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Par monts et par vaux [Sydonia/Easel]

Eelis
Qu'est-ce qui est jaune et qui traverse les murs ?
Personnages : Al, Sydonia, Even
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Date d'inscription : 10/06/2012
Eelis
Dim 10 Avr - 14:02
La route de la soie.

C’est ainsi que certains marchands et aventuriers nommaient parfois le principal chemin qui reliait la Ville, coeur de l’activité économique - et de l’activité tout court, en fait -, aux Monts Vêtus, rendus très attractifs par leur triple positionnement en tant que lieu touristique, point de récolte des vêtements et destination de choix pour les expéditions. Comme tout chemin fréquenté, il avait attiré les caravanes, leurs escortes, puis leurs habitations et stands, à tel point qu’il se disait que des villages - sinon des villes - allaient y pousser comme des champignons. Emblématique de ce phénomène, une première auberge avait déjà ouvert au bout de la route, à l’endroit même où les grandes plaines laissaient place aux pentes escarpées qu’il était bien impossible de franchir en convoi. Quelques jours après, elle fut suivie d’une petite échoppe, qui proposait de troquer du tissus trouvé dans les Monts contre de l’équipement ou d’autres objets de valeur, puis par un concurrent qui proposait à peu près la même chose à un tarif plus compétitif. Leur compétition avait finalement été éclipsée par l’arrivée d’une très controversée boutique de vers à soie, dont l’impact sur l’environnement en cas de succès trop retentissant inquiétait, mais qui faisait germer dans les esprits l’idée d’élever ces vers en masse et de les importer en Ville pour tisser les vêtements directement autour de son domicile.

Dans une sorte de cercle vertueux, l’activité naissante des Monts avait attiré, à son tour, encore plus d’activité et de projets. Pour certains, c’était la perspective de s’éloigner de la Ville pour respirer l’air frais et sauvage des brises esquisséennes dans un lieu encore suffisamment bien desservi pour ne pas perdre contact avec le reste des Dessinateurs et encore suffisamment arpenté pour ne pas avoir à trop craindre les Objets. Pour d’autres, c’était l’intérêt pratique d’avoir un avant poste pour une exploration puis poussée des Monts Vêtus, dont il se susurait parfois qu’ils abritaient une base secrète des cyantifiques (une rumeur souvent diffusée par les mêmes qui pensaient qu’ils avaient aménagé sous le Labyrinthe) ou des pierres précieuses d’une beauté incroyable. Pour les marchands, enfin, c’était un moyen de se positionner, entre l’inquiétude de voir le Marché partiellement délocalisé (à ce jour encore, les vêtements représentaient une part notable des transactions) et la montagne - c’était le cas de le dire - d’opportunités qui s’offrait à eux.

Bien que n’étant pas directement une commerçante, Sydonia s’inscrivait parfaitement dans la troisième catégorie. Au vu de la distance entre la Ville et les Monts, la question des logements était au moins aussi essentielle que celle des échanges, et l’idée d’ouvrir un second Hôtel dans le hameau naissant s’était très vite installée. Certes, il y avait déjà une auberge, mais il était envisageable de lui proposer de devenir une franchise, ou au moins de nouer un partenariat solide, et - au pire - il n’y en aurait vite plus assez d’une, si les prédictions étaient justes. En s’implantant à l’extérieur de la Ville, l’Hôtel pourrait asseoir sa popularité, mais également amorcer sa mutation vers une forme de structure hybride entre hôtel-restaurant et point de repère pour les Dessinateurs à travers l’Esquisse, que Sydonia surnommait «guilde des aventuriers».

Avec pour seuls bagages ses arguments, elle avait fait jouer ses relations pour la remplacer, puis pour s’incruster au dernier moment dans un petit convoi qui devait livrer les deux boutiques concurrentes en équipements (les fournisseurs étaient différents, mais avaient noué une profonde amitié lors d’une guerre commercial qui les avait opposés à une grande enseigne de la Ville). Outre les cinq passagers répartis en deux calèches, deux Dessinatrices habituées des Monts s’étaient portées volontaire pour montrer le chemin et réagir en cas d’attaque.

