh, peut-être ne le savais-tu pas toi-même, après tout. Le temps passait ; mais quelle heure était-il ? Que faisais-tu ; qu'allait-il se passer ? Trop de questions sans réponse se bousculaient dans ta boîte crânienne. Mais parmi elles, seule une se démarquait dans ton esprit fauché : pourquoi aucun changement ?

Oh, oui, en voilà une bonne question. Voilà plusieurs jours que nous nous trouvions ici, dans cet univers étrange ; les objets volaient, se métamorphosaient de leur plein gré, le ciel avait une teinte rose constante, et l'unique moyen de voyager ici était... les bulles. Alors pourquoi cet endroit dégageait-il une aura si posée, si normale ?

Quelques pas te séparaient de mon corps translucide ; tu voyais à travers moi ce louche bâtiment - oh, cette phrase pourrait certainement faire office de métaphore, mais il se trouve que c'est une description physique de la chose. Tu voyais à travers moi ce louche bâtiment, disais-je donc. Me laissant guider tes pas, tracer ta route, tu avançais en l'attente d'une stupide action du destin. Le destin, hein ? Effectivement stupide. Il est clair que ton histoire ; oui, la tienne, petite Mo, n'a jamais été écrite à l'avance. Allons, qui donc aurait su pour mon existence, sinon ?

L'écart, à vu d'oeil, s'élargissait entre nos deux silhouettes. Petite Mo, en temps normal, tu m'aurais rattrapé, demandé de l'aide, supplié de te protéger. Alors pourquoi maintenant ? Tu marchais. Juste. Un pied devant l'autre ; la tête baissée sous l'effet de la gêne, le visage trempé comme lorsque tu sors de ta douche. Aucune couleur sur ton visage blafard, si ce ne sont tes paupières teintées de rouge.

Quant à moi, le simple fantôme, l'être en qui personne n'a foi, je laissais traîner mes pieds sur la place pavée du clocher. Mains dans les poches, un air nonchalant gravé sur les muscles. Marmonnant de temps à autre quelque juron, je me retournai vivement lorsque le bruit de tes pas dans mon dos s'arrêta. Il était léger ; or, moi seul étais sûrement en mesure de l'entendre.

Te fixant ainsi quelques secondes à l'affilée, je remarquai bien des choses qui allaient changer nos vies. Tout d'abord, ce banc sur lequel tu venais de t'asseoir, avait été taillé dans le même bois que celui qui se trouvait dans la maison de ta mère. Ensuite, tu ne t'y étais pas assise pour une raison précise, mais plutôt parce que tes maigres jambes commençaient à flageoler. Il n'y avait plus ce balancement régulier que les avait secouées pendant bien des années. Et pour finir, les pleurs ne furent pas les seuls ornements sur ton visage pâle ; une expression s'ajoutant à ce portrait, ce portrait si unique qu'aucun mot n'était là pour le décrire.

Une expression, Mo. Pour la première fois, je ne vis pas que tes larmes, mais aussi une profonde tristesse, un désespoir insurmontable que, visiblement, je n'étais moi-même pas en mesure de surmonter. Un pieu, un énorme pieu s'était planté dans mon invisible coeur. J'avais honte. Honte de la lâcheté dont j'avais fait preuve. Si tel était ton désire, Mo, alors soit. Tu créerais des liens, te ferais des... des amis. Oui, ce genre de personnes qui ne pensent qu'à trahir et à arnaquer.

Je me retournai avec désinvolture pour continuer seul ma route, cette route que, jusqu'ici, nous avions tracé ensemble. Le ciel - rappelez-vous, celui du coucher de soleil - n'avait pas changé, et bien qu'il n'y ait pas eu d'astre, d'étoile pour nous éclairer, tu remarquas sans mal l'émotions dans mes yeux écarlates, ce sentiment d'avoir tout vécu, accompli sa tâche. Et maintenant, tu savais que plus rien ne pourrait me retenir. Quoi que tu fasses ; avais-tu seulement réussi à me toucher ?

