Le Prêcheur en Arakeen

Stilgar
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Stilgar
le Sam 19 Oct - 17:31
     Pendant que ses deux compagnons d’infortune discutaient – enfin, discutaient, échangeaient de long silences gênants entrecoupés de brèves syllabes –, Amundsen laissait dériver sa pensée. Il ne pouvait pas s’empêcher de comparer cet être de suie et de charbon à son assistante, Carmen. Elle répandait son statut de morceau de ciel découpé, et le Dessinateur crayonné laissait quelques traces sur ce qu’il touchait. Tout deux semblaient n’avoir pas grand souvenir de leur passé, et suivaient la même règle : ils étaient des abstractions prenant vie. Le ciel, le dessin. Peut-être en existait-il d’autres ? Le feu, l’aventure, la foi, la lumière… pourquoi pas le rien, d’ailleurs.
     Ce n’était pas facile, soit dit en passant, de ne pas réussir à mettre un nom sur sa personne.
     « Ami tout noir, il vous faut un nom. Je vous appellerais bien ̛Aswad, en attendant que vous vous décidiez, mais je ne sais pas si cela vous plaît. »
     Noir, en arabe. Pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures. Quoique, dans l’Esquisse, ce serait envisageable.
     Le gélatinomadaire croisa la route d’un crustacé flottant au-dessus du sol, portant des lunettes et un haut-de-forme, et qui était fort affairé semblait-il à encastrer un cylindre de liège sur une bouteille de vin. Il salua au passage les deux Cyantifiques et le Dessinateur en ôtant son chapeau avec sa pince. Amundsen lui répondit par un signe de main.
     « Un craboucheur. Je n’en avais plus vu depuis longtemps. »

     Ils arrivèrent en ville. Amundsen se retourna pour constater de l’état de Penrose et de ’Aswad.
     « Nous y voilà. Vous voulez que je vous dépose quelque part ? »


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Kaoren
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Kaoren
le Ven 1 Nov - 11:59
Ce fut un voyage bien silencieux. Je reconnais n’être pas très bavarde tant que l’on n’aborde pas un sujet cyantifique, mais d’habitude, les gens sont enclins à tenir la discussion quand on se met à les interroger sur leur personne. Mais ici, l’effort n’était fait d’aucun des deux côtés. À un moment, j’ai bien tenté de ramener la "conversation" sur les expériences de catalyse antécohésive de la matière rigide menées par mon collègue Ricci, histoire de tenir des tirades d’au moins quelques dizaines de secondes de mon côté, mais les silences qui les ont suivies se sont avérés d’autant plus longs.

Au moins, nous sommes arrivés avant que notre ami vaporeux n’ait fini de se sédimenter partout. A priori, il n’a même pas l’air d’avoir perdu une quantité significative de volume, donc il devrait pouvoir tenir à ce régime encore un certain temps. À peu de choses près, si je n’ai pas remarqué de différence, c’est qu’il a dû perdre moins de 2% de la matière qui le compose depuis notre départ, ce qui suggère – à condition que sa concentration soit isotrope – qu’il devrait rester en état pendant au moins une dizaine de fois cette durée, voire plus longtemps si sa distribution de matière n’adopte pas un nouveau comportement au-delà. D’ailleurs, en y pensant, sachant que la traînée qu’il laisse derrière lui fait approximativement la largeur de son corps et s’est allongée sur un trajet d’un kilomètre à une dizaine de kilomètres, si cela représente moins de 2% d’un volume de taille humaine – donc de cinquante litres à peu près, soit moins de deux litres – ça suggère une épaisseur de la traînée de l’ordre du micromètre. Voire plus fin encore, si la perte de volume est encore moindre. C’est fascinant, il faudrait que je le fasse marcher sur exactement dix kilomètres et que je le pèse au départ et à l’arrivée pour des résultats mieux détaillés, et peut-être en déduire la taille des atomes qui le composent. À moins que ce ne soit encore oublier sa nature humaine et l’exploiter sans vergogne… mais ça reste moins pire que de le brûler pour la Scyance.