Tout semblait bien parti, donc. Hélas, la tranquillité des premières heures avait vite laissé place à la panique, lorsqu’un gigantesque troupeau de coquillanges furieux avait croisé leur route. Inoffensives en temps normal, les bêtes avaient trouvé un moyen astucieux de faire des victimes, en s’aggripant à leurs vêtements et en les soulevant dans les airs à plusieurs avant de les relâcher subitement, ce qui causait un nombre croissant de victimes. Nombre auquel s’étaient aussitôt ajoutées les Dessinatrices malgré leur expérience. Prises de panique, les calèches avaient quitté la route principale pour se précipiter dans deux directions opposées. En réaction, les coquillanges, connues pour leur organisation semblable à celle des oiseaux migrateurs, n’avaient eu aucun problème à se diviser en deux groupes pour les poursuivre, mais il leur avait fallu une bonne heure de poursuite pour venir à bout de l’endurance solides montures qui couraient de toutes leurs forces pour leur échapper.

« Bon, je vais essayer quelque chose, avait murmuré le marchand assis en face d’elle. S’ils s’accrochent aux vêtements, il suffit de sortir nu. Le temps qu’ils comprennent ce qui leur arrive, je les aurais dégommés avec mon pistolet ! Restez ici bien au chaud, je reviens. »

Il semblait cependant que la nudité ne suffisait pas, pour qui avait un tant soit peu de cheveux et ne protégeait pas les bouts de ses mains. Après avoir sans mal désarmé le pauvre homme, les coquillanges réitérèrent leur stratagème, tandis que Sydonia regardait le spectacle en se demandant pourquoi ces créatures attaquaient des humains si ce n’était pas pour - au moins - en croquer les extrémités. Qu’ils ne s’attardent pas sur les deux Dessinatrices, elle pouvait le comprendre, puisqu’il fallait vite réagir face aux fuyards, mais ils auraient eu tout le loisir de se délecter de leur proie ici. Au lieu de cela, ils avaient tournoyé un moment puis s’en étaient retournées vers la route de la soie.

Sydonia attendit un moment puis se décida à sortir doucement du véhicule. Elle songea à s’équiper du pistolet gisant au sol, mais ce n’était pas correct ; le marchand viendrait probablement le chercher une fois qu’il serait sorti du cimetière. Pas sûr que la monture réapparaisse, par contre.
Elle soupira.

Elle était encore dans la plaine, mais il ne lui fallut qu’une demi-heure de marche pour rejoindre le pied des Monts. Son calèche avait fui vers la gauche en quasi ligne droite, elle pouvait donc en déduire que le fameux hameau et son auberge - probablement les zones de repos les plus proches - étaient à quelques heures de marche à pied, à condition de ne pas se perdre et de ne pas tomber nez à nez avec un Objet. Il n’y avait autour d’elle aucun chemin et aucun signe d’activité humaine. Peut-être qu’en s’aventurant dans les Monts, elle tomberait sur une cabane ou un Dessinateur quelconque en pleine récolte, mais elle pouvait tout aussi bien se perdre encore plus. Elle se décida finalement à emprunter à l’infortuné et à sa cargaison une paire de longues vues, ainsi qu’une sorte de gros pistolet à fumée qui avait la particularité de brouiller à la fois la vue et l’odorat, au cas où les coquillanges reviendraient, tout en pouvant attirer l’attention d’un éventuel aventurier à portée.



Heureusement pour Sydonia, les résultats ne se firent pas attendre.





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Kaoren
Non, non, c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !
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Kaoren
Dim 17 Avr - 9:49
Ce matin, la fille des Monts Vêtus
Tenait sur ses genoux
Son alambic d’ombres pesantes,
Allant et venant sans bruit.

Au gré de cliquetis étourdis
Passaient des présences,
Puis des absences,
Sur ses jambes pliées ;

Elle en laissait venir
Bien plus que ses sens en portaient,
Et leur obscurité la gardait
De les savoir fausses.

D’ailleurs surgissaient des cris
Si faibles qu’on les crût mal poussés ;
Le silence les couvrait
Presque parfaitement.