Tu pleurais. Encore et toujours. Mais maintenant tu savais que c'était fini. La fin ; the end. La dernière page ; la terminaison de l'histoire. Peut-être ce clocher nous aura-t-il aidé, finalement ; indirectement, certes. Et ce banc en chêne qui avait relaté ces souvenirs datant d'avant ma naissance. Ce petit sourire à la fois triste et gai éternellement gravé sur ton visage. Le monde n'a jamais voulu que des choses matérielles, après tout. Pourquoi s'embêter d'un fantôme quand on peut vivre avec des humains ? Eh, c'était sûrement cette question que trottait dans ta tête en cet instant. Et tandis que ma silhouette s'éloignait sur une grande plaine d'herbe parme, la tienne attendait patiemment un quelconque évènement, une scène dans ce lieu si calme...

Cette éternité n'a jamais été que temporaire.


Dernière édition par Mo le Dim 23 Déc - 11:01, édité 2 fois
Anonymous
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Ven 31 Aoû - 19:30
Le bruit de ses pas, irréguliers, sonnait aux oreilles de Kane comme une aiguille indiquant le nord. Il marchait ; avançait. En somme, vivait. Il pouvait aller d'un endroit à un autre, pouvait parler – entendre, aussi – et même voir. Manger, sauter, se faire happer par la gravité. S'il posait un pied devant l'autre il ne reculait pas, ne se transformait pas en un tas de cendres brûlantes.
C'était bien tout ce qui comptait. N'est-ce pas ? Le reste n'avait pas la moindre importance.
Et il marchait, encore et encore, courait presque. Il ne faisait que ça depuis un moment déjà ; suffisamment pour s'être rendu compte qu'il n'était pas assez fatigué. Anormalement endurant. C'était une sensation... étrange. Ses jambes lui semblaient légères, légères ; son corps tout entier aurait pu être fait de papier et non de chair et d'os. Il avait mal aux jambes, aux bras, partout – pas un seul de ses muscles ne réussissait à se détendre – et pourtant jamais il n'avait eu l'impression d'être si libre de ses mouvements.
Le rythme pourtant raisonnable qu'il imposait à son corps pour avancer droit devant, encore et encore, actionnait un millions de sonnaettes d'alarmes. Un peu comme...

« Attention, Kane ! Ne - »

La voix s'évanouit comme un nuage de poussière. Il n'en resta que d'infimes écho au creux de sa poitrine et, sur son visage blafard, le sourire amer de celui qui veut oublier.
Ou qui a oublié ? On n'est jamais sûr de rien. Peut-être que, même s'il avait tenté de se souvenir, il n'aurait pas réussi. Cet endroit sans barrières ni panneaux où le doute seul régnait lui plaisait bien. On ne saura jamais ; tant pis, tant mieux.
En attendant, il devait marcher.
Après s'être réveillé et avoir promis à son amie la soupière de repasser la voir un jour – ce qu'il ne comptait pas faire – son premier réflexe avait été d'avancer. Droit devant. Regarder le sol, passer ses doigts sur les plantes, sur les objets, sur le rien, sur tout, sans chercher à comprendre quoi que ce soit à ce monde complètement invraisemblable qui semblait se créer sous ses yeux. Sans rien chercher. Sans but. Rien que le bruit de ses pas et la certitude que, quoi qu'il arrive, il finirait par sortir d'ici.
Il n'y avait qu'à regarder toutes ces couleurs, toutes ces aberrations pour en être certain : il finirait par sortir. Tout a une fin. Tout, absolument tout. Et ce délire, quel qu'il soit et d'où qu'il vienne, ne serait certainement pas l'exception à la règle. Il en faisait peut-être partie, mais il n'y était pas né. Ce monde ne l'avait pas crée. Il l'avait volé au sien, au mieux. Le retenait prisonnier, peut-être. Lui donnait une seconde chance. Et peu importe – ça se finirait malgré tout. Cette pensée n'avait cessé de le hanter quand il s'était élancé en courant en quête de repères, de personnes, de quelque chose à faire. Ça va s'arrêter, ça va s'arrêter – son cœur, ce monde, le sol sous ses pieds. Ça va s'arrêter, ça va s'arrêter.
Et, comme un tambour de guerre, son esprit qui ne cessait de lui envoyer des signaux de détresse.
Dépêche toi ; arrête-toi.