Bon, en revanche, il faut que j’apprenne à arrêter de penser et à répondre quand on me pose une question simple. Mauvais réflexe qui me vient de mes collègues aux questions systématiquement compliquées – ou débiles.

« J’ai un appartement rue officinale. Je peux y héberger notre ami… "Assouadou" ? »

S’il accepte ce prénom, j’ai intérêt à ne pas trop l’utiliser.

« En tout cas, le temps qu’on en apprenne un peu plus sur lui, et qu’on trouve comment éviter qu’il disperse son corps à travers les rues. J’ai quelques bribes d’idées. »

Avec le recul, j’ai à nouveau l’impression de parler de lui comme s’il n’était pas là, comme s’il n’avait pas d’avis à donner. J’espère que ça passera après quelques temps passés à ses côtés, et si nous parvenons à tenir de vraies conversations. Mais dans l’immédiat, je pense que le plus urgent est effectivement de s’assurer qu’il ne se volatilise pas entre nos mains, ce serait un gâchis. De vie humaine.


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Sonakhiin
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Sonakhiin
le Dim 8 Déc - 11:15

Le dessin n’était pas beaucoup plus bavard que le gélatinomadaire : à vrai dire, il avait rapidement perdu le fil de ce que racontait Penrose. Le vocabulaire qu’elle utilisait lui était si étranger qu’il eu un moment l’impression qu’elle parlait une autre langue. Il se contentait de la fixer lorsqu’elle tentait de mener la discussion puis de tourner la tête une fois qu’elle avait fini. Il regardait autour de lui, le paysage défiler au rythme de l’avancée du gélatinomadaire. Petit à petit, le décor changea : la plaine aux éoliennes laissa place à un environnement urbain et le ciel nuageux s’éclaircit enfin pour laisser place à la même grande étendue rosée qu’il avait vu à son arrivée.

Lorsque les deux Cyantifiques échangèrent quelques paroles, il se blottit un peu plus dans sa couverture : la dénomination qu’avait choisi le conducteur n’était pas tout à fait à son goût mais il ne voulait pas le contrarier en lui opposant un refus alors que ce dernier venait de lui sauver la vie. De plus, il n’avait absolument aucune idée du prénom qu’il utilisait avant. Cependant, il nota quelque chose de plus inquiétant encore : il ne savait pas ce qui allait l’attendre ici et l’idée de finir dispersé par le vent comme le mentionnait Penrose ne lui plaisait guère. Tout comme celle de ne pas savoir où dormir lorsque la nuit allait tomber.

Il hocha la tête, signe qu’il acceptait la proposition de rester à l’abri dans l’appartement dont parlait la Cyantifique, en espérant que les savoirs de cette dernière le délivrerait rapidement de sa condition.
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le Mer 8 Jan - 11:37
     « Entendu, je vous y emmène. »
     Vraiment pas très loquaces, les deux loustics. Pour Penrose, cela n’étonnait guère Amundsen, son estimée collègue n’ayant jamais été prompte à s’épancher sur autre chose que son domaine cyantifique, et encore. Ceci dit, lui-même ne voyait pas bien comment faire la conversation. Il avait bien en tête, en pensant à ’Aswad, quelques réflexions sur le fait qu’il ferait un compagnon de choix pour braver le Labyrinthe, vu qu’il pouvait laisser un fil d’Ariane, sans s’embarrasser d’un fil, et encore moins d’une fusée européenne. Si dans un labyrinthe classique, cela serait complètement inutile, étant donné que le principe d’une telle structure architecturale est qu’il n’y a qu’une seule entrée, qu’une seule sortie et qu’un seul chemin, et qu’il est donc en vérité assez difficile de s’y perdre, dans le dédale esquisséen, très changeant et pouvant avoir, pour autant qu’on le sache, plusieurs épicentres, et plusieurs sorties, il en serait autrement. Peut-être qu’un jour, Amundsen y monterait une autre expédition. D’ailleurs, Penrose ayant, selon la rumeur, déjà bravé ce lieu, il serait utile d’avoir des collègues cyantifiques expérimentés comme elle pour encadrer les assistants Dessinateurs embarqués dans l’aventure.
     Il lui aurait bien demandé ce qu’elle pensait du Labyrinthe, mais il y avait foule, dans les rues, et ce n’était pas facile de diriger une monture énorme prenant beaucoup de place en faisant en sorte qu’elle évite de bousculer tout le monde et de converser en même temps. Les gens sortaient en brandissant des cornets vides achetés dans les boulangeries, et attendaient qu’ils se remplissent de la neige colorée qui tombait du ciel, pour ensuite la déguster avec des paillettes fantaisie et du sucre.
     « Vous voulez qu’on s’arrête pour en acheter un ? »
     Un regard en arrière vers ses passagers souleva une question. ’Aswad avait parlé, mais comment avait-il émis un son ? Possédait-il une bouche ? Ce serait l’occasion de tester.
     « Ce sera la première nourriture esquisséenne que vous goûterez. Je ne trouve pas cela particulièrement délicieux, mais il y a pire. »
     Ça aurait pu être une des rations de survie qu’il gardait toujours sur son gélatinomadaire pour ses expéditions.