Une lointaine forme de chaos
Se mariait auprès de la fille
Avec une certaine
Sérénité.

Le désordre se faisait
Anormalement régulier
Dans les impurs échos
Que tissaient les Monts Vêtus.

Sans que la source pût jaillir
De ces gouttes de bruit souillées,
Elles vinrent bientôt
Clapoter sur de proches laines.

On perturbait,
On faisait tourner les aiguilles
Dans une même direction,
Et de clic en clac,

Un rythme s’approchait
De ce flanc de montagne
Où le temps avait cessé
De faire sens.

Le cliquetis de l’alambic
Devenait clair comme un pas
Qui s’approchait et s’approchait
De la fille des Monts Vêtus.

Easel retira son bandeau.

Autour d’elle s’étendait à nouveau ce paysage coloré, sillonné de vallons de soie et parsemé de pics de coton. Comme toujours, l’endroit attirait son regard, et elle ne put s’empêcher de l’y promener encore un instant avant de reporter son attention sur l’intruse qui venait de le fouler. Son expression était sévère, et son poing serré fermement autour du morceau d’étoffe qu’elle y tenait ; la présence de Dessinateurs dans les Monts Vêtus avait souvent rimé avec de nouvelles souillures, et de concession en concession, leurs quelques installations avaient suffi à défigurer des vallées entières. Les quelques vagabonds encore capables d’en admirer la faune et la flore avaient pour la plupart cédé la place à des marchands d’artifices, dont les moins scrupuleux osaient même affirmer que ces terres seraient un jour domptées. Une gangrène qui affaiblissait de jour en jour la fantaisie d’Esquisse.

Le tissu se froissait sous les pieds de l’arrivante, à mesure qu’elle s’approchait de la Gardienne, et même son pas de velours se voyait lourdement accueilli par les échos qu’il inspirait à la montagne. Un vent doux murmurait bien des sentiments moins aversifs à la jeune femme, mais il peinait à se faire entendre sous le poids de ce grondement. Ce n’était qu’une brise fraîche dans une atmosphère déjà froide.

Easel ne fit pas un pas vers l’inconnue ; elle se contentait de lui faire face, et de l’observer gravir elle-même la distance  qui les séparait. Elle ne prononça pas un mot non plus. Pour seul geste d’accueil, elle enroula son bandeau autour du cou, puis sans se déganter, joignit ses mains au niveau de sa taille. Il était désormais évident que cette jeune femme rousse se dirigeait vers elle, alors elle se contenta de l’attendre, sans saluer ni pester.


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Eelis
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Eelis
Sam 7 Mai - 1:54
Après quelques minutes passées à ajuster son instrument, à scruter méticuleusement les alentours et à se faire avoir par quelques faux négatifs, Sydonia discerna une silhouette qui lui semblait vaguement humaine plus haut dans les Monts. Faute de réussir à clairement attirer son attention (la silhouette ne bougeait pas), la tavernière se décida à aller vérifier par elle-même.

Malgré sa petite expédition dans le désert de craie, elle n’avait toujours rien d’une aventurière, et n’avait certainement pas prévu de se balader dans une zone non balisée, fut-elle relativement accessible. Elle manqua plusieurs fois de trébucher, de s’embourber dans des tissus qu’elle avait pris pour des supports fiables et même de tomber en arrière.

« Hého ! Y’a quelqu’un ? »

Plus de doute, ce qui se trouvait quelques mètres plus haut était humain, et un humain bien assez vivant pour tenir sur ses deux jambes, mais potentiellement sourd - ou du moins malpoli, puisque ce qui se dessinait comme une inconnue n’eut pas un geste pour l’accueillir, ni une parole pour la saluer. Qu’à cela ne tienne, Sydonia avait l’habitude des aventuriers taciturnes et en plusieurs années de comptoir, on apprend à tout gérer.