Il faudrait savoir, à la fin !

Le ventre noué et les jambes tremblantes. Encore une fois. Il n'était pas bien sûr de savoir ce qu'il entendait par là, mais ce n'était déjà plus que le cadet de ses soucis. Devant lui, au centre de cette ville sans intérêt, une tour accaparait toute son attention. Pointé vers le ciel, tout là-haut, le clocher posait sur lui son œil vide. Pas d'aiguilles. Pas d'heure. Pas d’obligation ni de rendez-vous.
Ce qu'il pouvait détester les cercles.
Malgré tout il avança, d'un pas léger et aérien, en direction de la structure et de la fille assise sur le banc. Ses jambes le faisaient toujours souffrir ; ça commencerait presque à l'ennuyer. Presque. Parce que s'il s'assoit, il n'est pas sûr de pouvoir se relever. On ne sait jamais. Quand on commence à courir autour d'un stade, il ne faut pas s'arrêter – surtout pas. Jamais. Après, on ne repart pas.
C'est d'une importance capitale. Même s'il ne sait pas pourquoi.
Alors il y avait lui, un clocher sans aiguilles, un cercle blanc ; une fille triste, un banc. Et Kane, aimable en toutes circonstances, Kane, étouffé par sa gentillesse et sa prévenance, remarqua à peine que cette fille avait l'air d'aller mal. Pare que quoi ? Il grimpa sur le banc, un pied et puis l'autre, sans demander la permission ou s'excuser. Toute le monde est triste, tout le monde s'en fiche. Lui, ça lui allait.
Mieux ; il en riait.

« On pourrait dessiner des aiguilles sur ce truc. » Il baissa à peine les yeux vers la jeune fille, trop préoccupé à se tordre le cou pour voir la chose sous un angle différent. « Je propooooose. Midi. Une objection ? »

Ce n'était pas comme s'il allait pouvoir les tracer ces fichues aiguilles, mais allez savoir ; peut-être cela lui faisait-il plaisir de le croire.
Ou bien c'était tout autre chose.
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Dim 2 Sep - 17:31
De chaudes larmes, un regard vide. Des yeux qui ne voient pas, mais qui comprennent. Qui admettent un certain nombre de choses, continuant leur route là où celle des autres s'arrête. Chassant ta gênante frange d'un revers de la main, t'interdis de regarder le monde en face. Quel impact cela aura-t-il, après tout ? Tout est dans ta tête, stocké, et rien ne peut en sortir. Tu refuses de semer, d'avancer. Désormais, le passé, le présent ; plus rien n'a d'importance. Et, pour couronner le tout, l'ironie de la chose t'avait amenée devant une église ; comme quoi, tu en auras vu des vertes et des pas mûres, ici.

Tu ne sus combien de temps tu restas assise sur ce banc en chêne. Quelques minutes, quelques heures ; plusieurs jours ? Soudain, un frisson glacé te fit sortir de ta longue - car, en somme, nous savions au moins qu'elle était grande - transe. Des pas retentirent sur la place pavée de l'église. Un, deux ; un, deux. Revenais-je ? Ou était-ce seulement un inconnu ? A dire vrai, toi-même ne t'en préoccupais plus : la vie, mort ; les humains et les fantômes. Après tout, cela avait-il une réelle importance ?