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Kaoren
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Kaoren
le Dim 19 Jan - 16:03
Ma réaction à la proposition d’Amundsen me rassure quelque peu quant à mes propres états d’esprit ; bien que nous nous trouvions face à une occasion rare de récolter de ces flocons d’or qui nous tombent du Ciel – et ce dernier sait combien de charme je leur trouve au travers de leurs formes et de leur couleur – je parviens à rester concentrée sur notre préoccupation la plus importante qui est de sauvegarder le corps de notre ami éthéré. Il serait tentant d’accepter un petit écart, en professant que quelques minutes de retard ne représentent pas grand-chose dans cette situation où l’on a prouvé par l’expérience que notre gribouillis vivant avait encore des heures devant lui avant que son état ne devienne critique, mais j’en suis plutôt rendue à penser que chaque atome que nous le laissons perdre maintenant sera peut-être perdu à jamais. Si la tension superficielle du sol parvient à lui arracher de telles flaques de matière, il est probable que celle de l’air, bien que significativement moindre, suffise à en emporter quelques onces à chaque coup de vent, et que nous ferions bien plus sagement de l’abriter dans mon appartement aussi vite que possible.

J’en viens même à maudire intérieurement la foule qui nous ralentit. Preuve est peut-être faite que mon cas n’est pas encore plus désespéré que le sien.

« On n’a pas le temps de se hasarder, il faut lui assurer un refuge. On aura toute la sainte éternité pour aller lui cueillir des flocons après. »

Contrairement à mes tirades précédentes, et bien que je parle encore en son nom sans lui demander son avis, j’éprouve moins le sentiment d’ignorer notre infortuné compagnon qu’il y a un instant. Je sais qu’il suffit que je me concentre un peu pour garder ce tempérament humain, mais je sais aussi qu’il suffit que je me laisse porter par mon étourderie légendaire pour l’oublier.

Alors je me répète de rester prudente, à m’en marteler l’esprit à même le crâne, et aussi fervemment que je m’inculquais mes cours à l’époque. Mais il faudra plus que cela pour que ça devienne naturel. Il faudra que nous conversions, proprement, que je lui définisse une véritable personnalité, de sorte à ne plus avoir besoin de penser qu’il est bien plus qu’un sujet d’expérience pour y voir un humain. Et il lui faut un nom, un vrai. Un que je comprenne et qui lui corresponde. Que je puisse lever les yeux vers lui sans que mon cerveau ne le caractérise comme une chose, une tache, une anomalie, ou tout autre nom commun en vérité.