« Ça fait plaisir de trouver quelqu’un ici ! Je devais me rendre à l’auberge des Monts Vêtus, mais mon carriage s’est fait attaquer en cours de route par un troupeau de coquillanges. Je ne sais pas me battre, et j’ai peur de tomber à nouveau sur ces monstres si j’essaie de retrouver mon chemin toute seule... »

Elle tapota son sac de la main pour suggérer qu’elle avait des items intéressants à offrir. C’était vrai, au demeurant, puisqu’elle avait amené de quoi faire des emplettes dans le petit village naissant, et que même sans ça, vous ne savez jamais quand vous aurez une quête à donner à quelqu’un.

« Vous avez l’air d’être aguerrie (elle n’en savait rien, en vérité). Est-ce que vous accepteriez de m’escorter jusqu’en lieu sûr ? »

Sydonia ne s’attendait pas à grand chose - au mieux un hochement de tête. Mais ça lui suffirait. Et si l’inconnue refusait, elle se conterait de redemander jusqu’à ce que ça fonctionne.



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Kaoren
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Kaoren
Mer 6 Juil - 12:08
Du haut de son talus damassé, Easel demeurait feutrée dans le silence ; les monts se crispaient pour laisser résonner à ses oreilles le discours de cette étrangère, que les tissus moirés avaient portée jusqu’à elle. Chaque mot trouvait dans ce paysage un nouvel écho, bien différent de celui avec lequel il avait été prononcé : quand la jeune femme assurait avoir été attaquée, les Vêtus juraient s’être protégés d’elle ; quand elle mentionnait vouloir retrouver son chemin, le vent hurlait l’avoir avertie de sa fausse route ; et quand elle pria l’escorte d’Easel, tous les aspects de ce décor, des toiles qui donnaient sa forme au Ciel qui donnait sa couleur, tous clamèrent requérir leur Gardienne plus légitimement qu’elle.

Mais quand l’intruse eut prononcé son dernier mot, les échos se turent, et rendirent la parole à la maîtresse des lieux ; les soieries s’assouplirent autour d’elle, pour se laisser plier docilement sous son poids. La demoiselle fit quelques pas sur le velours, en direction de son hôte, et lui répondit d’une voix calme comme la brise :

« L’Esquisse est plus aguerrie que vous et moi. Quelle escorte que vous preniez, vous ne pourrez pas lui imposer vos volontés ; elle seule décidera de si vous retrouverez votre chemin. »

Pendant que les mots sortaient de la bouche de la Gardienne, son bras s’élevait doucement, comme pour accueillir quelque oiseau désireux de s’y poser. Pas un ne pointa le bout de son bec, ni de quoi que ce soit qui pût en tenir lieu, mais sa main trembla et s’abaissa ensuite de la même façon que si un rapace venait de l’enserrer.

« Il faut que vous tendiez la main à l’Esquisse, pour qu’elle vous accorde des concessions. Ne paradez pas dans ses paysages aux côtés d’une escorte armée ; au contraire, marchez-y sans la redouter. »

Autour d’elle, les mille couleurs d’un décor brocardé d’autant de motifs venaient appuyer ses propos. Le ton négligent qu’elle employait les adoucissait toutes, elles qui s’étaient jusqu’ici montrées criantes et saturées à la Dessinatrice ; désormais, elles s’efforçaient de devenir porteuses de cette fantaisie propre à l’Esquisse. Les contrastes puissants que l’ombre avait ouvrés sous les tissus froissés s’aplanirent petit à petit sous le vent qui se faisait moins fort, et leurs teintes allégées faisaient désormais briller la robe noire sous laquelle s’était présentée la Gardienne. Progressivement, sa silhouette se démarquait de l’endroit.

Easel laissa alors s’envoler l’oiseau qui ne s’était jamais posé sur son bras ; puis, d’un geste d’apparence désormais amicale, elle tendit celui-ci à son interlocutrice.

« Sous mon escorte, vous n’aurez pas à la craindre. », termina-t-elle paisiblement.


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Eelis
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Eelis
Jeu 28 Juil - 0:00
Ce n’était pas la première fois que Sydonia rencontrait quelqu’un dont la parole était relativement mystique. Elle pouvait tout à fait comprendre que certains soient plus immergés que d’autres dans leur RP, et c’était bien là son rôle que de les aider à pleinement incarner leur personnage. Aussi écouta-t-elle respectueusement Easel lui faire son numéro de Gardienne, tâchant de raccrocher ses expressions à ce qu’elle pensait connaître du lore de l’Esquisse.