Le banc craqua, te faisant tressaillir. Te résignant à lever les yeux de tes genoux, tu entraperçus un jeune homme entrer dans ton champs de vision. A première vue, il semblait être du même âge et de la même taille que moi-même ; or, ses cheveux de jais contrastaient fort avec mes mèches immaculées. Sans plus te préoccuper de lui, tu continuas inlassablement à te morfondre, jusqu'à l'instant où sa voix retentit dans tes oreilles, te faisant à nouveau tressauter.

« On pourrait dessiner des aiguilles sur ce truc. Je propooooose. Midi. Une objection ? »

Oh, quelle bonne question, qui te sortis, par ailleurs, définitivement de tes rêveries. Quelle heure était-il, après tout ? Était-ce l'aurore, le crépuscule ? En savions-nous vraiment quelque chose ? Or, le seul endroit susceptible de nous donner quelque indications n'était pas à notre disposition. Qui sait si quelqu'un a déjà entendu les cloches, hein ? Ton âme n'était que noir, embrouillée, signe que ce moment n'était pas le mieux choisi pour mener une discussion. Encore une fois, tout était dans la tête ; mais aussi dans le coeur. Dedans. L'extérieur n'est qu'éphémère.

Un bras s'accoudait au dossier du banc ; une tête pivota de trente-cinq degrés sur la droites ; une paire d'yeux humides vagabonda entre genoux, cadran et tignasse brune. Tiens, tant que l'on parlait de ces yeux, pourquoi ne pas les décrire ? Ils étaient purs. Francs. Innocents. Angéliques. Sereins. Naïfs. Oh, et j'en ai bien d'autres encore ; ces mots ne furent qu'accentués par la voix presque inaudible, la voix pure, franche, innocente, angélique, sereine et naïve qui prononça ces mots :

« L'astre s'endort. Il n'y a ni jour ni nuit... alors pourquoi continuer à chercher, hein ? »

La tienne, Mo.


Dernière édition par Mo le Dim 23 Déc - 11:02, édité 1 fois
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Ven 7 Sep - 15:58
Si ses jambes le lâchaient, il tomberait assis sur un banc ; ce n'était pas si mal que ça. La situation aurait pu être bien pire. Alors pourquoi s'en inquiéter ? Il était en vie – à priori – pouvait marcher et respirer. Il pouvait donc bien redessiner l'heure si l'envie lui en prenait ; or, justement, l'envie lui en prenait.
Midi serait parfait. Un monde où le soleil resterait constamment à son apogée lui semblait idéal. Pas de nuit ni de sommeil, pas de rêves : rien que des journées interminables, des courses effrénées et pas de fatigue. C'était également l'heure attitrée du déjeuner, ce qui n'était pas plus mal en soi.
Mais pour l'instant, les mains vides et pas la moindre paire d'aile accrochée à son dos, impossible d'atteindre ce cadran pour lui imposer ses volontés. Il le fixait donc, perplexe et ennuyé à la simple idée de devoir faire un effort pour décider de quelque chose d'aussi simple qu'une heure. Après tout... S'il n'y avait personne dans les parages – et à part cette fille, il n'y avait personne – il pouvait tout aussi bien prétendre qu'il était midi, non ? S'il agissait constamment au rythme d'une horloge bloquée, qui irait s'en plaindre ? Ils n'avaient aucun moyen de le forcer à faire quoi que ce soit. S'il avait décidé qu'il serait midi, alors ainsi soit-il.

Malgré tout, il restait un roi diplomatique. L'avis du peuple comptait encore un minimum.

A défaut d'autre chose, la demoiselle assise à côté de lui composait son seul et unique public. Elle était de fait peuple, juge, juré et même bourreau ; quelle montée en grade. Elle aurait dû s'en réjouir, au lieu de se morfondre.
Malheureusement l'inconnue aurait été bien en peine de suivre sa conversation interne complètement désordonnée – et, de toute façon, elle ne lisait certainement pas dans les pensées. Elle resta donc muette. Et s'il avait cessé de penser un instant, il se serait certainement rendu compte que lui aussi, à présent, observait un silence religieux.
Dans cette mer de silence, la voix de la jeune fille fut à peine une brise ; un vent léger qui vint en effleurer la surface.