« D’ailleurs, on devrait virer à droite. »

J’aperçois l’arbre aux racines feuillues que j’avais noté l’autre nuit – la fameuse – à quelques ruelles de mon appartement. Si mon sens de l’orientation ne me fait pas défaut comme à sa mauvaise habitude, la traverse de juste derrière nous permettra d’éviter les avenues bondées, pour peu de passer par un petit escalier de rue.

« Vous pouvez nous déposer juste après le carrefour pour qu’on termine à pieds. C’est sans doute plus sûr que de s’empêtrer dans la foule trop longtemps. »

Et je suis impatiente d’arriver à une ambiance un peu plus intime. Cette atmosphère bruyante et agitée intimide sûrement notre compagnon autant qu’elle m’irrite, je m’entends à peine penser ; dans cette situation, il est crucial que je m’entende. Chaque passant qui nous exhorte est susceptible de me faire oublier le droit chemin. Il y a une personne assise à mes côtés, et rien ne doit me laisser la négliger. Dès que nous sommes rendus, je lui demande un nom.


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Sonakhiin
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Sonakhiin
le Ven 17 Avr - 0:06


Tandis que les deux cyantifiques parlaient du chemin à prendre, le passager silencieux regardait passer la foule. Tout ce bruit, tous ces gens. Il se sentait à la fois différent de tous sans parvenir à définir sa propre identité. Qui était-il ? C’était là la même question qui brûlait les lèvres de la femme assise à ses côtés qui avait plusieurs fois posé la question. Son collègue avait proposé une réponse mais elle ne lui plaisait pas, ni à elle, ni à lui.

Aswad c’était peut-être joli mais cela ne le représentait pas assez. Il ne se reconnaissait pas dedans. Alors, toujours en écoutant distraitement les paroles des deux autres esquisséens et le visage tourné vers le ciel, il remplit les nuages de ses réflexions. Dans cette phylactère se dessinèrent des croquis qui, comme un miroir, imitaient les trop nombreux traits caractéristiques d’un personnage bien particulier : lui-même. Un ensemble de coups de crayons frénétiquement tracés dans tous les sens, un brouillon en éternel réécriture. Le dessin prenait globalement la forme d’un humain mais rien de plus. Son reflet l’attristait. Avait-on besoin d’un nom pour qualifier ce qu’il était ? Un projet en construction, une œuvre inachevée de la nature… Plus il y pensait et plus son sombre reflet envahissait cette bulle cotonneuse qui vira au noir avant de finir, comme tous les nuages aux alentours, par laisser tomber quelques flocons. Ceux-ci  traversèrent l’esprit du personnage. Petit à petit, ces derniers avaient fini par tapisser l’ensemble de ses pensées, ne laissant plus que des variations de gris à ses yeux.

Quand un flocon bien plus réel lui tomba sur la figure, il recouvra la vue. La ville enneigée, le bruit des passants et la fraîcheur de l’air étaient toujours présents. Sorti de sa torpeur et de ses idées noires, il remarqua que le gélatinomadaire s’était arrêté. Ils étaient à proximité du domicile de la jeune femme qui allait le recueillir et ils termineraient le voyage à pied. Toujours sans le moindre mot, il suivit le mouvement.

Une fois arrivé à bon port, la question de son identité se posa encore. Le personnage hésita un instant. Son reflet dans les pales de l’éolienne, sa vision de lui-même, le choix d’Amundsen. Prenant son courage à deux mains, il retira le seul vêtement qu’il portait pour le tendre à Penrose. Sur la couverture, le titre de son récit autobiographique était désormais calligraphié en lettres crayonnées :

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Kaoren
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le Jeu 30 Avr - 15:42
« Hééé, vous répandez pas comme de la sorte ! »

Ça sort de façon impulsive dès que je me retourne vers lui. Je regarde son nom écrit à la matière de son corps, en m’efforçant de ne pas laisser mes yeux s’envoler ailleurs. Encore une fois, c’est contre un moindre mal que je m’offusque, et ces quelques taches ne représentent rien en comparaison avec le chemin qu’il a parcouru et le sillon qu’il a déjà laissé derrière lui, mais c’est plus fort que moi.