En l’occurrence, elle se souvint d‘une histoire qu’elle avait elle-même raconté, quelques jours plus tôt, au comptoir de l’Hôtel. Si la route de la soie avait contribué à amener une foule de nouveaux habitants dans les Monts Vêtus, ce n’était pas comme s’ils avaient été vierges de toute présence jusqu’à ce qu’on commence à les explorer. La chaîne de montagne avait ses autochtones, qui quittaient rarement leur massif avec lequel il vivraient en parfaite harmonie ; elle les appelait les Vêtérans.  

Sydonia se convainquit donc qu’elle venait de faire une rencontre rare, avec un peuple dont elle avait - au moins une fois - vanté l’exotisme et le sens des traditions. Peut-être pourrait-elle la convaincre de venir faire une présentation dans le village naissant des Monts, voire d’organiser des visites touristiques puisqu’elle semblait s’y connaître.

Avant de parler business, bien sûr, elle devait présenter ses respects à la montagnarde.
« C’est avec humilité que je laisserai l’Esquisse me montrer le chemin. »

En parlant, elle avait fermé les yeux, puis reproduit, avec moins de grâce et de précision, le geste de son interlocutrice, qu’elle n’avait compris que comme une sorte de salutation locale impliquant de lever le bras puis de le faire tomber. Pas même le plus désespéré des oiseaux n’aurait pu se poser sur cette main négligente.

Heureusement, ce triste spectacle fut vite éclipsé par des considérations plus pratiques.

« Comment puis-je vous appeler ? »

Qu’une collaboration puisse se mettre en place ou pas, il faudrait au moins qu’elle puisse raconter son voyage avec l’un des mythiques habitants des Monts, et un nom ferait certainement plus crédible à ajouter au récit. Puis ça permettait de faire la conversation.

« Moi, c’est Sydonia… »
Elle hésita à lui dire qu’elle travaillait à l’Hôtel, mais il paraissait que les Vêterans ne savaient pas grand chose du fonctionnement de la Ville. Elle opta pour quelque chose de plus vague :
« J’accueille ceux qui viennent d’arriver. D’habitude, d'ailleurs, c’est plutôt moi qui les guide. »
Peut-être son interlocutrice saisirait-elle l’opportunité de demander une visite guidée de la Ville. Sydonia tint d’ailleurs à la rassurer d’emblée, ajoutant aussitôt un argument de taille :
« Gratuitement. »



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Kaoren
Lun 28 Nov - 15:46
Les brises s’entremêlèrent confusément. Certaines berçaient les propos de l’étrangère, d’autres s’endurcissaient en sens contraire. L’herbe de nylon, les fleurs de soie, et même la surface cotonneuse des rochers se livraient à un dandinement hésitant, saccadé ; chaque élément du paysage semblait guidé dans une direction différente, et retournait son étoffe à chaque nouveau souffle. Les bleus devenaient rouges, les oranges violets et les cyans dorés, à mesure que tous laissaient paraître leurs différentes faces aux yeux de la Gardienne.

Elle, toujours droite, posait un regard tendre sur toutes ces contradictions. D’un geste peu pressé, elle retira l’un de ses gants, porta sa main nue à sa bouche, en frotta l’index contre sa lèvre inférieure, et tendit le doigt humide devant son visage ; après l’avoir retourné deux ou trois fois, elle ramena une partie de son attention vers la dénommée Sydonia.

« Appelez-moi Easel, lui répondit-elle en s’avançant, comme le fait l’Esquisse. » Elle continuait de faire pivoter son poignet, sans plus vraiment observer sa main – ni même vraiment son interlocutrice ; ses yeux se promenaient déjà plus haut, vers les cimes des Vêtus, ou peut-être vers le Ciel lui-même. « Je suis, reprit-elle, sa Gardienne. C’est à moi, qu’il revient d’y surveiller et d’y guider ceux qui s’y perdent. »

L’air se fit légèrement plus froid. Parmi les dizaines de couleurs qui entouraient Easel, des formes aux tendances bleutées commençaient à se concrétiser sous les hasards du vent. Entre les deux jeunes femmes, les tissus du sol affichaient des motifs entrelacés, mais semblaient se tendre de plus en plus à mesure que la Gardienne se rapprochait. Quand elles se trouvèrent nez à nez, ils étaient prêts à se déchirer.