« L'astre s'endort. Il n'y a ni jour ni nuit... alors pourquoi continuer à chercher, hein ? »

Kane, à défaut d'être surpris, sembla ennuyé par la question. Cet agacement perceptible subsista une seconde, peut-être deux sur son visage blafard ; ce fut un sourire sarcastique qui réussit à l'en chasser.
Il pensa faire un pas en avant, mais le vide devant lui l'en dissuada. Pour descendre, il sauterait.

« Et pourquoi arrêter ? »

Il tendit son bras en face de lui de sorte que son index et son majeur, l’œil gauche fermé, forment les deux aiguilles de son horloge imaginaire. S'il restait ainsi, ce cadran indiquait midi ; c'était tout ce qu'il avait besoin de savoir.

« Si je veux quelque chose et qu'il n'est pas là, je l'invente. Tu devrais essayer, c'est très pratique. »

Son bras retomba le long de son corps. Peut-être était-il même plus habitué à s'imaginer les choses qu'à les tenir entre ses mains.
D'un mouvement souple et habitué, il se laissa tomber assis sur le banc.

« Donc il est midi et le soleil brille. » Il réfléchit une seconde, songeur. « Clairement pas l'heure de se morfondre sur un banc.  »

Oui, il y avait une heure pour ça. Neuf heures du matin précisément ; vingt heure trente aussi aurait été valable. Mais midi ?
Naaaan. Pas midi.


Ndla:
Okaaay. Et pardon pour le temps de réponse ; normalement, ce sera plus rapide la prochaine fois. o/
Anonymous
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Mer 12 Sep - 11:12
Un courant d'air passa, ébouriffant tes cheveux trempés de sueur. Au moment même où tes pensaient étaient prêtes à se perdre de nouveau dans tes idéaux et rêves inaccessibles, la voix masculine retentit de nouveau.

« Et pourquoi arrêter ? »

Et pourquoi tourner autour du pot ? Ah ! Ce jeune homme avait le don de m'agacer. Oh, et ce n'est en aucun cas de la jalousie qu'expriment ces paroles, petite Mo. Levant à peine le regard vers lui - ton attention plutôt centrée sur des milliers d'élucubrations - tu remarquas bien vite que cet écart de plus d'un mètre était fort pesant pour une conversation digne de ce nom ; et, de fait, comprenant le brun plus têtu qu'il n'en avait l'air, tu te décidas, afin d'éviter tout différent inutile, de le rejoindre sur son piédestal. Tu le vis faire d'étranges gestes en direction de l'église.

« Si je veux quelque chose et qu'il n'est pas là, je l'invente. Tu devrais essayer, c'est très pratique. »

T'efforçant de le regarder sans baisser les yeux - ce qui, j'en conviens, n'était pas aussi simple que ça -, tu répondis d'une voix tremblante, hésitante ; toujours ce même souffle, ce son imaginaire qui semble provenir d'un rêve. Mais, au fond, n'étais-tu pas toi-même à l'intérieur de l'un de ces songes ? Bonne question, très bonne question.

« Essayer ? Euh, je... je ne crois pas que ce soit dans mes pratiques. Le monde matériel n'est là que pour nous complaire. Mais en vérité, il n'est rien... »

Tes fines mains s’agrippèrent désespérément au tissus de ta courte robe, s'y accrochant, si bien que tes phalanges pâlirent instantanément. Te mordant instinctivement la lèvre inférieure - utile méthode de lutte contre les larmes -, tu restais effroyablement insensible à ses propos, tes seuls actes se résumant à relater les faits. Car, la vérité étant indéniable, un fait ne peut être nié. Un fait est un fait. Soit. Il en va de la logique des évènements, après tout.