Un rapide regard vers le nouvellement dénommé Craboutcha me fait comprendre que je ne gagnerai qu’à entretenir son incomparable silence à m’égosiller de la sorte, surtout pour une broutille. Surtout même alors que l’on parle de ce sur quoi il a plus de droits que je ne peux poser d’interdictions : son propre corps. J’ai la désagréable impression d’avoir crié comme une mauvaise infirmière sur un incurable. Ce n’était qu’un élan, mais un de ces instants où mon propre comportement me fait horreur, et je sais qu’il ne va pas me lâcher de sitôt.

« Enfin… soyez prudent. Je jette un coup d’œil à mon dernier article qui traîne sur la table de chevet, comme pour y chercher une formule d’excuse. Pour le nom, je sais que je vous ai demandé ; j’éviterai de poser trop de questions. »

Même à tête reposée, je me harcèle pour un rien. J’apprendrais même sûrement plus de choses sur la façon de préserver son corps en lui posant des questions à son sujet, voire en lui demandant les descriptions les plus longues, les plus détaillées et  les plus précises dont ses médiocres capacités de communication soient capables ; et ça ne lui coûterait au pire que quelques gouttelettes, et à moi quelques feuilles de plus.

« Ou alors celles auxquelles vous pouvez répondre d’un mouvement de tête. »

Je dois avoir l’air dans la lune, ou complètement paniquée, à toujours trouver le moyen de ponctuer d’une pause l’espace qui sépare chacune de mes phrases, et à chasser certaines de mes idées en allant perdre mon regard dans un coin de la pièce. Je ne m’offre même pas d’arguments dans un sens ou l’autre de ma pensée, je n’arrive simplement pas à réfléchir. Cette situation me perturbe, et je m’efforce de ne pas penser au pourquoi. Je garde les yeux toujours levés, vers Craboutcha ou vers le plafond s’il le faut, en m’interdisant de baisser la tête. Ce qu’il se passe aujourd’hui vaut sans doute plus que toutes les formules que j’ai écrites, et à plus forte raison celles que j’ai jetées par terre. Mais c’est terriblement difficile pour moi de ne pas songer à elles en cet instant pourtant crucial, ne serait-ce que pour m’assurer que je me les rappelle. Et mon esprit continue d’osciller entre mes petits soucis et le véritable problème. J’ose à peine poser une question à mon interlocuteur tant j’ai peur de ne pas parvenir à écouter sa réponse sans penser à toutes mes feuilles qui traînent au sol.

« Craboutcha, donc. Vous voulez… l’endroit vous convient, vous n’avez pas de souci à rester ici un moment ? »

Je n’arrive pas à me défaire de l’idée que c’est moi qui les ai toutes fichues en invitant cet énergumène à laisser ses flaques noires se répandre dessus.


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le Mer 6 Mai - 14:21
     Alors que sa collègue s’affairait à l’intérieur avec le mystérieux Dessinateur, Amundsen était parti acheter des cornets, qui s’étaient remplis de flocons sur le chemin du retour. Et un outil qui serait d’une grande aide pour leur cas.
     Il passa la porte du logis de Penrose quand celle-ci s’exclama que le sieur ’Aswad – ou Craboutcha, si on en croyait ce que l’intéressé avait écrit et qui avait suscité de tels émois – laissait trop aisément s’enfuir sa matière.
     « Ah, tiens, justement. Je voudrais vérifier quelque chose. »
     Et il déballa ce qu’il était parti chercher, en partie chez lui, parmi ses propres instruments, en partie chez un marchand. Il y avait, tout d’abord, son fidèle microscope, n’ayant rien de particulièrement esquisséen Amundsen y avait veillé. Si ce n’était les parlentilles, qui passaient leur temps à jacasser quand on enlevait leur cache. Il était aussi allé prendre la balance la plus précise qu’il avait pu trouver.
     « Penrose, prenez ceci. J’ai l’impression que votre cerveau surchauffe. »
     Et il lui tendit une glace.
     « Quant à vous, euh… Craboutcha, si ça ne vous dérange pas, je vous donnerai la votre après que vous soyez passé sur cette balance. Elle nous servira à estimer la quantité de matière que vous perdez en fonction du temps, et donc, la quantité de nourriture que vous avez besoin de consommer par heure, si vous voulez. »
     Pour le prélèvement d’un échantillon, et son examen au microscope, nul doute que le nom écrit serait suffisant.