Et la Gardienne braquait devant elle un regard d’une droiture qui l’aurait terrifiée. Elle ne souriait pas, ou du moins plus depuis que les couleurs du décor avaient cessé de le faire. Mais le velours restait doux. « Gratuitement aussi, terminait-elle. Tout est gratuit, ici. »

Derrière elle, les fougères dressaient leur satin orgueilleux.


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Eelis
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Eelis
Sam 3 Déc - 15:55
Les Brises peuvent être confuses. L’esprit de Sydonia, lui, n’avaient jamais été aussi clair.

« Eh bien, on fait le même travail en fait ! Enchantée, Easel ! »

Par réflexe, elle lui tendit la main, puis la retira. La poignée avait, après tout, déjà été faite avec les coutumes locales.

« Bon… »

Elle allait enchaîner par un "C’est par où ?", mais savait que poser la question à ne Vêtéran serait vain. Comme elle l’avait expliqué à ceux qui étaient sceptiques à l’idée qu’un peuple puisse survivre à une vie hostile dans les Monts, c’était leur intuition qui les guidait. Ils sentaient le chemin dans l’air qui les poussait, les ressources dans les feuilles qui s’écartaient et le danger le sol qui respirait. Que la montagne ait envie de les perdre ou de les sauver, ils s’y abandonnaient, et c’est au final cette foi qui leur permettaient de se repérer comme aucun autre.

« Je vous suis, où que vous m'emmeniez. »

Il allait de soi que ces sensations passaient complètement au-dessus de la tête de Sydonia. Entre la femme bandée et la tavernière à l’oeil affuté, c’était bien la seconde qui était aveugle, et qui ainsi marchait en piétinant nonchalamment la vie secrète des Monts que les pas d’Easel épargnaient gracieusement. Il n’y avait bien que le léger refroidissement pour passer le filtre de son indifférence.

« Vous pensez qu’on trouve des écharpes, par ici ? » demanda-t-elle en se frottant un peu les bras.
Si elle avait su, elle aurait eu moins de scrupules à se servir sur la dépouille de son compagnon de voyage. Pour une écharpe, en plus, il ne serait clairement pas venu lui faire un scandale à l’Hôtel plus tard.

Quoi qu’il en soit, cette question en éveilla à Sydonia bien d’autres. Quand bien même elle n’en comprenait rien (ou justement parce qu’elle n’y comprenait rien), le mode de vie des Vêtérans, et de cette Easel qui les représentait à n’en pas douter, avait quelque chose de fascinant. Pour ce qu’elle savait des business qui s’étaient déjà implantés dans les Monts, aucun ne proposait quelque chose d’aussi typique et dépaysant qu’une balade hors des sentiers battus en compagnie d’un vrai local : si elle parvenait à nouer une relation de confiance avec Easel et à obtenir une exclusivité, c’était tout l’avenir de sa filiale extra-citadine qui pouvait être assuré ! Finalement, l’attaque des coquillanges signait peut-être le début d’une belle opportunité.

Enfin, déjà, il fallait poser les premières briques. Non seulement elle manquait d’informations pour étayer sa proposition commerciale, mais en plus, son projet serait d’autant plus viable qu’elle en aurait elle-même pleinement goûté les plaisirs et les vertus.

« Qu’est-ce qui vous a amenée à être Gardienne, Easel ? Est-ce qu’il en existe beaucoup, des comme vous ? »

Une première accroche pour briser la glace, à laquelle elle espérait à la fois une réponse mystique comme la demoiselle semblait naturellement en produire et un pont pour obtenir plus d’information sur son peuple. Après tout, si Easel était la seule Gardienne ou s'ils étaient des dizaines, cela changeait beaucoup de choses.



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