« Donc il est midi et le soleil brille. Clairement pas l'heure de se morfondre sur un banc. »

« Qu'en savez-vous ? »

C'est vrai, après tout, qu'en savait-il ? Admirant l'infinité stellaire de tes grands yeux noisette, tes pensées se mirent à vagabonder ci et là, ne sachant où aller, ignorant sur quoi se concentrer. Ne pouvant t'empêcher de ciller, tes yeux se remplirent rapidement de ce liquide visqueux - tellement routinier et innovant à la fois. Perdu dans d'indéchiffrables spéculations, tu murmuras après un temps de pose, presque pour toi-même :

« Que ferait-il ? Que dirait-il, maintenant ? »


Dernière édition par Mo le Dim 23 Déc - 11:03, édité 2 fois
Anonymous
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Mar 18 Sep - 11:28
« Essayer ? »

Essayer, oui, c'est bien ça. Réussir aurait d'ailleurs été plus approprié ; pourquoi s'ennuyer à rater ? Ce n'était bien souvent qu'une perte de temps et lui en manquait, de temps. Mais ne faisait-il pas défaut à chaque être en ce bas monde ?
Curieux, tiens, que celui pour qui les aiguilles ressemblaient à des poignards tienne tant à instaurer une heure.

« Euh, je... je ne crois pas que ce soit dans mes pratiques. Le monde matériel n'est là que pour nous complaire. Mais en vérité, il n'est rien... »

Mais qui avait parlé de réinstaurer le temps ? Il voulait simplement décider de l'heure à laquelle ils resteraient coincés ad vitam aeternam, dessiner des aiguilles sur ce cadran trop vide. Pas leur imprimer un mouvement. C'aurait été stupide, même lui en convenait.
Et pourtant.
Les paroles de la fillette s'envolèrent devant lui sans qu'il cherche à les rattraper ; tant pis. Le manque d'empathie n'était pas son moindre défaut, après tout. Ces presque larmes et ces yeux perdus lui étaient aussi étrangers que le sol qu'il foulait depuis des heures. Pas plus importants qu'un rêve, pas plus intéressants qu'un soupir. Ils se contentaient d'exister et lui, fixé à son rôle d'observateur, en dessinait les contours sans en chercher l'origine. Pour qui, pourquoi ? Il s'en fichait.
Pour l'instant, certes. Les pensées et certitudes du garçon n'étaient pas moins erratiques qu'un papillon.

« Qu'en savez-vous ? »

Oh ; qu'en savait-il, hein ? La question ne le surprit pas tant – puisqu'il faut toujours s'attendre à ce genre de remarques quand on affirme sans preuves. Personne ne songeait à remettre en question les choses les plus banales, pourtant. S'il disait qu'il était midi et que ce n'était pas l'heure de se morfondre sur un banc, pourquoi ne pas le prendre au mot ? Ce n'était pas plus faux qu'autre chose. Pas plus vrai non plus, d'accord.
Sauf pour lui. Et comme sa vérité est loi, nul besoin d'expliquer davantage. Si elle lui avait dit qu'il était neuf heures et que c'était effectivement l'heure de s’apitoyer sur son sort, peut-être se serait-il contenté d'un hochement de tête ; elle aurait dû faire la même chose. Chacun sa réalité. Ici, tout était suffisamment étrange pour qu'il puisse l'accepter.

Ni lois ni logique. Si les théières volent et que le ciel n'est pas bleu, alors...

« Que ferait-il ? Que dirait-il, maintenant ? »

...Tout est à remettre en question. Merveilleux, non ?