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le Lun 20 Juil - 16:47

Il se sentait comme un enfant qui aurait fait une bêtise. Qu’avait-il fait de mal ? Lui qui avait enfin trouvé une façon de communiquer avec les cyantifiques, il apprenait qu’en réalité il ne devait surtout pas faire cela. Était-ce imprudent d’écrire ? Cela lui rappelait un souvenir douloureux. Ça n’était pas la première fois qu’il regrettait d’avoir écrit quelque chose qui lui tenait à cœur. Il se souvenait d’un poème dans lequel il avait mis son âme, tout comme il venait de le faire, et dans la principale intéressée s’était longuement moquée. S’il avait eu des yeux, Craboutcha les aurait baissés pour ne pas qu'on les voie humides.

Pour éviter de commettre un autre impair, il reste là, bien droit et immobile face à la chercheuse et alors qu’elle lui demandait si l’endroit lui convenait, il obéit à sa précédente demande, hochant simplement la tête pour l’avertir que oui, cela lui allait de rester ici. Où d’autre aurait-il pu bien aller de toute façon ? Il y avait des feuilles et des écritures de partout, et, bien qu'il ne comprenne rien aux notes rédigées, il trouvait cela rassurant d'en être entouré plutôt que de rester dehors, au milieu de l'agitation de la Ville.

En voyant le barbu revenir, il remarqua les cornets sucrés entre ses mains et cela attirait sa curiosité. Toutefois, il ne pouvait y goûter qu’après avoir passé les tests demandés. Soit, cela n'était pas bien dérangeant de monter sur une balance n'est-ce pas ? Un frisson le parcouru, il espérait ne pas avoir à rougir de son poids... Un autrepoint le tracassait par ailleurs, une fois cela fait : comment allait-il cette gourmandise ? C’est avec cette pensée obnubilante qu’il monta alors se peser, sans prêter attention au chiffre qui s'inscrivait dessus mais simplement à la récompense qu’il convoitait tant.
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le Mer 12 Aoû - 10:33
Je récupère le cornet et le pose sur la table, avant de rassembler toutes mes feuilles qui peuvent encore être sauvées. Au fur et à mesure que je les rassemble, je constate évidemment que ce sont les plus vieilles, celles qui ont eu le temps de virevolter jusqu’aux coins de la pièce ou qui ont été protégées par trois couches de brouillons plus récents. Autant dire que je n’arriverai à récupérer que mes idées les plus obsolètes. C’est un sacré tas d’idées et de développement que voilà complètement foutu.

Dieu merci, je ne ressens toujours pas la moindre trace d’animosité à l’encontre de Craboutcha. Bien sûr, tous les papiers qu’il a rendus illisibles n’étaient que les brouillons que j’avais laissés sur le sol, rien de terriblement important ; mais je me serais attendue à bisquer pour si peu. Si je ne suis pas devenue moins maniaque, j’ai dû faire d’énormes progrès au niveau social.

Je laisse Amundsen poursuivre ses procédures expérimentales sans vraiment écouter ce qu’il dit, mon attention toujours braquée sur mes feuilles. Je commence à faire des tas sur ma table de travail, classés en fonction de la quantité de cette matière noire qui s’est répandue dessus. Il aura fallu au moins ça pour me motiver à faire un peu de rangement dans mon appartement. Je n’avais jamais vraiment réalisé combien j’avais écrit et jeté de brouillons ; voilà seulement six jours que je loge ici, et les feuilles semblent déjà se compter par centaines. Dieu merci, la papeterie où je me fournis produit son papier avec des poudres minérales. Sans ça, j’aurais sans doute massacré l’écosystème.