« Il qui ? » Sans même lui laisser le temps de répondre, il enchaîna : « Bref, il faudrait le lui demander. Ou le connaître par cœur. Si tu ne peux faire ni l'un ni l'autre, hm, comment dire... La réponse n'aurait de toute façon aucun intérêt. »

Il exécuta un tour sur lui-même, sans plus se préoccuper de ses jambes douloureuses. Elles étaient faites pour marcher, de ça il était sûr : elles se remettraient.
Puis, soudain, les larmes sautèrent quelques barreaux dans l'échelle de ses priorités.

« Je ne sais pas. »

Préciser qu'il répondait à sa précédente question lui sembla superflu tant, dans le flot de ses pensées, cela ressemblait à une pâle évidence. Il poursuivit donc.

« Mais on s'en moque. Et puis, qu'est-ce qui est le plus regrettable ? Pleurer sur quelque chose qu'on n'a plus, ou inventer quelque chose qui nous manque ? »

Son sourire se fit moins aimable. Oui, après tout : des deux, il était celui qui avait mal aux jambes d'avoir trop marché. Pour autant, elles ne l'avaient pas quitté.
Des deux, il était celui qui avait le moins mal.

« Je me rends heureux, tu te rends malade. Admettons. Il te manque quoi, pour sourire ? »
Anonymous
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Mar 25 Sep - 12:47
« Il qui ? Bref, il faudrait le lui demander. Ou le connaître par cœur. Si tu ne peux faire ni l'un ni l'autre, hm, comment dire... La réponse n'aurait de toute façon aucun intérêt. »

« Est-ce que je le connais ? », telle est la question. Car, effectivement, il y a moi. Zefa, le fantôme, celui qui sort de ton esprit. Et puis, il y a l'autre...

Observant de tes grands yeux roux les mouvements du jeune homme, tu prépares déjà une réponse dans ta tête. Tu sais, en cet instant, ce qu'il ne faut pas dire. Pourtant, tu faillis à ta tâche. Quel est donc cet élan de sociabilité ?

« Il ? Je... non, Zefa. »

Tu parles, ta voix prononce ces mots, pourtant ton interlocuteur ne semble pas s'être soucié de toi depuis ta première phrase. Tu en profites pour mieux le détailler. Brun, plutôt grand ; mais, le plus intrigant, c'était ce visage blafard, cette pâleur semblant revenir d'outre-tombe.

« Je ne sais pas. Mais on s'en moque. Et puis, qu'est-ce qui est le plus regrettable ? Pleurer sur quelque chose qu'on n'a plus, ou inventer quelque chose qui nous manque ? »

« C'est vrai. C'est un fait, c'est vrai. », voilà ce qui, en cet instant, à envie de s'entendre dire. Tu veux être pareille, n'est-ce pas ? Ces aiguilles, tu dois les dessiner, toi aussi. Tu dois tracer ta route.

Or, tu ne réfléchis pas à la question. A dire vrai, tu n'y arrives pas ; cette énigme est bien trop complexe pour toi. Quel est le plus important, entre présent, passé et futur ? Pour toi, le premier n'existe pas ; tu vis dans le second. Quand au troisième... est-il vraiment pertinent d'en parler ?

« Je me rends heureux, tu te rends malade. Admettons. Il te manque quoi, pour sourire ? »

Piquée au vif, tu as envie de crier. De m'appeler, d'appeler une quelconque personne capable de venir te tirer de ce mauvais pas. Mais non. Le choc est si grand qu'aucun son ne passe tes lèvres. Ton coeur bat à tout rompre dans ta poitrine, ton esprit ne sait plus que penser. Après tout, pourquoi ne pas faire comme lui ? Pourquoi ne pas te créer cette nouvelle vie, cette existence improbable ton tu as rêvé ? Hein ?