Pendant que je finis d’ordonner mon bazar et mon collègue de préparer ses instruments, j’essaie enfin de jeter un œil du côté de Craboutcha. Difficile de déterminer comment il vit la situation ; il a la tête baissée, mais avec son visage sans traits ni expression, je ne sais pas vraiment s’il est triste ou s’il contemple simplement les flaques qu’il a laissées sur le sol. Il faudra qu’on trouve un meilleur moyen de communiquer, quelque chose de plus rapide et de plus expressif que des mots maladroitement tagués sur le premier support venu. Ne serait-ce que pour que j’arrive à comprendre à quel point je suis chiante. Je cherche une vieille étoffe de feutre pour envelopper mes feuilles les plus tachées dans quelque chose d’imperméable, au cas où ça continuerait de se répandre lentement. Je suis sûre d’en avoir une, quelque part. En promenant mon regard sur la table, je retombe sur mon cornet de flocons d’or, qui ont déjà commencé à fondre.

« Ah, oui, merci Amundsen. »

Là. Elle était dans la penderie.


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le Mar 25 Aoû - 16:40
     Dès l’instant où Craboutcha monta sur la balance, Amundsen sortit un minuteur et l’enclencha. Les degrés de la balance, forts précis, lui permirent de déterminer la quantité de matière perdue en fonction du temps – et donc, le temps qu’il restait à vivre à ce Dessinateur avant de n’être plus que salissures répandues par les vents, et sur les croquis de Penrose. D’ailleurs, constatant que l’atmosphère de la pièce était chargée de cette poussière noire, soulevée par les mouvements de tout le monde, Amundsen ouvrit une fenêtre.
     « Idéalement, il faudrait un laboratoire fermé avec renouvellement régulier de l’air… Et des tenues avec réserves d’oxygène et protection intégrale, je ne suis pas sûr qu’aspirer ces microparticules flottantes soit bon pour la santé. Ça ne l’est jamais vraiment. »
     Ayant encore cinq bonnes minutes devant lui avant que les dix indiquées à Craboutcha pendant lesquelles il devait se tenir sur cette balance ne s’écoulassent, il sortit et alla chercher quelque chose dans les sacs de son gélatinomadaire. Quand il revint chez Penrose, il tendit à cette dernière un masque vert, avec deux coupoles rondes, larges et bien rebondies pour protéger les yeux, ainsi que trois sphères situées sous le menton et sur les joues.
     « Tenez, c’est un petit poisque à gaz. Mettez-le. »
     On avait l’air particulièrement tarte, avec ça sur la tronche, mais on était bien protégé. Cela rappelait certains souvenirs à Amundsen ; de travailler dans de telles conditions, avec des protections de fortune, des papiers volant dans tous les sens et une atmosphère chargée, à la limite du toxique. Il se revoyait, il y a quelques années de cela, au niveau de la frontière avec l’Iran, à fabriquer des missiles artisanaux dans des caves pour en équiper ses milices.
     Le minuteur sonna pour indiquer l’écoulement des cinq minutes. Cela lui permit de chasser cette période de son esprit. Amundsen nota le temps indiqué sur la balance.
     « Merci beaucoup, Craboutcha. Tenez. »
     Il lui donna la glace.
     « Non ! Ne descendez pas. Attendez… »
     Il nota ensuite la masse des deux combinés.
     « Allez-y, vous pouvez la consommer. »
     Après encore quelques mesures, Amundsen recueillit les données les suivantes : pour un mètre soixante-quinze, Craboutcha faisait quatre-vingt-dix kilogrammes, ce qui excédait et de loin la moyenne d’indice de masse corporelle pour un adulte de sa taille. Pourtant, le Dessinateur n’était pas particulièrement corpulent : son matériau lui-même devait peser plus lourd, en déduisit Amundsen. Il constata aussi que, contrairement à leur hypothèse initiale, Craboutcha ne perdait pas de masse : il en rejetait certes, mais, dans une violation des principes élémentaires de la logique, il ne perdait en fait rien.
     « Chère collègue, regardez ceci, c’est fort intéressant. »
     Il lui présenta ses résultats.
     « Je crois bien qu’il est immortel. Du moins, il n’a pas besoin de manger pour vivre. »
     Pouvait-il seulement manger ? Il semblait lui manquer les éléments anatomiques indispensables à l’ingestion. Comme une bouche, pour commencer. Amundsen se tourna vers son sujet de test. Qu’allait-il se passer avec cette glace… ?