« Ce qui me manque ? Je... Pourquoi devrais-je sourire alors qu'il n'est même pas là ? Comment le pourrais-je, alors que même en sa présence rien ne me réjouissait ?... Ce n'était pas sensé durer, après tout. Rien n'est éternel, n'est-ce pas ? »

Tu fais un bon, atterrissant au sol pavé de mauve, puis jettes un regard empreint d'une tristesse infinie au jeune homme, qui te dépasse maintenant d'un bon mètre de hauteur. Finalement, tu commence à vagabonder sur la place de l'église, à faire les cents pas ; lentement, calmement, mais l'esprit irréversiblement embrouillé. Et ce, sous les yeux du garçon. Tu t'éloignes inconsciemment du banc et, t'en rendant compte au bout de quelques pas, t'arrêtes brusquement en plein dans le milieu d'un passage. Le temps était aux larmes. Tournant le dos au grand brun, tu t'exclamas de nouveau - quoique avec plus d'indifférence cette fois :

« Vous lui ressemblez un peu, vous savez. »

Désormais, plus rien ne t'incite à fuir.
Car ; oui : pour aller où ?


Dernière édition par Mo le Dim 23 Déc - 11:04, édité 1 fois
Folie d'Esquisse
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Folie d'Esquisse
Sam 29 Sep - 13:27

Si tout avait été calme, jusqu'à présent, ce ne le serait plus. Dans son ennui sans fin, l'Esquisse a décidé de se divertir. Et il semblerait qu'elle ait trouvé deux cibles au pied du clocher. Vous, dessinateurs, avez intérêt à l'amuser.

Kane Ross sent ses pieds quitter dangereusement la terre. Il s'envole, et à son dos sont accrochées deux ailes fluorescents qui le feraient ressembler à un papillon, vu de loin. Malheureusement, elles l'emmènent dans tous les sens, lui faisant enchaîner les loopings.

Mo Naoe, elle, se voit affubler d'une manette, qui ne semble pas vouloir se détacher d'elle. Il semblerait que les boutons ne soient pas non plus très coopératifs, mais, peut-être qu'en les appuyant, elle pourrait réussir à sauver son compagnon.... ?

À vous de jouer !

Anonymous
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Lun 26 Nov - 11:17
« Ah !... »

Telle est ta réaction lorsque, à son insu, le brunet quitte terre. Il s'envole, échappe à la gravité. C'est à peine si tu remarques l'objet difforme qui siège à ton poignet. Mais toi, tu n'as d'yeux que pour lui. Un inconnu que tu viens tout juste de rencontrer. Perdue dans le fond de tes pensées, tu te demandes éternellement... ce que cela fait. Que peut-il bien ressentir, là-haut dans le ciel ? Cela t'est inconnu, mais tu cherches à le savoir. Tu veux essayer de comprendre ; d'assimiler le fait que cela soit - ou non - une manière d'échapper aux ennuis perpétuels. Est-ce que tout devient indolore ? Est-ce que nous sommes libérés d'un poids ? A regarder le jeune homme, c'est sans doute plus un supplice qu'autre chose. Seulement, tu ne t'arrêtes pas là ; il faut en savoir plus. Cessant de dévisager le garçon, tu reportes ton attention à ton poignet, sur cette sorte de montre sertie d'une vingtaine de boutons. Le plus attirant, bien entendu, c'est le plus gros, celui qui est rouge. Plus qu'un bouton, c'est un réel chronomètre : seconde par seconde, il tourne sur lui-même, accompagné d'un petit tac. Dans ton innocence spectaculaire, tu l'accompagnes dans sa rotation, pour "voir ce que ça fait". Et là, le brun vole. Monte. De plus en plus haut. Désespérée à son sujet, tu te précipites aux abords de la place. Seulement, trop tard : il vient de disparaître dans la plaine mauve, et plus aucune montre n'est accrochée à ton poignet...

C'est dans l'indifférence la plus totale que tu retournes t'asseoir sur ce banc bleu. L'épisode précédent s'est déjà presque effacé de ta mémoire. Aussi étonnant que cela puisse paraître,, cette rencontre a été d'une futilité à couper le souffle. Pour toi.
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