Crevette : color=#33cc99 — Mlle. Ngwenya : color=#13f78a — Amundsen : color=#ffcc33 — Agate : color=#ff9933



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Sonakhiin
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Personnages : Craboutcha
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Sonakhiin
le Jeu 1 Oct - 0:30


Monter sur la balance, attendre sans comprendre ce que racontent les blouses blanches, tenir le cône sucré en silence et continuer de se faire discret. Le sentiment que ressentait Craboutcha était très étrange : il était à la fois au centre de l'attention, cause du désarroi de Penrose et de la curiosité d'Amundsen, mais il était cependant transparent dans leurs échanges. Les deux cyantifiques parlaient de lui comme s'il n'était pas dans la pièce. En attendant qu'ils en aient fini, il jouait avec les glace entre ses doigts, mélangeant les substances les couleurs dans le cornet.

Il avait patiemment attendu l'autorisation de goûter à cette glace et avait sagement effectué la tâche demandée pour pouvoir enfin s'octroyer ce plaisir. Il s'imaginait déjà la fraîcheur de cette sucreries, la sensation des flocons fondre et le doux parfum coloré qui allait envahir ses papilles. Il en prit une généreuse poignée à main nue, sentit le froid mordre ses doigts et l'humidité faire couler les lignes de ses mains.

Portant l'appétissante poignée à sa bouche, il interrompit son geste en plein milieu. La poudre colorée était juste devant son visage qui, s'il avait pu, aurait exprimé toute sa confusion. Au moment d'engloutir la récompense qui lui faisait tant envie, il se retrouva incapable d'ouvrir la bouche. Comme pouvait-il se nourrir sans manger ? Le barbu avait eu beau dire qu'il n'en avait pas besoin pour survivre, entendre cette affirmation et la comprendre étaient pour lui deux choses bien différentes.

Perturbé, il était presque immobile, comme une statue couverte de poussière sur laquelle l'on aurait déposé un tout petit tas de neige. Cette dernière coulait dans le creux de sa main tandis qu'il cherchait à croiser le regard des cyantifiques qui lui avait confié ce cadeau empoisonné. La détresse qu'il ressentait était palpable, elle pulsait en lui et chaque bribe d'idée qui lui venait en tête était aussi vite raturée et ne faisait qu'alourdir le poids qu'il avait sur le coeur.

Il ne voulait pas être encore décevant, il ne voulait pas se montrer incapable d'accepter le cadeau que l'on lui avait fait. Il voulait simplement faire comme eux. C'est pour cela qu'il termina son geste, d'un main tremblante et le visage pointé vers le sol. Il écrasa la nourriture à moitié fondue sur son visage, visant à peine l'endroit ou il supposait que puisse être sa bouche.

Le spectacle était triste, la sensation décevante. Ce nuage éclatant faisait tâche au milieu du ciel gris. Avec la chaleur de la pièce, des gouttent ruisselèrent sur lui, emportant avec elles les traits du visage de Craboutcha. Ceux-ci se redessinèrent alors lentement, venant couvrir la neige sucrée. Au bout d'un moment, l'on ne vit plus qu'une mince ligne blanche, comme si la cicatrice avait été laissée par un coup de gomme au niveau de sa bouche.

Il joint ses mains, entremêlant ses doigts noueux les uns avec les autres et ne releva pas la tête. Tout le monde l'avait vu, c'était évident. Pourtant, il ne voulait pas voir qu'il avait été vu.
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